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Les couvreurs s'appretent a passer une année sous tension

CORINNE MONTCULIER |  le 14/01/2000  |  Formation BTPToitureFrance ParisInternational

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Apres la tempête certaines toitures ne pourront pas etre réparées avant un an

Trois semaines après les tempêtes de vent qui ont traversé la France, des estimations de l'ampleur des travaux à effectuer sur les bâtiments commencent à ête avancées, pas toujours cohérentes. Robert Buguet, président de la Capeb, annonce 22 milliards de francs de dégâts sur l'ensemble des bâtiments, tous corps d'état compris. Plus prudemment, La Fédération française du bâtiment avance un montant de 2,5 à 3 milliards de francs pour les seuls travaux de couverture (7 à 8 milliards tous travaux confondus), alors que la profession réalise un chiffre d'affaires annuel de 16 milliards de francs.

« En fait, aujourd'hui, personne n'est capable d'estimer la réalité des besoins, commente Gérard Laurent, président de l'Union nationale de la couverture-plomberie ». Si l'ampleur des dégâts est incontestable, ils concernent, pour le bâtiment, essentiellement les couvertures, mais de manière très inégale, allant de quelques tuiles envolées à une toiture complète arrachée. D'une manière générale, les bâtiments neufs et les toits en ardoise ont bien résisté, les toitures en grands éléments des bâtiments industriels et de certains bâtiments administratifs se révélant plus fragiles. La présence d'une sous-toiture s'est montrée efficace dans nombre de cas, empêchant l'effet de soulèvement. Pour expliquer certains sinistres, les professionnels mettent en cause le bâti des années 60-70 ainsi que le manque d'entretien des toitures.

Un effectif insuffisant

Aujourd'hui, après trois semaines d'interventions intensives et d'heures supplémentaires, week-end compris, la mise hors d'eau des bâtiments touche à sa fin. « Notre personnel est à bout et n'en peut plus », rapporte Gérard Laurent. Mais le travail n'est pas terminé, et les réparations vont prendre le relais des bâchages d'urgence. Et là se pose une question : comment gérer ces chantiers supplémentaires alors que les carnets de commande des entreprises étaient déjà bien remplis à la fin de l'année et que la profession était déjà confrontée à un manque de main d'oeuvre ? L'effectif des couvreurs, 30 000 personnes, ne suffira pas à encaisser ce surcroît de travail et il faut s'attendre pour certains particuliers à passer une grande partie de l'année avec des bâches au-dessus de leur tête. Cette tension sur la main d'oeuvre se traduit déjà par des débauchages de compagnons.

A ces inquiétudes sur la main d'oeuvre, pour lesquelles il existe quelques réponses (voir encadré), viennent s'ajouter des problèmes de trésorerie. « Les entreprises ont arrêté la plupart de leurs chantiers en cours avant la tempête. Elles ne font plus de situation de travaux et ne sont donc pas payées », explique Gérard Laurent. A cet diminution des rentrées d'argent viennent s'ajouter des coûts non programmés : les heures supplémentaires des compagnons, le salaire du personnel venu en renfort et le matériel qu'il a fallu louer. De plus, les travaux réalisés ne seront sans doute pas payés immédiatement. La FFB demande leur paiement par les assureurs directement aux entreprises. Dans certains cas, les entreprises ont elles-mêmes été touchées par les tempêtes et se retrouvent dans une situation critique. Pour celles qui ne peuvent pas souscrire à leurs déclarations fiscales venant à échéance avant le 1er mars 2000, ou payer leurs impôts avant cette même date, l'administration a accordé un délai.

Parallèlement à la situation d'urgence, les chantiers engagés avant la tempête prennent du retard, soit en raison de l'absence des entreprises qui interviennent ailleurs, soit parce qu'ils ont subi eux aussi la tempête. « Sur nos 800 chantiers ouverts, 106 ont été touchés, dont une grosse majorité en Ile-de-France, explique Patrick Vandromme, PDG de Maisons France Confort, constructeur de maisons individuelles. Nous allons prendre un mois de retard sur ces constructions, ce qui va décaler d'autant celles qui suivent derrière ». Le constructeur compte sur la fidélité des entreprises avec lesquelles il travaille et sur ses propres équipes en interne pour que la situation se régule dans le courant de l'année.

Les promoteurs ont eux aussi quelques inquiétudes sur la disponibilité des couvreurs. « Aujourd'hui, nous avons du mal à tenir les plannings, car les couvreurs sont partis sur des chantiers urgents. Ce décalage se répercute sur les autres corps de métier. Mais on peut comprendre cette urgence et mettre le contrat des entreprises entre guillemets, le temps que les sinistrés soient mis hors d'eau. Il ne faut pas toutefois que la situation aille au-delà », commente Didier Webre, directeur d'Investir Immobilier.

Un observatoire des prix

Certains couvreurs ont pourtant déjà enregistré des dénonciations de contrat pour non respect des clauses. « Il faut que les maîtres d'ouvrage publics diffèrent les travaux les moins urgents, qu'ils examinent avec indulgence les demandes de délais d'exécution et renoncent aux pénalités de retard pour les entreprises, preuves à l'appui, qui interviennent sur les chantiers urgents », recommande Jean-Yves Perrot, directeur de la DAEI au ministère de l'Equipement. Les professionnels s'attendent à un report des programmes de travaux, et des chantiers qui devaient commencer cette année seront sans doute décalés en 2001 ou 2002.

