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Les fausses promesses de l’éolien en ville

Jean-Charles Guézel |  le 24/05/2011  |  AudeFrance entièreEurope

Le petit éolien fonctionne. Mais pas n’importe où ni avec n’importe quels générateurs. Face à des argumentaires commerciaux « optimistes », voire fantaisistes, la prudence s’impose.

«C’est désolant de voir autant d’argent dépensé dans des projets conçus en dehors de toute logique énergétique ! » Olivier Krug, président de l’Association française des professionnels du petit éolien (AFPPE), dresse un panorama passa­blement inquiétant du marché français des petites éoliennes (0,1 à 30 kW) raccordées au réseau public ou fonctionnant en site isolé. « Sur 2 000 installations recensées en France, 80 % ne fonctionnent pour ainsi dire pas », s’alarme-t-il. En cause, indirectement, la réglementation qui impose un permis de construire pour les mâts de plus de 12 m de hauteur et incite donc les maîtres d’ouvrage à rester en deçà, alors que le vent, lui, fait défaut. Un constat qui vaut en milieu rural et, a fortiori, pour la ville. « Faire croire à des clients fortunés qu’ils pourront rentabiliser une ­éolienne en zone urbaine, c’est une pure arnaque, tonne de son côté Michel Galligo, président de Weole Energy, en évoquant les argu­mentaires commerciaux de certains de ses confrères. À moins de monter très haut, la vitesse moyenne du vent en ville dépasse rarement 3 m/s et on sait très bien qu’il n’y a pas grand-chose à espérer dès lors que cette vitesse n’atteint pas au moins 5 m/s. » Pour autant, il serait faux de croire que le petit éolien dans son ensemble ne repose… que sur du vent. Sur le littoral, au sommet des collines et sur les emplacements des anciens moulins, la production électrique peut s’avérer conséquente. « En Grande-Bretagne, il y a déjà 10 000 installations avec un taux de réussite bien supérieur », affirme Olivier Krug. La situation française s’expliquerait par le manque de maturité du marché avec, d’un côté, des clients trop crédules et, de l’autre, nombre de jeunes entreprises offensives au plan commercial mais faibles au plan technique. « Le juge de paix dans ce domaine, c’est la loi de Betz qui indique que la puissance développée par une éolienne ne peut pas dépasser 16/27, soit 59 % de la puissance incidente du vent sur la surface balayée, rappelle Michel Galligo. Malgré leurs efforts, les inventeurs soi-disant géniaux n’y changeront rien. Ce qui fait qu’en pratique, les produits les meilleurs sont aussi les plus classiques. » Dans le collimateur, les éoliennes à axe vertical (sans dispositif d’orientation au vent), qui font florès actuellement en étant censées mieux valoriser les vents turbulents que l’on retrouve au sommet des immeubles. « C’est un effet de mode, rien de plus, estime Olivier Krug. La vérité, c’est que le coefficient de performance d’un matériel à axe horizontal sera de l’ordre de 35 % et qu’il ne dépassera pas 10 % avec un axe vertical. » Visées également, certaines éoliennes exotiques à la dénomination ronflante et très onéreuses malgré des résultats plus que décevants.

Analyser les performances

Pour des raisons budgétaires, peu de fabricants font d’ailleurs mention de la conformité de leurs produits à la norme internationale CEI 61 400-2 qui fait référence en matière de conception des petits aérogénérateurs. Ce qui ne les empêche pas, dans certains cas, d’obtenir de généreux financements publics… « Il y a un gros défaut d’expertise dans les services qui accordent ces subventions », dénonce Olivier Krug. Dans ce contexte trouble, on ne peut que se réjouir de l’existence du site expérimental pour le petit ­éolien de Narbonne (Sepen) dont la mission est d’analyser les per­formances des aérogénérateurs de moins de 10 kW dans des conditions de vent réelles. Soutenu par l’Ademe et EDF notamment, ce laboratoire évalue les matériels qui lui sont confiés dans le cadre d’une démarche volontaire des constructeurs et des distributeurs officiels. Sécurité, puissance, bruit, qualité du courant… Tout y passe, avec à la clé, parfois, de mauvaises surprises. « Entre 3,5 et 5,5 m/s, la production annuelle calculée à partir de la courbe de puissance ­mesurée au Sepen est inférieure de 50 % à la production annoncée par le constructeur », peut-on lire ainsi dans le rapport de test de l’aérogénérateur Nheowind 3D 50. Performances fréquemment surestimées, coûts d’investissement prohibitifs – 4 000 à 11 000 euros le kW installé, soit trois à neuf fois celui des grosses turbines –, tarif de rachat EDF dérisoire – 8,2 centimes le kWh en « zone de développement éolien » – pour les producteurs qui choisiraient la revente… On l’aura compris, le petit éolien n’est pas un domaine où l’on peut espérer gagner de l’argent. Reste son côté « développement durable » pour les entreprises ou les collectivités soucieuses de soigner leur image.

Nicolas Chauvineau, ingénieur spécialiste des énergies renouvelables, gérant du bureau d’études Efi cus. « L’éolien urbain doit encore être optimisé »

« Bien que moins performantes que les grandes turbines, les petites éoliennes se révèlent dans l’ensemble assez intéressantes. Le problème de certains utilisateurs réside plutôt dans le potentiel éolien des emplacements choisis. Du fait des obstacles, ce potentiel est bien souvent trop aléatoire, particulièrement en ville. Dans les zones pavillonnaires espacées, la situation est encore gérable. Mais dans les quartiers plus denses, les nouvelles constructions comme les démolitions modifient inévitablement la force et la direction du vent sans que l’on puisse faire des prévisions précises. D’où des surprises. Mais si l’on se projette à vingt ans, on peut raisonnablement penser que des progrès importants seront réalisés dans la connaissance des vents et dans la robustesse des matériels vis-à-vis des perturbations. Il y a aussi des progrès à faire pour adapter la forme des bâtiments à la production microéolienne. Il peut s’agir par exemple de créer des sortes d’entonnoirs pour concentrer le vent sur les façades et augmenter sa vitesse, par effet Venturi, ou plus simplement d’aménager des couloirs entre les tours pour que le vent s’y engouffre. Quoi qu’il en soit, le petit éolien paraît aujourd’hui assez prometteur dans la perspective des bâtiments à énergie positive (Bepos), et aussi dans celle du développement du véhicule électrique, qui servira en l’occurrence de dispo­sitif de stockage pour la production électrique nocturne. »

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