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Les entretiens du Moniteur : Jean-Pierre Combot, PDG de Bouygues Construction

GUILLAUME DELACROIX |  le 04/08/2000  |  EntreprisesTravailEuropeFrance entièreInternational

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«Notre image de marque à l'étranger est indéniable»

Après le rapprochement de Vinci et de Groupe GTM, Bouygues va perdre sa place de leader mondial du BTP. Cela est-il gênant ?

La position de challenger me convient très bien, surtout si elle est momentanée ! Cette nouvelle donne est plutôt stimulante, elle a pour conséquence de ressouder les équipes de Bouygues Construction. Le fait d'être le n°1 du BTP en chiffre d'affaires n'est pas une finalité en soi. Nous avons toujours privilégié la rentabilité en maintenant la satisfaction de notre actionnaire depuis que nous sommes filialisés.

Vous allez rencontrer un concurrent plus fort ?

Au lieu d'avoir deux concurrents, nous n'en aurons plus qu'un et ce sera un concurrent qui devra « vivre sa vie », en n'étant plus adossé à deux grands groupes de l'environnement qui ont largement soutenu leur BTP depuis des décennies, avec une part de travaux induits qui n'était pas négligeable.

Au final, je pense que le rapprochement de Vinci et de GTM aura des conséquences positives sur le marché, sans compter que cette association me semble moyennement complémentaire et que des restructurations importantes devraient être menées.

Bouygues Construction peut-il rivaliser avec Vinci/GTM en termes de rentabilité ?

Sans aucun doute. C'est à nous de corriger les discours stratégiques de nos concurrents, dirigés surtout vers l'actionnaire, et qui consistent à dire que seules les activités récurrentes comme la gestion de parkings ou d'aéroports sont sources de profits et ne présentent aucun risque.

Je m'inscris en faux pour dire que les grands projets à l'international perdent systématiquement de l'argent ; chez Bouygues, ce n'est pas le cas. Depuis dix ans, nous n'avons souffert sur aucune grande opération à l'étranger.

Bilan : la marge nette BTP, routes et immobilier confondus représente 1,8 % chez Bouygues, ce qui est proche du résultat de Vinci.

En somme, Bouygues est le dernier défenseur du béton ?

Non, Bouygues ne fait pas que du BTP traditionnel. C'est vrai que nous conservons des activités qui ont été abandonnées par d'autres, telles que l'offshore, car ce secteur présente des complémentarités avec le BTP. De plus, Bouygues Offshore a des résultats exceptionnels depuis cinq ans, et nous n'avons pas l'intention de sortir de son capital.

La réalité, c'est que nous sommes de plus en plus spécialisés en montages de projets, non seulement les BOT pour les travaux publics, mais aussi dans le bâtiment sous forme de PFI, par exemple, ou du simple montage, allant de la recherche foncière au financement et à la recherche d'investisseurs. Ce qui nous distingue des autres entreprises se décline dans tous nos métiers : recherche constante de créativité et de valeur ajoutée avec une offre globale faisant appel à l'ingénierie technique, financière et maintenance.

Avez-vous des priorités géographiques ?

Nous sommes particulièrement présents en Asie et en Europe : à Hong Kong où nous sommes profitables depuis plus de dix ans ; au Royaume-Uni, où nous venons de remporter en BOT le bâtiment du ministère de l'intérieur (Home Office), après certains succès de PFI (opérations de Barnett & Middlesex Hospital, logements de standing de King's Road). Nous bouclons actuellement le financement du métro de Salonique en Grèce, nous avons démarré les travaux du tunnel de Rostock en Allemagne, aussi en BOT, et débuterons bientôt ceux du tunnel de Groene Hart aux Pays-Bas. Nous sommes moins présents dans le sud de l'Europe, où les prix restent très bas et le protectionnisme assez fort.

Par ailleurs, nos bases plus traditionnelles en Afrique continuent d'être actives : j'espère que nous construirons en Côte d'Ivoire le 3e pont d'Abidjan qui est aussi une concession, et ceci dès que la situation politique sera redevenue normale. En Angola, nous participons au très grand projet offshore de Girassol.

Comment approchez-vous les marchés à l'international ?

Je considère que notre activité à l'international n'est pas plus risquée qu'en France dès lors que nous avons bien fixé les règles du jeu et que nous sommes vigilants sur le plan contractuel. C'est la raison pour laquelle nous répondons à très peu d'appels d'offres ouverts sans créativité. Nous préférons traiter les affaires en proposition globale, mêlant ingénierie technique et financière (cela doit représenter près de la moitié de notre chiffre d'affaires à l'international). Bref, nous apportons un service complet au client jusqu'à la livraison de grands projets clés en main comme au Turkménistan, où nous reconstruisons une partie du centre d'Achkhabad, avec trois ministères, après y avoir réalisé le palais présidentiel et le palais des congrès.

