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Les industriels font le gros dos

hugues haëntjens, jean-philippe bondy, pascale leroy-paulay, catherine rollot, nicole salez |  le 17/10/1997  |  RénovationProduits et matérielsNégoceGros œuvreBéton

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-La faiblesse des mises en chantier ces dernières années et la baisse de l'activité en réhabilitation l'an dernier ont pénalisé les fabricants de matériaux. -D'autant que la construction non résidentielle était également en retrait en 1996.

Entre 1994 et aujourd'hui, l'activité de construction n'a pas cessé de se dégrader. Les 302 000 logements mis en chantier en 1994 constituaient un niveau propre à soutenir les marchés des fabricants. Avec 274 000 mises en chantier l'an dernier, soit une baisse de 4,2 % par rapport à 1995, les fabricants de matériaux peinent, les marchés sont entrés dans une spirale concurrentielle assassine, les prix sont partout orientés à la baisse. Et les perspectives de la construction pour 1997 ne sont guère meilleures. La FNB envisage pour l'année en cours un nouveau recul de 2 % de l'activité du bâtiment. Des espoirs de reprise existent pour 1998. Qu'en sera-t-il exactement ?

Cette tendance de fond résulte d'une régression importante du logement collectif et d'une progression régulière de la maison individuelle. La nuance a son importance : les marchés des fabricants de matériaux de construction individuelle tels que les tuiles ont mieux résisté. Parmi les fabricants de produits en béton, les spécialistes des petits éléments s'en tirent mieux que les autres...

La construction non résidentielle avait progressé en 1995 par rapport à 1994, avant de chuter à nouveau l'an dernier, les surfaces de bâtiment reculant de 1,3 %. Seuls les bâtiments agricoles et industriels ont enregistré une amélioration, qui n'a pas réussi à compenser la baisse des autres secteurs tels que les bureaux, les bâtiments de stockage, de commerce, d'enseignement, de santé, de culture et de loisirs, etc.

Dans ces conditions, les marchés des matériaux de gros oeuvre et d'enveloppe restent en général mal orientés. Et l'offre est surabondante par rapport aux niveaux actuels de ces marchés. D'autant que les travaux publics, eux-mêmes en situation de repli, ne sont pas d'un grand réconfort. Les matériaux de carrières, le ciment, les granulats, le béton prêt à l'emploi, la pierre ont tous ressenti sévèrement, l'an dernier, le repli de la construction. Mais c'est également vrai pour la plupart des matériaux utilisés dans le gros oeuvre, c'est-à-dire dans la construction neuve : l'acier, les produits en béton, les charpentes en bois, les membranes d'étanchéité, les bardages... Quelques marchés restent mieux orientés en volume. Mais, souvent, cette situation s'accompagne d'une concurrence exacerbée entre les protagonistes, et de prix très tirés. Le marché des fenêtres, celui de l'isolation thermique par laine minérale et celui de la terre cuite n'ont pas si mal évolué ces trois dernières années. Mais il faut dire que ces produits intéressent aussi le secteur de la rénovation, et qu'ils touchent, pour une large part, le maître d'ouvrage le plus répandu en France : le particulier.

Le paysage industriel a fortement évolué ces dernières années, la baisse de la consommation, l'ouverture des marchés européens, la bagarre des prix de vente contraignent les fabricants à plus de performance. Il faut convaincre et tenter de placer le débat ailleurs que sur les prix. C'est par exemple, la qualité des produits, le service, la formation, l'assistance sur chantier, etc. Le fabricant est un partenaire essentiel de la construction, il est comme l'entreprise, en relation avec les grands maîtres d'ouvrage, les architectes, les maîtres d'oeuvre mais aussi avec les négociants et de plus en plus avec le particulier qui, quand il ne réalise pas lui-même les travaux, est un prescripteur bien informé et de plus en plus avisé. Ces politiques réclament des moyens financiers et humains dans un contexte difficile : il est donc logique d'assister à une certaine concentration de l'industrie.

