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Les chantiers du patrimoine Roubaix : La Condition publique renaît en manufacture culturelle

CYRILLE VERAN |  le 02/07/2004  |  ImmobilierProfessionArchitectureCultureLoire-Atlantique

Magasin affecté au conditionnement des textiles, la Condition publique à Roubaix accueille désormais un équipement culturel vivant, festif et ouvert à toutes formes de manifestations. Une «mise en vie» sous la houlette de Patrick Bouchain.

Inaugurée le 15 mai dernier, la Condition publique est l'une des douze maisons folies créées pour l'événement « Lille 2004, capitale européenne de la culture ». Implantée dans un quartier populaire de Roubaix, le Pile, elle doit son nom à la vocation initiale de ce lieu, le conditionnement des textiles. Aujourd'hui, elle accueille, sans cloisonnement et de manière inédite, des espaces dédiés à la création (ateliers pour artistes), à la diffusion (salles d'expositions et de spectacles) et à la fête.

Pour que la greffe prenne en douceur, que ce projet soit partagé de tous dès le début, les acteurs de cette reconversion se donnent un cadre de travail spécifique, comme le précise Laurence Castany dans son ouvrage (1). Au concours classique est préféré un marché de définition, procédure exceptionnelle pour un équipement de cette taille, qui a le mérite d'ouvrir le dialogue en amont du projet avec les futurs utilisateurs. « On répond d'autant mieux aux attentes si l'on a un vrai interlocuteur et non une demande abstraite », souligne l'architecte.

Autre originalité, le déroulement du chantier. Contrairement aux règles d'usage, celui-ci a été ouvert au public durant toute la durée des travaux. « J'ai voulu que cette opération devienne une oeuvre collective pour donner envie aux visiteurs de fréquenter ce lieu plus tard. Rares sont les moments où l'on voit ce qui se réalise », observe Patrick Bouchain qui tient à ces moments partagés avec l'artisan et l'ouvrier. La mobilisation de personnes en cours de réinsertion et d'entreprises locales, ainsi que la récupération de vieux stocks de matériel (céramiques, cheminées...) dans la région confèrent au chantier un rôle économique et social singulier.

Un nouveau souffle

Douze mois de travaux suffisent à donner un nouveau souffle à cette bâtisse construite, au début du XXe siècle, par l'architecte roubaisien Alfred Bouvy selon des techniques innovantes à l'époque. Dans une enveloppe de brique classique intégrant l'entrepôt à l'espace urbain, ce dernier introduit une toiture-terrasse de béton, conçue avec le système Hennebique, et une structure de poteaux métalliques Eiffel, pour gagner de la hauteur. La Condition publique sert à entreposer et analyser les textiles importés - laine, soie, coton - pour en fixer le prix. Une rue couverte en U, de 140 m de long, distribue deux halles de stockage de part et d'autre et, attenants, laboratoires, bureaux, salle des ventes et logement du directeur.

Ce site fonctionne jusqu'en 1972. Les affectations suivantes l'empêchent de devenir une friche industrielle, jusqu'à ce qu'une inscription à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques, en 1998, préserve durablement ce patrimoine. Le projet culturel est initié dès la fin des années 90, sa labellisation « maison folie » lui donnant un vrai coup d'accélérateur.

Respecter le passé, organiser le présent, préparer l'avenir

Patrick Bouchain reste fidèle à la philosophie qui a fait le succès du Lieu Unique, à Nantes : « Il ne s'agit pas de restaurer le bâtiment en un temps arrêté, ni de le transformer radicalement selon les standards actuels, mais de le prendre tel qu'il est et de le modifier juste assez pour l'emmener dans le temps ».

La rénovation se veut donc parfaite, sur le plan technique (sécurité incendie, électricité, chauffage, ventilation...), pour donner un outil performant aux utilisateurs, mais pauvre en finitions pour ouvrir ce lieu à tous les possibles. Elle conjugue plusieurs types d'intervention. Ici, une simple remise aux normes, là, une restructuration en profondeur. Dans tous les cas, les traces des affectations successives restent présentes.

Les façades ornées de cabochons, frises et chapiteaux, sont simplement remises en état, une restauration complète semblant bien prétentieuse dans cet environnement ouvrier. L'audace est ailleurs, dans l'une des deux halles de stockage, la seconde étant conservée dans son jus. En dépit de l'inscription du bâtiment, Patrick Bouchain ose en démolir partiellement la toiture, convainquant l'Architecte des bâtiments de France de cette évidente nécessité : ce magasin dispose d'une réelle capacité d'accueil (1 200 personnes) et d'une bonne distribution pour y installer une salle de spectacle. La surélévation de la toiture (13 mètres) ouvre le magasin à la lumière naturelle, offrant aux techniciens et artistes en répétition de meilleures conditions de travail. Autre intérêt de la solution, la fine structure Eiffel calfeutrée est remise à jour. Les toitures sont confortées par des étais de bois. Le public peut y accéder pour découvrir un point de vue étonnant sur les friches alentour et observer la végétation sauvage qui s'est développée.

