Transport et infrastructures

Les élus de Paca et Philippe Duron sur la même ligne… «Nouvelle Provence-Côte d’Azur»

Philippe Duron, président du Conseil d’orientation des infrastructures, était en déplacement à Nice ce jeudi 11 janvier. Le projet de ligne Nouvelle Provence-Côte d’Azur était à l’ordre du jour.

Ce jeudi 11 janvier à Nice, les principaux élus de l’est de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ont présenté un front uni à Philippe Duron, le président du Conseil d’orientation des infrastructures, venu prendre la mesure de leur mobilisation pour le projet de la ligne Nouvelle Provence-Côte d’Azur. Reliant les métropoles d’Aix-Marseille, de Toulon et de Nice, le projet, en gestation depuis le début des années 2000, n’a pas toujours fait l’unanimité.

Aujourd’hui, il y a un consensus pour aménager une ligne mixte, combinant renforcement de la desserte locale des TER et développement du réseau dans les points de saturation autour des nœuds ferroviaires de Marseille, Toulon et Nice. Sur la gare Saint-Charles, l’ambition est de booster l’offre de 15 TER par heure et par sens à 25 TER. Dans les Alpes-Maritimes, il s’agit de créer une gare à Cannes-la-Bocca, une halte ferroviaire sur la technopole Sophia Antipolis et un pôle multimodal près de l’aéroport à Nice. Lors de sa venue, Philippe Duron a d’ailleurs visité le site.

 

Projet arrivé à maturité

 

La mobilisation des élus et la découverte de ce dernier chantier, dont le coût de la première tranche s’élève à 300 millions d’euros, ont convaincu le président du Conseil d’orientation des infrastructures. En quittant Nice, il a promis de placer le dossier en bonne place dans le rapport sur la planification des investissements de l’Etat qu’il doit remettre fin janvier au gouvernement pour aider à la rédaction d’une loi de programmation. «Le projet de ligne Nouvelle Provence-Côte d’Azur était embryonnaire il y a cinq ans. Aujourd’hui, il est arrivé à maturité», a-t-il déclaré. «Outre la modernisation d’infrastructures, ce nouvel axe a le grand avantage de régler les nœuds de congestion ferroviaire à Nice, Toulon et Marseille. Il répond totalement aux priorités données par le gouvernement d’agir sur les transports du quotidien et la régénération des infrastructures», a-t-il poursuivi.

 

Par étapes successives

 

Rappelant l’importance du trafic dans une région au deuxième rang français pour son PIB/habitant, Christian Estrosi, maire de Nice et président de la métropole Nice-Côte d’Azur, a insisté sur la nécessité d’enfin réaliser le projet. Pour cela, il a affirmé avoir pris le parti d’avancer «par étapes successives». Et de citer l’exemple du pôle multimodal niçois dont la première tranche doit sortir de terre en 2020. Situé à proximité de l’aéroport de Nice, il sera desservi dans un premier temps par deux lignes de tramway, quatre lignes de TER. L’amélioration de la signalisation avec l’installation de l’ERMTS2 entre Marseille et Nice, doit également permettre de gagner en régularité sur un réseau affichant le triste record du nombre de trains retardés (cf. focus ci-dessous). L’amélioration est attendue avec la création d’un second centre de maintenance des TER sur le site Nice – Saint-Roch (65 millions d’euros cofinancé par la région Paca). Pour le moment, SNCF Réseau ne compte qu’un seul centre situé à Marseille-Blancarde.

 

Ecotaxe régionale

 

La décision de créer cette ligne est actée. Se pose l’épineuse question de son financement. A lui seul, le traitement des nœuds ferroviaires marseillais et azuréen est estimé à 7 milliards d’euros. Sur ce sujet, Philippe Duron s’est contenté de dire que le conseil allait proposer différents scénarios au gouvernement par rapport à la loi de programmation déposée au printemps 2018 avec en ligne de mire un plan de financement quinquennal.