GRAPHIQUE : Evolution des mises en chantier et de l'activité

LES TRAVAUX DE GROS OEUVRE SUBISSENT LA CHUTE DES MISES EN CHANTIER

L'avis d'un architecte : ERIC PACE, ARCHITECTE A CHATEAU-THIERRY (AISNE)

« Chaque chantier est une PME que je crée », répète Eric Pace. Quand cet architecte s'intéresse à un nouveau produit, il va visiter l'usine pour comprendre toutes les utilisations possibles, puis il l'essaie en l'adaptant à son projet, et non l'inverse. Ainsi, avec Ytong, pour un bâtiment industriel, il associe le béton cellulaire, l'acier et le géotextile... Eric Pace collabore également avec Trilatte pour un prototype de couverture en cuivre. Bref, en amont, il passe des heures « à discuter avec les ingénieurs des interactions entre les matériaux, pour éviter de les empiler, pour qu'ils participent à la création. Certains industriels jouent le jeu, d'autres pas, qui sont trop à l'écoute de leurs ventes pour entendre les idées des architectes ! Malgré eux, on est dans l'ère composite où l'on associe de plus en plus de matériaux ». Sur le chantier, l'architecte poursuit le dialogue avec les compagnons et, après discussions, les entreprises apprécient de gagner sur le coût ou la durée du chantier.« Une fois que l'on tient ensemble une bonne technique, les entreprises reviennent travailler avec moi, et nous déclinons alors le prototype ailleurs. »

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L'avis d'une entreprise : Jean-Paul Boutillet, entrepreneur à Chauvigny (Vienne)

L'entreprise Boutillet à Chauvigny (Vienne), spécialisée dans la maçonnerie en béton armé et le génie civil, développe également une petite activité de pavillonneur. L'entreprise emploie 180 personnes pour un chiffre d'affaires de 130 millions de francs.

« Si les marchés tendent à se réduire, on note surtout une diminution des prix », affirme Jean-Paul Boutillet, patron de l'entreprise. « Les matériaux évoluent très lentement. Dans les ciments, on a eu la chance d'avoir des adjuvants qui permettent de réaliser des bétons mieux finis. Mais les critères de choix à l'achat restent le prix et la qualité de mise en oeuvre. », constate Jean-Paul Boutillet, qui regrette toutefois de n'avoir qu'un choix très réduit de fournisseurs, et d'entretenir des relations épisodiques avec eux. « On aimerait que les fournisseurs proposent de véritables services, par exemple nous aider à comprendre les litiges nés de fissures inesthétiques dans les structures, souligne le P-DG de l'entreprise poitevine. Mais, on ne travaille pas en direct avec les fabricants. Ce n'est pas la coutume. Cela me poserait des problèmes de stockage et de transport. On passe par des grossistes dont on pourrait attendre plus de conseils, notamment sur l'utilisation des produits eux-mêmes s'appuyant sur les fabricants. »

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L'avis d'un négociant : Jean Lanoue, directeur négoce de VM Matériaux (Vendée)

Présent dans treize départements, de Nantes à Montauban, VM Matériaux exerce une activité de négoce en matériaux de construction, pour 840 millions de francs de chiffre d'affaires. « VM propose tout ce qu'il faut pour faire une maison, hors l'électricité, la décoration et le chauffage », explique Jean Lanoue, directeur de l'activité négoce de VM Matériaux. Les prix, évoluent tous à la baisse, sous la pression des fournisseurs et de la clientèle : « Des francs-tireurs n'hésitent pas à vendre des produits sans marge. » Il y a aussi des fournisseurs qui seront tentés d'intervenir directement sur le marché, et sur l'effet d'entraînement vers le bas des produits qui sont proposés par les grandes surfaces de bricolage. « Mais, pour nos 13 000 clients, nous voulons faire la différence en matière de service et de formation : nos chefs d'agence sont formés par les fournisseurs, et nous regroupons nos clients pour les former à la mise en oeuvre des nouveautés. Nous travaillons à 80 % avec 20 % de gros fournisseurs pérennes, et à 20 % avec une foule de petits fournisseurs qui proposent un produit».

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