Mais l'année 2000 restera très tendue avec une hausse d'activité à deux chiffres pour les métiers de la couverture. Ce qui entraîne des hausses sur les prix et les salaires. Un phénomène déjà enclenché pour l'ensemble des professions au dernier trimestre 1999 (« Le Moniteur » du 17 décembre, p.38). En décembre, les fabricants avaient déjà annoncé une hausse de prix de 7 à 20 % sur les matériaux, hausse qui vont se retrouver sur les factures.

Les interventions d'urgence ont également un coût : « 30 % environ sur Paris, indique Gérard Laurent, à cause des primes de risques pour les salariés, du paiement des heures supplémentaires, de la location de matériel et des pertes de temps dans les approvisionnements. Nous avons eu une réunion avec les syndics, pour leur expliquer cette situation ». La radio et la télévision font aussi état de devis exorbitants. Le ministère de l'Equipement, des Transports et du Logement indique la mise en place prochaine d'un dispositif d'observation des prix, décidé avant les tempêtes, dans le cadre de l'Observatoire de l'habitat. « Des secteurs sensibles comme la couverture et l'étanchéité seront étudiés attentivement », assure Jean-Yves Perrot.

PHOTO : Pour le bâchage d'urgence de la Basilique de Saint-Denis, une équipe de La Louisiane : Daniel Dubuisson, couvreur-zingueur-ardoisier, 49 ans, dont 31 ans d'expérience, accompagné de Sébastien Gerner, 21 ans. Ce dernier, plombier-chauffagiste, a été formé dans l'entreprise à la couverture.

Les moyens humains mobilisables

Les pouvoirs publics et les professionnels ont recensé les viviers dans lesquels puiser pour fournir des professionnels susceptibles d'intervenir dans les métiers de la toiture.

Les fichiers de l'ANPE

Fin novembre, on comptait 3 200 demandeurs d'emplois dans la couverture, 2 200 dans l'étanchéité et 1 100 charpentiers, soit environ 10 % de l'effectif de ces trois professions. L'ANPE travaille en collaboration avec les fédérations professionnelles du bâtiment : un accord de partenariat a été signé récemment avec la FFB et va l'être avec la Capeb (« Le Moniteur » du 24 décembre 1999, p.72-73).

Le travail temporaire

La France est inégalement touchée et les professionnels de certaines régions peuvent venir à la rescousse des zones sinistrées.

La formation

Viennent s'ajouter les 2 500 apprentis formés chaque année.

De plus, selon Jean-Yves Perrot, directeur de la DAEI, « il n'est pas exclu que des actions de formations financées en urgence soient mises en place, pour remettre sur les toits des gens qui ont déjà exercé ce métier ». Mais à l'heure où nous imprimons, aucune décision en ce sens n'avait encore été prise.

JEAN-CLAUDE VENTURINI, PDG de la Louisiane, entreprise de couverture-plomberie-chauffage sur Paris (55 salariés).

Actuellement, nous avons arrêté tous nos chantiers en cours, avec l'accord de nos clients, pour nous concentrer sur les bâchages. Nous en voyons le bout et nous allons pouvoir passer plus tranquillement à la réfection. Pour gérer l'urgence, nous avons eu recours à l'intérim. Sept personnes sont déjà venues renforcer nos équipes, depuis des régions peu touchées par les tempêtes, comme le Nord et Rhône-Alpes. Leur coût n'est pas tellement plus élevé que celui des intérimaires parisiens, car les salaires sont plus bas en province, ce qui compense le surcoût du voyage et de l'hébergement. Ce sont des professionnels qualifiés mais, avec leur arrivée, nous avons dû dédoubler nos équipes, réorganiser l'entreprise et louer du matériel supplémentaire. Dans un premier temps, leurs contrats vont de une semaine à deux mois. Pour l'avenir, nous allons chercher à embaucher, car je préfère fidéliser par un CDI et je suis optimiste sur la conjoncture après les effets tempête. On peut augmenter le personnel de 30 à 40 %, mais pas au-delà car cela devient trop difficile à gérer et génère des risques pour la sécurité. La tempête a par ailleurs des effets sur le marché des professionnels, et des surenchères apparaissent sur les salaires. J'ai déjà perdu trois personnes comme ça, débauchées par d'autres entreprises.

Marchés publics : le code autorise la procédure négociée

Le conseil régional d'Ile-de-France recourt à la procédure négociée pour des travaux d'urgence dans 40 lycées (texte de l'avis, p. 253) En effet, le code des marchés publics prévoit expressément les cas d' « urgence impérieuse, motivée par des circonstances imprévisibles » dans son article 104-I-4°. Certaines conditions doivent être respectées (cf. l'article en rubrique « réglementation », p. 60). Le droit européen confirme également ce régime dérogatoire.

La procédure applicable est celle des marchés négociés précédés d'une mise en compétition sommaire (trois lettres de consultation). L'établissement d'un règlement de consultation est bien sûr nécessaire, ainsi que la vérification des documents professionnels prévus aux articles 50 et suivants du code des marchés publics.

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