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Les clusters du bâtiment construisent l'Europe de demain
Immeuble tertiaire visant l'énergie positive, Enertic a été construit dans une zone industrielle de San Sebastian par des entreprises espagnoles. Des entreprises françaises viendront implémenter des instruments de mesure des consommations - © © DR

Les clusters du bâtiment construisent l'Europe de demain

Eric Leysens, à San Sebastian |  le 20/09/2013  |  ERPMise en concurrenceEnvironnementFrance entièreInternational

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A l'heure des accusations de concurrence déloyale, les universités d'été du bâtiment durable, qui ont réuni du 18 au 20 septembre au Pays basque les clusters travaillant sur l'écoconstruction, étaient l'occasion d'offrir un autre regard sur nos voisins européens et d'inviter aux collaborations transfrontalières.

Lorsqu'est  évoqué, du côté français du Pays basque, le sujet des entreprises espagnoles qui traversent la frontière, il ne faut pas s'attendre à des éloges. « On a confié le parc des expositions de Biarritz à des entreprises espagnoles. Il devait coûter 40% moins cher : à la fin du chantier, il en coûte 40% de plus » note une figure locale de la construction avant d'expliquer la compétitivité des entreprises espagnoles par la non-déclaration d'une partie des heures travaillées. A l'heure des accusations de concurrence déloyale, les entreprises françaises du bâtiment semblent regretter l'ouverture des frontières (sur ce sujet, une enquête sera publiée dans LeMoniteur du 8 octobre).

Les universités d'été du bâtiment durable, qui ont réuni du 18 au 20 septembre au Pays basque les clusters travaillant sur l'écoconstruction, étaient l'occasion d'offrir un autre regard et d'inviter aux collaborations transfrontalières. (pour comprendre ce qu'est un cluster, cliquez-ici)

« Les entreprises espagnoles sont plus compétitives dans l'installation d'équipements, mais les françaises sont plus compétentes dans le domaine de la maintenance et de l'exploitation », résume Dominique Lefaivre, directeur du Cluster Eskal Eureka. En tant qu'hôte de cette seconde rencontre inter-clusters dédiée à la construction durable,  il a décidé de faire passer la frontière à ses invités et, pour illustrer son propos, de les emmener voir le bâtiment Enertic, construit dans une zone industrielle de San Sebastian.

Des entreprises espagnoles se sont chargées de construire et d'installer les équipements de production d'énergie renouvelable de cet immeuble tertiaire qui vise l'énergie positive. Les entreprises françaises du cluster Eskal Eureka viendront implémenter des instruments de mesure afin d'évaluer ses performances réelles.

Inscrit dans le cadre d'un programme européen Interreg, ayant pour but de stimuler et de promouvoir la coopération transfrontalière, le projet associe Eskal Eureka et le Fomento San Sebastian, agence de développement de la ville. Pour Anna Aizupuru Arrizabalaga, chargée de superviser le projet côté espagnol, « ça sera lent, mais une complémentarité entre les acteurs économiques de nos pays peut émerger dans le secteur du bâtiment ». Elle rappelle qu'aucune entreprise française n'a répondu à l'appel d'offres public lancé en 2010 par la mairie de San-Sebastian pour la construction d'Enertic. Indicateur du chemin qui reste à parcourir pour modifier les mentalités, le directeur du Cluster Eskal Eureka note qu'il s'est vu accuser de « traîtrise » par certains quand ils ont su qu'il travaillait main dans la main avec les espagnols.


« Les belges et nous, on s'influence mutuellement »


1000 km plus haut, dans le Nord-Pas-de-Calais, le jeune cluster dédié à la performance énergétique et environnementale des bâtiments Ekwation est aussi un vecteur de collaboration transfrontalière.

A travers le projet Cap'EM, également inscrit dans le cadre d'un programme européen Interreg  et auquel participent belges, néerlandais, allemands et anglais, le cluster Ekwation travaille à analyser le cycle de vie d'une centaine de matériaux. « Une base de données allant bien au-delà des informations fournies par les fiches de déclaration environnementale et sanitaire sera prochainement en ligne », annonce l'animateur du cluster nordiste Frédéric Laroche.

« Les belges et nous, on s'influence mutuellement. Des belges viennent en bus visiter le théâtre de l'Ecoconstruction, installé à Loos-en-Gohelle et où des maquettes taille 1/1 font office de supports pédagogiques. De notre côté, nous emmenons régulièrement nos adhérents visiter le cluster écoconstruction de Namur qui a beaucoup à nous apprendre sur le développement de filière courte », explique Frédéric Laroche avant d'ajouter que «certaines entreprise nordistes sont membres de clusters belges ».

Ce sont également les belges que les membres du cluster Rhône-Alpes écoenergies viennent visiter chaque année. « Nous avons déjà rencontré nos voisins des clusters suisses, mais ça n'a rien donné, note Mickaël de Chalendar, directeur technique du cluster. Contrairement aux wallons, beaucoup parlent allemand, ce qui n'aide pas ». Mickaël de Chalendar, qui a fait du regroupement d'entreprises sa spécialité, a également traversé les frontières européennes et amené en Algérie des adhérents de son cluster (qui compte 230 membres, dont 80% d'entreprises, 10% d'organismes de formation et 10% d'institutionnels).

La mutualisation, raison d'être des clusters, pourrait bien être la clef du succès des PME françaises à l'export.  12 entreprises adhérentes d'Eskal Eureka ont formé une société afin d'acheter, en commun, un scan 3D dont le coût s'élève à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Cet équipement permettant d'obtenir une maquette numérique d'un bâtiment existant a déjà servi sur plus de 30 chantiers de réhabilitation du pays Basque français.  Pierre Ducassou, gérant de l'entreprise Aribit Baudry qui emploie 18 salariés dans la réhabilitation d'immeubles du cœur historique de Bayonne se réjouit de cette acquisition commune. « La précision qu'offre un scan 3D nous permet en amont de mieux juger la quantité de matériaux nécessaire au chantier et ainsi d'éviter la montée et la descente de dizaine de sacs sur des sites difficiles d'accès. Ce qui nous permet d'être plus compétitif. Le scan 3D nous évite également d'aller procéder à un relevé sur site pour chaque poutre et de traiter ça depuis le bureau » indique Pierre Ducassou.

Afin de rentabiliser l'achat de ce matériel, les sociétés adhérentes du cluster proposeront ce service de modélisation 3D aux entreprises non membres du Cluster. Cette offre innovante les amènera peut-être  bientôt à traverser la frontière pour aller scanner des bâtiments espagnols...

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