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Les lycées horticoles consolident leur mutation écologique
Le réseau Hortipaysage a terminé ses rencontres biennales par une table ronde animée pa son coordinateur Régis Triollet (à gauche), le 3 février à Versailles. - © © Laurent Miguet

Les lycées horticoles consolident leur mutation écologique

Laurent miguet |  le 06/02/2017  |  PaysageTechniqueEnvironnement

Les 53 lycées agricoles publics orientés vers l’horticulture et le paysage confirment leur volonté de contribuer à « produire autrement ». Les sixièmes rencontres biennales du réseau « Hortipaysage » l’ont démontré, du 1er au 3 février à Versailles.

Entre pédagogie du paysage, innovation et développement local, l’exemple d’Evreux (Eure) illustre le mouvement qui anime le réseau « Horticulture et Paysage », dont les sixièmes rencontres se sont tenues du 1er au 3 février à Versailles. Dans un « espace d’écoconception paysagère » de 1500 m2, le lycée d’enseignement général et technologique agricole (Legta) multiplie les tests : quelle plus-value les végétaux locaux apportent-ils à la biodiversité ? Dans quelle mesure les paillages nourriciers fertilisent-ils les sols ?  L’expérimentation se développe non seulement dans l’espace dédié, mais aussi sur un rond-point qui cumule les fonctions de zone refuge pour la faune et de stockage du compost, en partie importé d’une scierie voisine.

Ferment territorial

Lauréate d’un appel à projets financée entre 2015 et 2018 par les fonds Casdar dédiés à la recherche agricole, l’expérimentation d’Evreux illustre le thème des sixièmes rencontres biennales du réseau né en 2008 pour regrouper les lycées agricoles publics spécialisés dans l’horticulture et le paysage : « Quels systèmes de cultures horticoles et paysages agro-écologiques » ? Pour répondre, le LEGT d’Evreux mobilise non seulement ses enseignants et ses élèves, mais aussi les entreprises locales du paysage et les collectivités, illustrant la mise en perspective qui a conclu les journées : « Vecteurs de rencontre entre l’enseignement et les professionnels, les établissements locaux contribuent au développement des territoires », analyse Xavier Bordenave, chargé du développement des territoires à l’’inspection des exploitations de la direction générale de l’enseignement et de la recherche du ministère de l’Agriculture. Evreux partagera les résultats de ses innovations en mai 2018, au prochain séminaire du réseau Hortipaysages.

Foisonnement national

L’exemple normand témoigne d’une émulation qui trouve son écho de l’autre côté de l’hexagone, avec le projet de « design agroécologique » dont la mise en œuvre devrait démarrer en 2018 au lycée de Valdoie (Territoire-de-Belfort) pour marier l’esthétique et le fonctionnel dans le maraîchage bio. « Nous essaierons de tendre vers la permaculture », annonce Corinne Mammou, professeur de bio-écologie. Plus ancien dans les expérimentations agro-écologiques, le lycée de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) inaugurera cette année des espaces restructurés après 5 ans de travaux.

Exemplarité lyonnaise

Le foisonnement d’initiatives témoigne de la consolidation du réseau : « Hortipaysage rassemble désormais la totalité des lycées publics concernés. Les 10 % qui manquaient encore à l’appel nous ont rejoints au cours de la dernière année », confirme son animateur Régis Triollet. La capacité des EPL du ministère à fédérer les acteurs du paysage trouve l’une de ses illustrations les plus abouties en région Rhône-Alpes Auvergne : le futur groupement d’intérêt public Ecopaysages siégera à l’EPL de Lyon Dardilly Ecully. Les collectivités locales, l’association Plante & Cité, l’Union nationale des entreprises du paysage et la fédération nationale des producteurs horticulteurs  pépiniéristes y siégeront ensemble, pour diffuser dans les 12 départements la culture écologique des professionnels du paysage.

Le potager de la discorde

Certes, cette montée en puissance ne va pas sans débats. L’hôte des rencontres en a focalisé une partie : de nombreux membres du réseau portent un regard sévère sur les résultats visibles du Zéro Phyto appliqué au Potager du roi, adjacent à l’Ecole nationale supérieure du paysage.  « Le gravillon disparaît des allées, traitées à la binette. Les rongeurs s’épanouissent entre les paillages et les engrais verts. Les visiteurs, désemparés, ne trouvent aucune explication. L’école du paysage a pourtant besoin du potager pour son image, mais l’utilise-t-elle ? » Ces critiques ressortent de l’atelier qui a analysé le prestigieux potager. Proviseur d’Evreux, Vincent Malo apporte l’estocade : « L’enseignement des  pratiques horticoles semble avoir disparu de l’école ».

« Toujours en expérimentation sans protocole, cet espace ouvert répond à sa vocation de recherche dans l’enseignement supérieur », répond Martine Meritan, directrice adjointe de l’Ecole nationale supérieure du paysage (ENSP). Preuve de sa place éminente dans le projet stratégique de l’école, le  potager figurera à l’ordre du jour de son prochain conseil d’administration. Sans doute cette discussion illustre-t-elle la « culture de l’incertitude », évoquée par Marie-France Dussion, inspectrice de l’enseignement en aménagement de l’espace à la DGER.

Appel à la co-construction

Quand les « mauvaises herbes » deviennent la « flore spontanée » et quand l’émulation entre les acteurs remplace l’autorité du pouvoir central, le challenge se complique pour les enseignants… L’inspectrice leur adresse ce message : « Observer, analyser et réfléchir pour concevoir des espaces et les entretenir de manière écologique, personne ne peut y parvenir seul. Vous aurez besoin des professionnels et des chercheurs ».

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