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Les chantiers du patrimoine Le château de Nantes affronte sa reconversion

bertrand escolin |  le 23/07/2004  |  ProfessionArchitectureCultureLoire-AtlantiqueFrance entière

Le château des ducs de Bretagne accueillera bientôt le musée d'histoire de la ville de Nantes.Le Grand Logis et le Grand Gouvernement doivent s'adapter à leur future destination. L'accueil du public nécessite d'intégrer discrètement les installations techniques du musée. Au passage, l'opération permet de redécouvrir les étapes de la construction du site.

Un château méconnu sort de son écrin : d'aspect médiéval à l'extérieur, le château des ducs de Bretagne vu de l'intérieur découvre des bâtiments d'une grande finesse, du XVIe au XVIIIe siècle. Fermés au public, deux des bâtiments principaux, le Grand Logis et le Grand Gouvernement, font l'objet d'une restructuration complète sous la double maîtrise d'oeuvre de Pascal Prunet, architecte en chef des Monuments historiques, et de Jean-François Bodin, architecte muséographe chargé de la conception du futur musée de l'histoire de Nantes. Deux chantiers en fait qui se croisent sur le même site.

Complexe, la restructuration du château répond à plusieurs objectifs. Il ne s'agit pas seulement de rouvrir au public l'ensemble des cinq bâtiments qui le composent. Deux ont déjà fait l'objet d'une restauration poussée : le Harnachement, entrepôt militaire que Jean-François Bodin a transformé en lieu d'expositions, et le Petit Gouvernement, qui abrite les bureaux de la conservation. Restent les six tours et les deux bâtiments les plus imposants, qui font face au centre-ville : le Grand Logis et le Grand Gouvernement, respectivement fermés depuis 1972 et 1994. « Il y a également une forte volonté de la ville d'en faire un lieu de vie, pas seulement de contemplation des vieilles pierres », explique Marie-Hélène Jouzeau, conservatrice, chef de projet de la mise en oeuvre du programme. Pour Jean-François Bodin, le défi est double : muséographique et architectural. Pour l'aménagement muséographique, dont le chantier vient de démarrer, l'architecte déplore « un bâti très contraignant ». « Le principal problème est de véhiculer les gens et les fluides de manière rationnelle ; parallèlement, la sélection des oeuvres est très forte, puisqu'on ne présentera que 800 pièces sur les 50 000 objets de la collection. »

Une réglementation contraignante

Comment alors irriguer ce monument conformément à la réglementation, sans atteindre son intégrité ? La solution adoptée est de passer tous les conduits dans le plancher : « Avec 14 cm d'épaisseur, on travaille avec du parquet de 23 mm, ce qui laisse 12 cm utiles pour les gaines », explique l'architecte. Et de préciser la modularité du procédé : « Le parquet posé sur du faux plancher permettra de carotter pour intervenir sur le sol, par exemple pour rajouter une vitrine et reconnecter les réseaux. » Jean-François Bodin est aussi le maître d'oeuvre de l'aménagement d'ensemble du site : tous les réseaux sont revus pour permettre à la cour d'accueillir des spectacles. Tous les accès au château sont repensés : « Création d'un second ascenseur dans la courette des Jacobins et intégration de passerelles traversantes, ainsi que d'un plancher réservé aux personnes à mobilité réduite. »

De son côté, Pascal Prunet a travaillé à retrouver une image plus riche du château du XVe siècle. « Malgré l'explosion de la tour des Espagnols en 1800 et la destruction d'un tiers du château, celui-ci a conservé la trace des différentes époques. Mais les flèches, tourelles et crénelages avaient disparu. » L'audace principale de la restauration-restitution tiendra peut-être dans ces retrouvailles avec un campanile du XVIe siècle et ces flèches surplombant les deux tours d'entrée au pont-levis. Le principe de l'architecte est simple mais contraignant : « Dans la réutilisation du château en musée, c'est le contenant qui devrait devenir le premier objet de la muséographie. Quelle que soit la programmation, on doit laisser se développer un rapport dialectique entre l'ancien et le nouveau. » Et de renchérir : « La muséographie, c'est un tiroir qu'on tire à l'intérieur du bâtiment, un insert qui doit fonctionner dans un dialogue avec l'architecture existante. »