Quels sont vos objectifs chiffrés hors de France ?

Aujourd'hui, l'international représente 52 % de notre chiffre d'affaires, sur un total qui devrait atteindre, cette année, 5,8 milliards d'euros. D'ici à 4 ou 5 ans, cette proportion devrait passer à 70 % du périmètre actuel de Bouygues Construction. En effet, en France, il est de plus en plus difficile de s'exprimer sur des projets à forte créativité : les variantes techniques sont de moins en moins admises dans les appels d'offres, les procédures administratives avec le seul critère du moins disant qui continue la plupart du temps à être appliqué, sont un véritable carcan. Je crois que si nous n'avions pas axé notre stratégie hors de l'Hexagone depuis de nombreuses années, notre BTP serait en grande difficulté à l'heure actuelle.

Bouygues Immobilier est appelé à rejoindre Bouygues Construction, or son activité est surtout française ?

C'est une possibilité que Bouygues Immobilier rejoigne Bouygues Construction au début de l'année prochaine, la décision appartient à l'actionnaire, Bouygues SA. C'est vrai que peuvent se créer de nombreuses synergies entre la construction et l'immobilier, notamment sur l'international, qui ne représente que 5 % du chiffre d'affaires de l'immobilier (70 % étant réalisés en région parisienne), d'où une vulnérabilité plus forte en cas de retournement brutal de conjoncture : l'Europe semble le premier objectif à atteindre, puis l'international où le nom de Bouygues représente une image de marque indéniable auprès de nombreux clients.

Le chantier de Coeur Défense perd-il autant d'argent qu'on le dit ?

C'est un chantier très difficile, en raison de délais très courts et de prix trop bas. Nous avons provisionné les pertes à fin de chantier dans nos comptes. Toutefois, en respectant les 35 heures, nous avons battu les records de cycle pour chaque étage des tours (4 jours pour 1 800 m2) grâce à une technique de levage mise au point par notre filiale VSL.

Bouygues SA monte à 100 % dans Colas. La route suivra-t-elle l'immobilier pour rejoindre Bouygues Construction ?

L'intégration de Colas dans le pôle construction au sens juridique est bien entendu une probabilité à ne pas écarter. C'est une décision qui appartient à Bouygues SA et à son président et qui interviendra quand il la jugera utile. C'est donc une opération de moyen terme. N'oublions pas que nos métiers sont dirigés par des hommes, et qu'il faut en tenir compte dans nos décisions.

L'avenir de Bouygues Construction se trouve-t-il au sein du groupe Bouygues ?

On peut imaginer effectivement que Bouygues SA cède peut-être un jour une partie de son pôle construction. Mais nous avons un rôle à jouer au niveau du groupe, car nous sommes complémentaires des autres activités de services, plus consommatrices de capitaux. Notre BTP dégage une rentabilité sur capitaux propres de plus de 25 % depuis quelques années. De plus, l'histoire l'a prouvé et Martin Bouygues le répète souvent, c'est une véritable école de managers, qui ont d'ailleurs réussi brillamment dans le développement d'autres métiers.

Jean-Pierre Combot en quelques dates

1942 : naissance à Morlaix (29)

1965 : diplôme d'ingénieur ESTP

1966 : ingénieur d'études puis directeur de travaux chez Bouygues

1974 : directeur régional de la région Centre Ouest de Bouygues

1977 : directeur général de la filiale Dalla Vera à Orléans

1982 : directeur général Maghreb à la direction bâtiment international

1985 : directeur général bâtiment international

1991 : directeur général BTP de Bouygues

1999 : P-DG de Bouygues Construction

PHOTOS :

LIBAN En groupement à 50/50, Bouygues TP et Bouygues Offshore ont livré au début de l'été la digue du nouveau front de mer de Beyrouth, réalisée en conception construction avec 80 caissons.

TURKMENISTAN

Bouygues a construit le palais présidentiel d'Achkhabad, des fondations jusqu'à la vaisselle, et reconstruit le centre ville.

AUSTRALIE Bouygues Construction et Transfield ont achevé en mai dernier la construction d'un métro de 10 km de long à Sydney, reliant le centre ville à l'aéroport.

ANGOLA

Bouygues Offshore participe en Corée au montage de la plus grande barge du monde qui viendra exploiter le champ angolais Girassol, le premier en eaux profondes (-1 350 m).

GRAPHIQUE

Répartition du chiffres d'affaires international

L'Europe (ouest et est) et l'Asie représentent à elles deux près des trois quarts de l'activité internationale de Bouygues Construction, mais le groupe conserve un niveau stable en Afrique, l'une de ses bases traditionnelles.

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