La région Paca, désormais présidée par le Marseillais Renaud Muselier (LR), est prête à innover. «Nous avons demandé au gouvernement l’autorisation d’expérimenter la mise en place d’une écotaxe régionale qui servirait au financement de la ligne Nouvelle», a précisé Philippe Tabarot, vice-président en charge des transports de la collectivité régionale.

L’élu azuréen table aussi sur les fonds européens que la région pourrait mobiliser arguant du fait que la ligne Nouvelle Provence-Côte d’Azur est le chaînon d’un itinéraire continental. Dans le cadre d’une contribution commune avec la région Ligurie en Italie et de la conférence annuelle Fermed organisée à Marseille en décembre 2017, la région Paca a exprimé son souhait d’inscrire l’axe Marseille-Nice-Vintimille-Gênes dans les corridors prioritaires du réseau transeuropéen de transport (RTE-T). D’un coût estimé à 2,5 milliards d’euros, le projet de doublement en souterrain de la gare Saint-Charles à Marseille pourrait bénéficier d’une aide financière à hauteur de 30 à 50% au titre de la résorption d’un nœud ferroviaire.

 

Focus

Des réseaux de transport saturés

Avec 2,5 km de voie ferrée pour 1O OOO habitants, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur dispose du plus petit linéaire de voie ferrée par habitant de France (la moyenne nationale est de 5,75, hors Ile-de-France). A noter que la ligne unique entre Marseille et Vintimille a été construite en 186O quand la région comptait trois fois moins d’habitants qu’aujourd’hui. Entre-temps, la population a augmenté sur les aires urbaines d’Aix-Marseille, de Toulon, de la Côte d’Azur et de Nice, notamment sur les cinquante dernières années.

En 2O16, la section de la Côte d’Azur a connu la plus forte fréquentation TER de France (hors Ile-de-France). Plus de 135 trains y ont circulé par jour: TER omnibus ou semi-direct, trains grandes lignes et TGV, trains de fret.

Dans ce contexte, les travaux de maintenance ou d’entretien sont longs et complexes car limités à quelques heures chaque nuit. Le moindre incident a aussi un impact plus fort. Aussi, la région connaît-elle les taux de retard et d’annulation des TER les plus élevés de France: 1 TER sur 6 est en retard; 1 TER sur 12 est annulé. A ces difficultés s’ajoute la saturation des axes routiers au niveau des trois métropoles. La situation devrait se dégrader à l’horizon 2O25 car les besoins de déplacement croissent plus vite que l’offre n’augmente.

 

Focus

Enquête publique fin 2O19

Le secrétaire d’Etat aux Transports du gouvernement Cazeneuve, Alain Vidalies, a entériné, le 25 avril 2O17, le choix du tracé de la ligne Nouvelle Provence-Côte d’Azur. La décision est intervenue dix semaines après le dernier comité de pilotage au cours duquel SNCF Réseau, le maître d’ouvrage, et les financeurs (l’Etat, la région Paca, les départements des Alpes-Maritimes, des Bouches-du-Rhône et du Var, les métropoles Aix-Marseille-Provence, Nice-Côte d’Azur et Toulon Provence Méditerranée) se sont accordés sur le choix du tracé. Est actée la «priorité 1» qui prévoit notamment un traitement des nœuds ferroviaires marseillais (2,5 milliards d’euros) et azuréen (4,5 milliards d’euros) d’ici 2O3O. Il contient également la position des gares nouvelles près de l’aéroport de Nice et dans le secteur de Cannes-la-Bocca, ainsi qu’une halte à Sophia Antipolis. Non prévue dans les premières études, la gare à Cannes La Bocca coûterait plus de 1OO millions d’euros dans une première phase. S’y ajouteraient plus 8OO millions d’euros pour créer une vraie plate-forme pour les TGV.

SNCF Réseau a lancé les études préalables au dossier qui sera soumis à enquête publique programmée pour la fin 2O19. Après la déclaration d’utilité publique (DUP), le gestionnaire du réseau ferré bouclera les études d’avant-projet définitif. Les premiers travaux sont programmés pour la fin 2O22 ou le début 2O23.

 

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