Valeur ajoutée

Travail où l'enthousiasme, partagé par les entreprises - telle Lefevre qui a élaboré un vrai protocole de diagnostic et de restauration des pierres -, cède parfois à la déception : « Je ne suis pas certain que ce château soit compatible avec les contraintes de sécurité. On perce les murs pour passer les gaines techniques, ou faire de nouveaux passages, mais on fragilise la structure. Un peu comme un vieillard mis sous perfusion et à qui l'on demande de faire jeune. » Point d'orgue de ces violences : les poutres portant les nouveaux planchers intègrent des poutres en acier de 340 mm et de 8 m de portée, qu'il a fallu "gruter" et treuiller en passant les 5 t de chaque poutre dans les allèges de fenêtres intérieures. Pourtant, de ces légères frictions entre les deux programmes, naît aussi l'originalité de la reconversion de ce bâtiment unique : « La résolution de ces conflits entre l'usage muséal et la restauration donne peut être la principale valeur ajoutée de cette opération », conclut Pascal Prunet.

MAITRISE D'OUVRAGE : Ville de Nantes.

ASSISTANCE MAITRISE D'OUVRAGE : Apave (bureau de contrôle) ; Aria (CSPS).

MAITRISE D'OEUVRE : Pascal Prunet, architecte en chef des monuments historiques ; BOdin & Ass. , architectes ; Arest (structure) ; MBI (fluides) ; ITAC (Acoustique) ; Argos coordination (OPC).

ENTREPRISES (GRAND GOUVERNEMENT ET GRAND LOGIS) : Sogea Atlantique, MANDATAIRE, et Lefevre (gros oeuvre) ; Lefevre (taille de pierre) ; Egetra (VRD) ; David (charpente métallique) ; Amec Spie (electricité) ; FEE (plomberie-sanitaire) ; Falaisienne de couverture (couverture) ; Thyssen (ascenseur) ; LIndner (plâtrerie) ; Perrault (menuiserie-charpente) ; Cruard (charpente) ; Couliou (métallerie) ; Gendre (serrurerie-métallerie-miroiterie) ; Pechousek (vitrage) ; Lefevre (revêtement sol-mur) ; Gernogep-Bougo et DPM (peinture).

LIVRAISON PREVUE : automne 2006.

PHOTOS :

Le Grand Logis (à gauche) et le Grand Gouvernement. Une reconversion sur dix ans leur fait retrouver lucarnes, fenêtres et façades comme à l'origine.

1. Dépose de pierre de tufeau.

2. Jointoiement des pierres de parement retaillées qui recouvrent le mur du XVe siècle de la tour des Jacobins.

3. Préparation des pierres à la découpe.

4. Mise à la cote de pierres avant la repose.

5. La charpente du Grand Gouvernement est entièrement restaurée, la toiture intégralement refaite.

1. Le crénelage d'origine est retrouvé sur les tours ouest : il permettra de rouvrir le chemin des remparts.

2. Pour mettre en valeur la structure d'origine, une passerelle métallique contemporaine a été dressée entre le Grand Logis et le Grand Gouvernement. Ici, la verrière entre les deux bâtiments.

3. Dans la partie sud du Grand Logis, au lieu de 2 chaudières prévues de plus de 300 kW, qui auraient nécessité des trappes visitables, les architectes ont opté pour 4 chaudières de moins de 300 kW, dont les gaines passent dans les conduits de cheminée .

« Des grattoirs comme au XVe siècle »

On a dû chercher la façon de restaurer pour que ce ne soit pas trop brutal, éviter d'attirer l'oeil du touriste tout en préservant cette valeur unique, notamment du Grand Logis, où l'on avait des murs altérés par différentes restaurations. On a gardé des graffitis du XVe siècle, tout en mettant en valeur les murs pour permettre le travail du muséographe. Cela nous a conduits à refaire des outils, comme les grattoirs du XVe siècle, pour retracer les entailles sur les pierres. Avec l'architecte en chef des Monuments historiques, nous avons élaboré un protocole de recherche, d'analyse et de diagnostic, et de traitement des pierres. En gardant le principe de réutilisation maximale de l'existant : ainsi pour une lucarne, on a reconstitué les festons de bordure qui avaient été arasés, en réutilisant les bords subsistants pour y intégrer les nouvelles pierres .

PHOTO : CHRISTOPHE LOEB, directeur d'agence de l'entreprise Lefevre (Sainte-Luce) de taille de pierre.

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