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« Les effets de la loi Elan ne se feront sentir que dans cinq ans »

Propos recueillis par Augustin Flepp, Florent Maillet et Fabien Renou |  le 20/04/2018  |  Loi Elan

Entretien avec Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB). -

Le patron de la FFB redoute un fléchissement de l'activité dès 2019. Mais croit aux effets positifs du numérique sur la filière.

Quelle conjoncture anticipez-vous pour 2018 ?

2018 devrait être une bonne année, nous tablons sur une croissance d'activité de 2,5 %. Néanmoins, les premiers signes de tassement se font sentir, puisque l'an dernier nous avions enregistré une hausse de 5 %. La baisse des ventes de logements neufs, le manque de visibilité de financement pour les bailleurs sociaux, aussi bien dans le neuf que dans la rénovation, devraient conduire à un fléchissement de l'activité à partir de fin 2019. A nos inquiétudes sur le marché du logement social s'ajoutent nos craintes liées au rabotage du prêt à taux zéro et à la suppression du Pinel en zones B2 et C.

Certes, dans le non résidentiel, les résultats sont meilleurs. Mais le volume reste toutefois inférieur de 20 % à la moyenne de ces trente dernières années ! Quant au marché de l'amélioration-entretien, il se redresse un peu mais ne décolle toujours pas.

Sur l'assurance construction, les difficultés et défaillances d'acteurs en libre prestation de service (LPS) concernent vos adhérents. Quelle est votre action ?

Certains assureurs ont profité d'une situation difficile de nos artisans et entrepreneurs pour faire du low cost, en proposant des garanties décennales à prix cassés. Nous avions pourtant alerté nos adhérents sur ces compagnies à bas coût qui méconnaissent le régime décennal français. Or, à la suite des difficultés ou défaillances de plusieurs assureurs opérant en LPS survenues ces derniers mois, beaucoup de professionnels se retrouvent aujourd'hui dans une situation délicate : à défaut de couverture, ils pourraient être amenés à régler eux-mêmes les sinistres éventuels à la place de leur assureur défaillant. De nombreuses faillites seraient alors à craindre dans les prochains mois ou années, alors même que le bâtiment connaît enfin une reprise marquée. Notre rôle en tant que fédération, face à une situation de crise de cette ampleur, est de trouver des solutions pour nos adhérents qui se sont fait piéger de bonne foi. Nous avons donc demandé à trois assureurs mutualistes [L'Auxiliaire, CAM et SMABTP, NDLR] de réfléchir à la création d'une offre pour réassurer les entreprises pénalisées par les défaillances de ces compagnies d'assurance low cost sur les deux dernières années écoulées. Cette solution rétroactive devrait permettre de couvrir la plupart de nos adhérents, moyennant le paiement d'une nouvelle prime.

Comment se porte l'emploi ?

Le secteur du bâtiment a créé près de 20 000 postes sur l'ensemble de l'année 2017, soit une progression de 13,1 % par rapport à 2016. Les embauches se sont même accélérées au cours du quatrième trimestre, avec 31 000 emplois créés en glissement annuel. La filière devrait embaucher 30 000 personnes en 2018. Mais il devient difficile de recruter. Nous observons par exemple un phénomène de refus d'embauche de la part de certains intérimaires qui, dans un contexte tendu, préfèrent garder ce statut pour bénéficier notamment de l'indemnité de fin de mission.

« La solution d'assurance construction rétroactive des trois assureurs mutualistes portera sur les deux dernières années. »

Une autre situation me préoccupe, qui est liée au grand écart qui se crée entre les métropoles et les territoires moins dynamiques : les entreprises envoient leurs travailleurs vers les zones tendues où se concentre l'activité.

Cela provoque des problèmes en termes de temps et de coût de transport, et a pour conséquence de rendre le travail plus difficile. Nous insistons sur le fait qu'il faut maintenir l'emploi au niveau local.

Certains de vos adhérents proposent une suppression du Pinel (lire page 40). Quelle est votre position sur le sujet ?

A la FFB, nous partageons tous l'objectif de lutter contre la fracture territoriale. Mais sur ce point précis, je pense qu'on n'enrichirait pas les zones détendues en appauvrissant les zones tendues, où sont cantonnées les incitations Pinel.

Que pensez-vous du projet de Loi Elan ?

Il y a une forme de continuité de l'Etat dans cette volonté de créer un choc de l'offre. Mais les effets du projet de loi Elan ne se feront ressentir que d'ici quatre à cinq ans. Je constate que le prix des logements est aujourd'hui trop élevé, alors même que le coût de la construction représente moins de 50 % de la somme totale. Ce que j'observe aussi, c'est que deux postes ont connu une forte inflation lors de ces huit années de crise : le coût du foncier et la fiscalité immobilière, qui frappe nos entreprises. A mon sens, c'est sur ces leviers que le gouvernement doit agir.

« Construire mieux, plus vite et moins cher », prône le gouvernement. Avez-vous une solution ?

Pour l'instant, nous restons une industrie de main-d'œuvre.

Si l'on veut construire moins cher, il faut réduire le coût de la main-d'œuvre ou le nombre d'heures. Je partage l'idée de construire vite et moins cher, mais davantage dans une approche de processus industriel. Le BIM peut y participer en facilitant l'optimisation des projets et en réduisant les erreurs et les délais de construction. Mais je ne crois pas au miracle.

Construire plus vite passe par une augmentation de la part de préfabrication des éléments. Et c'est là où le numérique et l'innovation prennent tout leur sens. L'une des conséquences de la maquette numérique, c'est que l'ensemble des acteurs du bâtiment vont devoir travailler en amont, un point sur lequel notre filière doit beaucoup progresser. Le BIM doit redonner du temps à la préparation. Mais attention à ce que la maquette numérique ne soit pas l'apanage de quelques-uns ! Et que l'on arrête de vouloir rendre obligatoire le BIM, ou de créer des labels ou certifications. Le BIM va devenir tellement pertinent qu'il s'imposera naturellement de lui-même. Il faut simplement laisser le temps à la filière de se former et de s'équiper.

Le CITE sera transformé en 2019 en « prime ». Etes-vous toujours critique vis-à-vis de ces dispositifs ?

Sur l'assiette globale de ces dispositifs, le gouvernement va à l'encontre de ses propres objectifs en matière de transition énergétique. Je pense à l'exclusion du CITE pour les fenêtres et les fermetures. A la FFB, nous avons toujours affirmé que c'était une erreur, car la fenêtre est le point d'entrée d'une démarche de rénovation énergétique. Nous avions pourtant proposé des mesures lisibles, par exemple de recentrer le CITE sur le remplacement du simple vitrage. C'est dans les habitations équipées de simple vitrage que la précarité énergétique est la plus importante ! Cette mesure aurait permis de diminuer l'enveloppe du CITE de 700 M€ au lieu des 900 M€ prévus par le gouvernement. Nous n'avons pas été entendus. Mais nous comptons bien en reparler à l'occasion de la prime Hulot, qui doit se substituer au CITE en 2019.

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