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Les entreprises lâchent du lest pour motiver leurs compagnons

DOMINIQUE LE ROUX, EMMANUELLE N'HAUX |  le 26/01/2001  |  HygièneConjonctureDroit du travailFrance entièreImmobilier

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Compte tenu de la reprise de l'activité et des difficultés de recrutement, les entreprises ont revu à la hausse leur politique salariale pour leurs ouvriers. Le gel des salaires prévu par les accords 35 heures est souvent atténué.

En 2000, 94 % des entreprises du secteur ont recruté du personnel ouvrier. Parmi elles, 85 % disent éprouver des difficultés pour embaucher du personnel, surtout qualifié. Le niveau des salaires pratiqués dans le BTP est-il responsable ? Patrick Del Grande, secrétaire général de la fédération BTP CFTC en est convaincu. « Malgré une pénurie de main d'oeuvre qualifiée et une activité économique qui redémarre, les patrons refusent toujours d'accorder à leurs ouvriers des salaires décents, au risque de voir les jeunes tourner définitivement le dos au BTP. Les salaires y sont toujours trop faibles », estime-t-il dans le journal interne de son organisation.

La CGT partage cet avis. « Si le retour à la croissance a été bénéfique pour les entreprises, il n'en va pas de même pour les salariés », écrit la CGT dans une note de son service économique qui regrette « la faiblesse des salaires réels pratiqués dans la profession ».

Revalorisation des salaires minima en 2000

Qu'en pensent les entreprises ? Elles sont partagées. 24 % font un lien entre difficultés d'embauche et niveau de salaire. La plupart imputent toutefois les difficultés d'embauche à un faisceau d'indices qui tient plus à la mauvaise image du secteur auprès des jeunes qu'au niveau des rémunérations. « Nous savons mal vendre nos professions. Globalement, les salaires du BTP ne sont pas inférieurs à ceux de l'industrie », estime Jean-Paul Faucher, secrétaire général de la fédération régionale du bâtiment d'Auvergne. Quoi qu'il en soit, les entreprises ont intégré la reprise de l'activité dans leur politique de rémunération.

Les fédérations patronales du BTP leur ont emboîté le pas dans le cadre des négociations régionales sur les salaires minima. « Compte tenu du nouveau contexte économique et de notre volonté d'attirer des jeunes, la revalorisation des minima est vitale pour nos entreprises, même si les salaires dans les TP ne sont pas les plus bas de la région », explique la fédération régionale des travaux publics (FRTP) du Languedoc-Roussillon qui a augmenté ses minima de 3,5 % en 2000. Michel Garcia, secrétaire général de la FRTP Paca, fait la même analyse. « Après une augmentation de 1,25 % en 2000, nous procédons à une augmentation du point ouvrier de 3,5 % à compter du 1er janvier 2001 afin notamment de remédier aux problèmes des premiers niveaux de qualification qui sont rattrapés par le Smic. Globalement, notre secteur ne souffre pas de la comparaison avec les autres secteurs d'activité. Les salaires réels pratiqués dans les entreprises sont souvent au-dessus des minima régionaux ».

Soit ! Mais le fait est là. L'Alsace exceptée, toutes les régions ont revalorisé en 2000 leur grille de salaires (voir tableau), sous la pression parfois de leurs interlocuteurs syndicaux. « Il y a de moins en moins de décision unilatérale », confirme la fédération BTP de la CFDT. La CFTC regrette, dans une étude sur les minima du BTP, « les fortes disparités qui demeurent d'une région à l'autre ». Autre critique de ce syndicat : « Il est inadmissible qu'il reste des minima salariaux inférieurs au Smic. La revalorisation rapide des salaires et des indemnités de trajet et de repas apparaissent aujourd'hui évidentes ».

Des politiques salariales plus réactives

De leur côté, les entreprises font valoir que les salaires réels sont souvent supérieurs aux minima régionaux. « En Ile-de-France, explique Dominique Marceron, chef du service relations sociales de la fédération parisienne du bâtiment, les salaires réels sont supérieurs de 10 % environ aux minima. Les entreprises veulent pouvoir conserver leur main d'oeuvre et recruter de nouveaux salariés ».

Même constat en Auvergne : « 70 % des entreprises de la région payent au-delà des minima. Les entreprises doivent aujourd'hui avoir une politique offensive pour éviter le risque de débauchage de leur personnel qualifié », analyse Jean-Paul Faucher, secrétaire général de la FRB. C'est clair, les temps ont changé. « Les entreprises qui payent mal vont s'en mordre les doigts », prédit un entrepreneur. Olivier Damez, directeur général de l'Union des peintres, Scop de peinture de 57 salariés du Sud-Ouest, perçoit déjà le phénomène. « Des salariés d'autres entreprises viennent nous voir pour monnayer leur qualification. Nous les recevons mais nous ne souhaitons pas déstructurer nos grilles de salaires qui sont déjà de 3 % au-dessus des minima ».

