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Les chirurgiens arrivent aux haras nationaux de Strasbourg
La cour carrée des haras nationaux de Strasbourg - © © Bertrand Fritsch

Les chirurgiens arrivent aux haras nationaux de Strasbourg

Laurent Miguet (Bureau de Strasbourg du Moniteur) |  le 12/09/2013  |  France entièreBas-RhinParisArchitecture

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Fin 2013, le bio-cluster de l’Institut de recherche sur les cancers de l’appareil digestif (Ircad) s’installera dans les anciens haras nationaux de Strasbourg, après deux ans de chantier.

La reconversion des haras nationaux de Strasbourg ne trouble guère l’ambiance d’oasis urbain : un sophora, réputé parmi les plus vieux arbres de la ville, règne toujours sur la grande cour carrée, rénovée avec sobriété, dans le dédale d’étroites ruelles qui séparent la Petite France (quartier médiéval) de l’hôpital civil. Les chirurgiens se déplaceront dans cet espace sur un sol en tout venant, tout comme les chevaux du royaume, à partir des années 1750. Certes, les riverains remarquent que la longue toiture, longtemps abandonnée, a perdu ses ondulations. Mais qui distinguerait, parmi les 140 000 tuiles, toutes anciennes, celles que les couvreurs ont récupérées de l’édifice original, après démontage, de celles qu’ils ont remplacées ? Tout aussi indétectable, « le rehaussement de 10 cm de la toiture, nécessité par l’isolation, a respecté la géométrie délicate du coyau, à l’extrémité », souligne l’architecte Christian Paradon (agence Denu & Paradon).

Bras de fer

Rien ne trahit la partie de bras de fer qui, comme dans toute reconversion de monument classé, a opposé ici les gardiens du patrimoine à ses utilisateurs. « La principale prouesse de l’opération, c’est la patience dans la négociation », sourit Claude Denu, dont l’agence Denu & Paradon a mené le projet de 25 millions d’euros HT (coût d’opération) aux côtés de Jacques Fabbri, architecte du patrimoine, et Patrick Jouin, architecte d’intérieur. Le contexte institutionnel a pimenté l’ambiance : après la fin du monopole des architectes en chef des monuments historiques, les contrôles se sont multipliés, à Strasbourg comme à Paris, pour aboutir à des prescriptions parfois contradictoires. La composition plurielle de la maîtrise d’ouvrage a également généré son lot de complexités : signataire d’un bail emphytéotique de 52 ans avec la Ville, l’Ircad  pilote directement la pépinière d’entreprise de 1280 m2, et missionne deux fleurons alsaciens de l’hôtellerie et de la restauration haut de gamme  – la Sogeo pour l’hôtel de 3577 m2, Marc Haeberlin pour la brasserie de 1114 m2.

L’escalier de liaison entre les deux niveaux de la brasserie
L’escalier de liaison entre les deux niveaux de la brasserie - © © Bertrand Fritsch

A la pluralité de la maîtrise d’ouvrage et des protecteurs du patrimoine, répondent l’unité et l’inventivité de la maîtrise d’œuvre et des bâtisseurs, sous la bannière de l’entreprise générale régionale KS Construction.  La dissimulation des extracteurs d’air, en toiture des anciens logis reconvertis en hôtel, a marqué les esprits : « Les exutoires agréés par les monuments historiques n’ayant pas satisfait la conservation régionale, nous avons proposé un modèle de Souchier, qui présentait des chéneaux trop visibles.  Finalement, la solution discrète et efficace est venue du trio d’entreprises de couvertures constitué par Wiedemann, Chanzy Pardoux et Gissler », souligne Christophe Wersinger, architecte missionné par Denu & Paradon. Seul résultat visible de cette longue gestation, une fente d’environ 1 m de long laisse s’échapper l’air entre les tuiles.

Une yourte de cuir

En face, la partie neuve du projet hôtelier, qui ferme un côté du carré, ne défigure pas les trois autres ailes : son socle de briques reprend un parement courant dans les constructions environnantes. Au-dessus, les grandes baies atténuent la masse du bâtiment neuf, tout en offrant des vues généreuses aux pensionnaires. Mais les principales interventions contemporaines se révèlent à l’intérieur des bâtiments classés : un hall traversant permet d’accéder à l’hôtel depuis la rue. Dans l’ancien manège, le principe de réversibilité des constructions neuves a conduit à suspendre les bureaux, décollés à plusieurs m au-dessus du sol. Sous les poutres imposantes auxquelles ils n’ont pas touché, les architectes ont volontairement préservé une distance entre les murs anciens et les boîtes de verre et de métal qui serviront de couveuses à des start-up de l’imagerie et de l’instrumentation médicales.

Le clou du spectacle architectural se concentre dans les anciennes écuries, transformées en brasserie de 160 couverts sur deux niveaux. Pour les relier, l’ovale de l’escalier en colimaçon, accroché aux charpentes anciennes, répond à celui de la cuisine ouverte. Après le trio des couvreurs, cet escalier met en valeur trois autres fleurons locaux du second œuvre : l’Arche du Bois et Stroh pour la structure, WereyStenger pour son habillage en staff. A gauche de l’entrée, le mur miroir légèrement incliné donne des vues vertigineuses sur les sinuosités et invite à gravir les marches, pour découvrir au second niveau le bijou de l’architecture intérieure : une yourte ovoïde revêtue d’un damier de cuir en losanges, fourni par la tannerie locale Haas, et qui servira de salon privé.

Réuni récemment sous le soleil de fin d’été par l’association Architecture et maîtres d’ouvrage Alsace Lorraine Franche-Comté, le public des connaisseurs locaux plébiscite déjà la reconversion des haras. Nul doute que l’opération joue son rôle de nouveau vecteur du rayonnement international de Strasbourg, sous la houlette de Jacques Marescaux, président de l’Ircad et titulaire du prix de la personnalité numérique de l’année 2013.

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