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Les maçons s’attellent au défi énergétique
ITE pour des logements à Nanterre : 1 500 m 2 de façades en briques de parement à joints vifs (mis en œuvre : SFB ; Architecte : Sabri Bendimérad, agence Tectône). - © ©Tectône

Les maçons s’attellent au défi énergétique

JULIEN BEIDELER |  le 08/01/2010  |  Technique

Alors que se déroulent ce vendredi les rencontres des métiers du gros œuvre à Marcq-en-Barœul (Nord), les maçons se veulent actifs dans la performance énergétique passive. En ligne de mire : la future RT 2012, le développement de l'isolation par l'extérieur et l'étanchéité à l'air du bâti.

Les professionnels du gros œuvre vivent une période délicate. Alors même qu'ils se battent chaque jour pour remplir leurs carnets de commandes, ils doivent réserver leur place dans le train de la performance énergétique. Pour ne pas rester à quai. « Intégrer cette nouvelle donne dans la conjoncture actuelle est un exercice difficile, témoigne Franck Cotton, président de l'Union de la maçonnerie et du gros œuvre (Umgo) à la FFB. D'autant que les exigences actuelles des cahiers des charges sont très disparates. » La future réglementation thermique 2012 devrait mettre l'accent sur la qualité du bâti. Une chance à saisir pour les maçons.
« Nous pouvons aborder le défi de la performance énergétique sans complexes », estime Franck Cotton. Pour en convaincre ses troupes, le président de l'Umgo a invité ses homologues européens à s'exprimer lors des rencontres des métiers du gros œuvre le 23 octobre à Marcq-en-Barœul (Nord). « Ce sera l'occasion de partager les bonnes pratiques et de constater que ce qui nous attend est une évolution, pas une révolution. » Hervé Pétard, délégué général du GIE Briques de France à la Fédération française des tuiles et briques est confiant. « Les maçons savent s'adapter. Ils ont su par exemple adopter la maçonnerie à joints minces. Aujourd'hui, 70 % des systèmes constructifs (briques de 20 et Monomur) sont posés de cette manière. »

Redécouvrir le mur double

Côté béton, les industriels continuent d'innover. Lafarge et Bouygues viennent de présenter un nouveau béton prêt à l'emploi trois fois plus isolant qu'un béton standard (? = 0,58 W/m.K). Baptisé « Thermedia 0.6B », il réduirait de 35 % les déperditions par ponts thermiques au niveau des liaisons voiles/planchers. Au Cerib (Centre d'études et de recherches de l'industrie du béton), de nombreuses études ont été menées sur la performance énergétique des systèmes constructifs. « En maison individuelle, les systèmes compatibles avec la RT 2005 pourront répondre aux exigences de la RT 2012 sans rupture technologique », assure Paul Sauvage, responsable du pôle « sciences du bâtiment ».
Dans le cas des bâtiments tertiaires ou à usage d'habitation collective, les choses se compliquent. « Les épaisseurs d'isolant à mettre en œuvre seront sensiblement plus importantes. Il y aurait donc un intérêt fort, quand la configuration le permet, à passer en isolation par l'extérieur. » Peu à peu, maîtres d'œuvre et entreprises redécouvrent les vertus du double mur : une peau intérieure, un parement extérieur et un isolant glissé entre les deux. L'entreprise SFB basée à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne) s'est fait une spécialité des murs à parement en briques. Son gérant, Philippe Josse, constate un réel regain d'intérêt pour cette technique malgré un coût plus élevé (voir entretien ci-dessous). De son côté, Jean-Yves Jousselin, P-DG éponyme du groupe basé à Chazé-Henri (Maine-et-Loire), propose un mur coffrant à isolation intégrée sans aucun pont thermique (baptisé « Inov'Mur ») qui permet de conserver un parement en béton architectonique (voir ci-dessous).

Soigner l'étanchéité à l'air

« Parallèlement, avec les exigences de bâtiment basse consommation, l'étanchéité à l'air du bâti devient un critère prépondérant », prévient Paul Sauvage. Un critère totalement tributaire de la qualité de mise en œuvre. Pour les maçons, cela supposera de mieux soigner les points de détails, les interfaces... « C'est un challenge à la portée de la profession. » Toutefois, la filière ne s'est pas encore suffisamment préoccupée du problème. « Il n'y a pas péril en la demeure mais un important travail de formation est à faire. Et le plus tôt sera le mieux. »

Article paru dans Le Moniteur du 23/10/2009 -

Avis de professionnels

Philippe Josse, gérant de l'entreprise SFB, 28 personnes à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne)
« Depuis sa création en 1983, l'entreprise SFB a toujours été spécialisée dans la brique et notamment dans la réalisation de mur double. Ce n'est pas une technique nouvelle mais aujourd'hui, au lieu d'une simple lame d'air, nous intégrons systématiquement 10 à 15 cm d'isolant (laine de verre ou laine de roche) pour réaliser une isolation thermique par l'extérieur. Nous effectuons aisément des opérations THPE (RT 2005 -20 %) et ceci alors même que les thermiciens ne prennent pas en compte l'inertie thermique de la brique. La gamme de briques s'est considérablement développée (plus de 400 références) tout comme le nuancier des mortiers, ce qui permet aux architectes de s'exprimer.
Je pense que nous pouvons encore faire des progrès en termes de productivité. Par exemple, nous ne travaillons plus avec des échafaudages de pied mais avec des plateformes élévatrices sur mâts. Cela nous simplifie considérablement l'approvisionnement. N'oublions pas que, pour réaliser 1 000 m2, nous mobilisons 650 tonnes de matériaux. »

Jean-Yves Jousselin, P-DG du groupe Jousselin, 200 personnes à Chazé-Henri (Maine-et-Loire)
« Il y a trois ans, j'ai senti que le durcissement des réglementations thermiques allait favoriser l'isolation par l'extérieur et donc le recours à des solutions de bardage/vêture. Nous avons donc développé un système [Inov'Mur, ndlr] permettant de conserver l'aspect béton architectonique en façade tout en respectant la future RT 2012. Il s'agit d'un mur coffrant à isolation intégrée sans aucun pont thermique. Ceci grâce à des connecteurs en matériaux composites qui traversent l'isolant et lient les deux peaux en béton. Nous avons mis au point l'ensemble du process de fabrication, notamment pour intégrer automatiquement l'isolant. Et pour garantir la précision et la propreté des percements de l'isolant, nous recourons à des instruments ultrasoniques et automatisés. Le percement est ainsi réalisé au dixième de millimètre. Un Avis technique est en cours d'instruction au CSTB et plus de 15 000 m2 ont déjà été mis en œuvre sous Atex (Appréciation technique d'expérimentation). Le produit intéresse les prescripteurs : nous organisons désormais deux visites de l'usine par semaine. »

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