Aménagement

Les élus du bassin de vie d’Avignon disent stop au développement des zones commerciales

Mots clés : Aménagement du territoire - Etat et collectivités locales - Urbanisme - aménagement urbain

Réunis ce 1er février en périphérie d’Avignon, les membres du syndicat mixte pour le SCoT du bassin de vie d’Avignon ont signé une charte d’urbanisme commercial avec comme premier principe de ne plus autoriser des zones commerciales nouvelles. On recense sur le territoire près de 500 000 m2 de grandes et moyennes surfaces pour 300 000 habitants, soit un rapport surface commerciale/habitant largement supérieur à celui constaté dans les SCoT de Grenoble, Lyon, Nîmes ou Toulouse.

Elus sur un territoire où les moyennes et grandes surfaces surreprésentées asphyxient peu à peu les commerces des centres villes, les quatre Établissement public de coopération intercommunale (EPCI), membres du syndicat mixte pour le schéma de cohérence territoriale (SCoT) du bassin de vie d’Avignon, ont décidé de ne plus laisser faire. Ils s’y sont engagés en signant, ce jeudi 1er février à Morières-lès-Avignon, en périphérie d’Avignon, la charte d’urbanisme commercial avec comme premier principe fondateur de ne plus autoriser la création de nouvelles zones commerciales.

Les élus ont profité de la révision en cours du SCoT pour se lancer dans l’élaboration de la charte avec l’aide de l’agence d’urbanisme Rhône Avignon Vaucluse (Aurav) www.aurav.org. «Le SCoT a l’avantage de fédérer 34 communes et quatre EPCI. Ensuite, parce qu’il propose une approche transversale des politiques publiques, il nous a semblé être l’outil pertinent pour traiter de ces questions», a rappelé Christian Randoulet, président du syndicat mixte pour le SCoT du bassin de vie d’Avignon et délégué au patrimoine, à l’urbanisme et aux travaux à l’agglomération du Grand Avignon.

 

Cadre de référence commun

 

Non prescriptive, la charte sera le cadre de référence commun des quatre EPCI lorsqu’elles devront se prononcer au titre du SCoT sur les projets soumis en Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC). «Le SCoT votera contre toute zone commerciale qui sera éloignée de tout tissu urbain existant. Le commerce ne crée plus d’emplois, au mieux ce sont des transferts d’emplois. Cette prise de conscience a servi de déclencheur. En contraignant les extensions de zones commerciales, on espère avec la charte impulser leur densification et leur requalification notamment en entrées de ville», a déclaré Stéphane Garcia, premier adjoint à Sorgues et vice-président du syndicat mixte.

 

20 000 m2 de surface de vente

 

La diversification et la densification des zones existantes devront se faire de manière encadrée. «Sur le territoire couvert par le SCoT, nous n’autoriserons pas d’extension au-delà de 20 000 m2 de surface de vente sur une durée de six ans. Cela revient à diviser par trois le rythme de création de mètres carrés de surface de vente en CDAC. Il y aura la possibilité de faire un bilan à mi-parcours pour juger de la pertinence de cette limite imposée», poursuit l’élu d’une commune qui abrite une partie de la zone commerciale d’Avignon nord, propriété d’Immochan, qui y a d’ailleurs installé sa direction régionale.

Le porteur devra présenter son projet de création de surface de vente devant le comité syndical du SCoT qui jugera de sa qualité notamment par rapport à son impact sur les centres-villes environnants ainsi qu’en fonction de son respect des exigences de qualité urbaine, architecturale et environnementale fixées par la charte.

 

Conférence permanente de l’urbanisme commercial

 

Tout cela pourra fonctionner si l’ensemble des acteurs concernés par le sujet (collectivités, services de l’Etat, chambres consulaires, opérateurs privés, commerçants, représentants de la société civile, etc.) marchent dans le même sens. La conférence permanente de l’urbanisme commercial animée par l’Aurav aidera à développer une culture commune et à anticiper les projets et mutations du commerce. Pour l’instant, les élus n’ont pas fixé de calendrier, mais elle pourrait se réunir deux à trois fois par an.

Situé au cœur du couloir rhodanien, le bassin de vie d’Avignon est un nœud autoroutier propice au développement de l’activité commerciale. On y recense près de 500 000 m2 de grandes et moyennes surfaces pour 300 000 habitants, soit un rapport surface commerciale/habitant largement supérieur à celui constaté dans les SCoT de Grenoble, Lyon, Nîmes ou Toulouse. Sur la dernière période, entre 2009 et 2016, 120 000 m2 de surfaces de vente ont été autorisés. Un développement déconnecté des besoins locaux et de la consommation des ménages. S’y ajoutent des centres-villes en perte de vitesse, une consommation excessive des espaces agricoles et naturels, le règne de la voiture, la dégradation des paysages en entrée de ville.

 

Focus

Les cinq principes de la charte

1. ne plus autoriser de création de nouvelle zone commerciale;

2. ne plus permettre d’extension urbaine des zones commerciales existantes;

3. promouvoir la diversification et la densification des zones commerciales, mais de manière encadrée;

4. prioriser les implantations des nouveaux équipements commerciaux dans les centres-villes;

5. exiger une plus grande qualité urbaine, architecturale, paysagère et environnementale pour les implantations commerciales.

 

Focus

Des centres-villes en perte de vitesse

La conurbation avignonnaise s’affiche désormais comme la 16e aire urbaine en France avec 515 OOO habitants avec les villes d’Avignon, d’Orange, Carpentras et Cavaillon qui partagent en commun leurs flux en termes de lieu de travail et de consommation. Mais aussi, un taux de vacances des commerces de proximité des plus importants d’après le dernier rapport gouvernemental sur la revitalisation des centres villes d’octobre 2O16. Le nombre des cellules commerciales inoccupées atteint 15% sur Avignon, Carpentras et Orange, alors que la  moyenne nationale est de 8,4%. Les centres de ces villes cumulent d’autres handicaps: un taux de vacances de logement très élevé, des revenus faibles (1 314 euros contre 1 682 euros au national), un taux chômage de 11,7%, une taxe importante sur les propriétés bâties, etc. Le département du Vaucluse est le sixième plus pauvre de France, il compte 22 37O allocataires du RSA. En Avignon, Cécile Helle, la maire, a fait voter en 2O14 un «moratoire» s’opposant à tous les dossiers de création et d’extension de surfaces de périphérie.

 

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