Abandon du gel des salaires des accords 35 heures

Bon nombre d'entreprises ont d'autant plus révisé leur politique salariale qu'elles sortent d'une période de modération des salaires. Elyo Nord-Est en fait partie. « Après deux années de blocage des salaires, nous venons de signer un accord salarial avec trois syndicats qui prévoit une augmentation de salaires de 300 francs pour les ouvriers et les Etam le 1er décembre 2000 et une nouvelle augmentation générale pour les ouvriers de 1,5 % en mai 2001, auxquels s'ajoutent 0,5 % d'augmentations individuelles pour réduire les disparités salariales, explique Laurent Guillaume, DRH. Cette politique offensive se justifie par la reprise de l'activité et l'inflation ». La plupart des accords 35 heures signés dans le BTP prévoient un gel des augmentations des salaires. La règle semble aujourd'hui au gel du gel. « Je sais que je ne passerai pas 2001 sans rien faire sur les salaires », prédit le P-DG d'une entreprise de second oeuvre qui vient de passer aux 35 heures.

« L'irruption des 35 heures a contribué au gel des salaires. Cela semble difficilement tenable aujourd'hui dans les entreprises », estime Patrick de Beaurepaire, secrétaire général du syndicat du génie climatique de Paris Ile-de-France. Jean-Pierre Chambon, P-DG de CITC, entreprise parisienne de génie climatique de 50 salariés, peut témoigner. « Nous sommes passés à 37 heures début 2001 et avons accordé 2 % d'augmentation générale de salaires plus des augmentations individuelles. Le gel des salaires est impraticable aujourd'hui dans nos entreprises si nous voulons garder nos ouvriers ». Annie Tourmente, chef du personnel de Devillette et Chissadon, PME francilienne de gros oeuvre de 145 salariés, partage son avis. « Les ouvriers veulent aussi profiter de la reprise sachant que les salaires avaient été bloqués ces dernières années. Pour 2001, nous avons accordé 2 % d'augmentation générale, sachant que nous sommes à 37 heures depuis 2000 et que nous pratiquons depuis l'an passé une majoration de 25 % entre 35 et 37 heures ».

Motiver les compagnons par des primes

Mais même si la reprise est là, les marges de manoeuvres sont étroites. « Nous sommes dans une aberration, grogne Jean-Pierre Chambon. Nous ne pouvons pas geler les salaires mais ne pouvons pas non plus les augmenter trop pour ne pas trop alourdir nos coûts et rester compétitifs ». Les entreprises disent ne pas pouvoir répercuter la hausse de leurs coûts, notamment salariaux, sur leur prix. « Nos prix n'augmentent pas à la même vitesse que nos coûts », rappelle Thierry Servant, P-DG de deux entreprises de peinture d'une vingtaine de salariés chacune.

Pour répondre à cette quadrature du cercle, les entreprises développent des systèmes de primes. « Nous appliquons un accord de participation et donnons à nos compagnons des primes de résultat pour les motiver », explique Serge Petiot, P-DG de Lagarde et Mérégnani, entreprise de peinture de Nancy (230 salariés). Thierry Servant distribue aux compagnons de son activité ravalement une prime de 400 francs par jour gagné sur les chantiers, à répartir entre les salariés au prorata de leur temps passé sur le chantier. L'entreprise parisienne de peinture Stravicino fait de même. « Pour motiver nos compagnons, nous versons une prime d'intéressement et une prime par chantier qui tient compte de la qualité et des délais », explique son P-DG, Jacky Abraham, pour qui « un chef d'entreprise doit être attentif au niveau des salaires pour garder les bons éléments ». Une réalité incontournable aujourd'hui.

TABLEAU :

Revalorisation des salaires minima BTP en 2000

GRAPIQUES :

- Difficultés de recrutement

- Révision des grilles de salaires

- Raisons des difficultés rencontrées

85% des entreprises du BTP ont éprouvé des difficultés pour recruter des ouvriers l'an passé. Principal motif invoqué, la mauvaise image du secteur. 24% seulement incriminent le niveau insuffisant des salaires. Pour autant, près d'une entreprise sur deux (48% exactement) a révisé ses grilles de salaires l'an passé (Enquête Ipsos - « Le Moniteur »).

94% des entreprises ont recruté des ouvriers en 2000. 85% d'entre elles affirment avoir éprouvé des difficultés. 24% estiment le niveau des salaires insuffisant.

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