La halle est le coeur vivant de la Condition publique, mais n'est pas le seul. Il y a aussi la rue, avec ses quais de déchargement transformés en rampes d'accès, tout à la fois lieu de déambulation et de desserte, où se retrouvent techniciens, artistes et public. Les autres espaces ont fait l'objet d'un traitement particulier avec la contribution d'artistes qui ont oeuvré pendant le chantier. L'ancienne salle des ventes se pare d'une verrière colorée et d'un habillage bois masquant tous les réseaux. Une cheminée en briques émaillées, achetées crues à Leers et cuites sur place, agrémente le café. Les laines récupérées in situ composent, avec des restes de céramique, le plafond du restaurant. De vieilles cheminées bourgeoises décorent un salon accueil. Bref, autant d'ambiances qui remettent en mémoire l'histoire de l'architecture industrielle et bourgeoise de la région. (1) La Condition Publique, de Laurence Castany, dans la collection Histoire de construire, éditions sujet/objet.

MAITRISE D'OUVRAGE : Ville de Roubaix.

MAITRISE D'OUVRAGE DELEGUEE : SEM ville renouvelée.

MAITRISE D'OEUVRE : B&H, Patrick Bouchain, Nicole Concordet et Loïc Julienne ARCHITECTES ; Daniel Sourt, scénographe ; Georges Rouch, acousticien ; Liliana Motta, botaniste ; ETR et GEC, BET ; Eutexie, artistes ; Akte, designer.

SURFACE : 12 500M2.

COUT TRAVAUX : 6 248 103 euros HT.

PRINCIPALES ENTREPRISES : Quillery, gros oeuvre ; Normacadre, charpente métallique ; Mathis, charpente bois ; Devianne, métallerie ; MCCM, Façades ; Val etanchéité, couverture ; La ferme aux loisirs, terrasses plantées ; Eca, gradins ; Mecascenic, machinerie scénique ; CSE, matériel scénique.

ILLUSTRATIONS :

Un ancien entrepôt est transformé en centre culturel contemporain.

Ancienne cour d'usine, la rue devient un lieu de déambulation animé par des brocantes, des pique-niques et le va-et-vient des techniciens.

LA HALLE DE STOCKAGE, ETAPES D'UNE RECONVERSION

1. La halle dans son état d'origine.

2. Démolition partielle de la toiture. Suppression des poteaux Eiffel dans la travée centrale, remise à jour des autres. Des étais de bois confortent les toitures-terrasses existantes .

3. Pose du lanterneau sur deux poutres échelles. Celles-ci prennent appui sur 2 nouveaux murs.

4. Les paravents acoustiques amovibles offrent diverses configurations à la salle (de 450 places assises à 1 200 places debout).

5. La salle de spectacle, équipée de gradins rétractables, est occultée les soirs de spectacles.

Ci-dessus, l'estaminet, directement accessible depuis la rue, et son plafond suspendu en verre bombé ; le salon accueil, en libre accès, paré de vieilles cheminées bourgeoises. Ci-contre, l'ancienne salle des ventes, transformée en salle d'exposition et de rencontres. Sous une verrière colorée en cours d'installation, l'habillage bois sur les murs masque tous les réseaux.

Plan du rez- de-chaussée. La rue en U distribue deux grandes salles réservées à toutes formes de manifestations, installées dans la halle A restructurée (à droite), et la halle B juste remise aux normes (à gauche).

Les terrasses, désormais accessibles au public, sont un lieu d'observation de la végétation sauvage qui s'est développée au fil des années. Les plantes- du terroir mais aussi exotiques, acheminées dans les textiles - ont été enlevées pour étancher la toiture, puis classées et replantées. L'autre terrasse inaccessible est réservée à leur observation scientifique.

Un marché de référence PHILIPPE DEVIANNE, fondateur de l'entreprise de métallerie Devianne, à Roubaix.

« Pour notre entreprise qui a longtemps travaillé pour l'industrie et ne s'est tournée vers les marchés du bâtiment que récemment, ce marché a constitué un défi. Nous avons réalisé toute la métallerie de la nouvelle Condition Publique, les garde-corps, les murs-rideaux de la terrasse, et surtout les portes coulissantes de la salle de spectacle. Elles servent à la fois à clôturer la salle et à refléter ou absorber les sons. Patrick Bouchain, l'architecte, nous a fourni des croquis. Nous avons mis au point un prototype dans nos ateliers, puis nous avons réalisé la fabrication et le montage sur place y compris le système de câbles et treuils par lequel on les manoeuvre. Il a fallu mobiliser toutes nos compétences, mais c'est une forte référence pour Devianne. »

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