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"Les architectes formés au développement durable d'ici à deux ans"

CHESSA Milena |  le 07/02/2008  |  France entièreArchitecture

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Trois mois après son élection pour trois ans à la présidence du conseil national de l'Ordre des architectes, Lionel Dunet évoque quelques priorités : la formation continue, la prise en compte du développement durable et la mise en œuvre de l'Habilitation à exercer la maîtrise d'œuvre en nom propre pour les architectes diplômés d'Etat.

Vous avez été élu à la présidence du conseil national de l'Ordre des architectes en novembre dernier. A quels dossiers vous attaquez-vous en priorité?
L'Ordre tient particulièrement à ce que tous les architectes soient formés au développement durable dans les deux ans à venir. C'est un objectif ambitieux et atteignable. Depuis un an par exemple, nous avons eu huit séries de formation continue de 28 jours en région Rhône-Alpes sur ce thème appliqué à l'architecte. C'est un gros succès pour ces sessions qui affichent complet et témoignent de la motivation de la profession à relever le défi d'un progrès durable.

Les architectes doivent se former tout au long de leur vie professionnelle. Comment allez-vous mettre en œuvre cette décision récente d'appliquer cette obligation?
Cette décision a été prise en mars 2007 par la conférence des régions qui réunit tous les présidents des conseils régionaux d'architectes. La formation continue sera d'abord une formation fermement incitée. Je rappelle que bien qu’inscrite dans la déontologie professionnelle depuis 1980, elle n'a jamais été formalisée. Il s'agira dorénavant pour les architectes de déclarer volontairement chaque année cette formation sur le site Internet de l'Ordre. Le système qui le permet est en place. La carte professionnelle renouvelée chaque année mentionnera si l'architecte a satisfait à ses obligations de formation continue ou pas.

Les architectes vont-ils vous suivre s'il s'agit d'une incitation et non d'une obligation contrôlée?
Nous constatons que les architectes qui s'engagent dans la formation continue y prennent goût et ne la remettent pas en cause. Le rôle de l'Ordre est, à côté des syndicats, de recenser, initier et favoriser la création de formations de qualité adaptée à l'activité des architectes et de leurs collaborateurs. L'Ordre participera à créer des enseignements dans son cœur de cible comme la déontologie. Nous nous appuierons notamment sur les pôles de formations créés par la Direction de l'architecture du ministère de la Culture. Ces pôles regroupent région par région tous les acteurs de la formation continue des architectes. Nous comptons également sur le Groupe pour l’éducation permanente des architectes (Gepa) qui regroupe et représente les organismes de formation de la profession.

Existe-t-il des modèles de formation semblables au vôtre?
Pour nous aider à mettre en œuvre un système simple et pratique nous bénéficions de l'expertise des pays anglo-saxons et des professions médicales. Ils sont en avance sur nous sur cette question de la formation continue. Les pratiques existantes nous montrent que la formation continue doit être une démarche volontaire et non coercitive.

Verra-t-on bientôt apparaître des architectes spécialistes en environnement?
Non, nous sommes des généralistes. Notre objectif est que tous les architectes soient qualifiés en développement durable. Ce sera la seule façon de construire demain ! Nous ne souhaitons pas que des architectes soient estampillés "spécialistes de tel ou tel type d'ouvrage", cela ne va pas dans le sens de notre métier qui doit rester ouvert… Spécialiste HQE? Voilà la dérive contre laquelle nous luttons. C'est le saucissonnage du métier d'architecte qui contribue à ôter une des spécificités de notre rôle : maîtriser des techniques.
Au fonds, les architectes ne sont-ils pas déjà formés au développement durable par la nature même de leur métier?
Restons modestes. L'architecte est formé à penser la globalité des projets mais doit en permanence acquérir du savoir technique, économique, social et sociétal, pour être cohérent jusque dans le détail avec l'usage du bâtiment.
Ne faisons pas la même erreur que pour l'urbanisme pour lequel les architectes croient détenir assez de savoir... Ils ont besoin de s'instruire en matière d'environnement. Ne serait-ce que parce que les techniques évoluent. Certes, les architectes sont formés à la démarche de conception qui va du choix d'une poignée de porte à celui d'un parti urbanistique, mais ils doivent assimiler les connaissances pour dialoguer avec les ingénieurs ou les industriels et pour ne pas avoir à subir la complexité croissante des projets. Tout ce qui touche au développement durable est un champ d'expérimentation fantastique pour le secteur du bâtiment.

Le développement durable est source d'innovations techniques… l'est-il également en architecture?
Derrière le développement durable il y a aussi une évolution de l'architecture. A travers les nouvelles techniques nous créons une nouvelle architecture. Le développement durable est aussi une chance colossale pour l'architecture de se faire admettre et comprendre. C'est un levier très pédagogique pour expliquer l'architecture, pour dialoguer avec les maîtres d'ouvrage qui sont très réceptifs à l'argumentaire environnemental.
L'innovation est constamment présente, cela nécessite des mises à jour permanentes des connaissances techniques, des réseaux pour diffuser les nouveautés, des lieux d'échanges. Le puits canadien est par exemple un classique de la construction environnementale et pourtant jusqu'à récemment nous n'avions toujours pas de données pour calculer précisément son impact thermique. Les données doivent aujourd'hui être largement diffusées via les centres de formation…

Que peut-on redouter si les architectes manquent ce rendez-vous?
Si les architectes ne s'emparent pas du développement durable dans le bâtiment il ne sera fait que des choix techniques pour produire 500 000 logements/an. Ce serait une faute puisque le développement durable est également constitué de données sociales, culturelles et économiques sur lesquelles les architectes sont attendus. Une maison durable n'est pas la somme de produits dits "environnementaux". C'est d'abord un lieu de vie dans lequel des personnes ressentent du bien-être. Je n'imagine pas non plus que la rénovation thermique des 30 millions d'habitations soit faite sans architecte. Ce serait une folie.
L'architecture n'est pas une cerise sur un gâteau. L'architecte n'est pas non plus un façadier, ni même un décorateur qui viendrait plaquer un décor sur une structure…

La mise en œuvre de l'Habilitation à exercer la maîtrise d'œuvre en nom propre (HMO) par le ministère ne vous satisfait pas. Pourquoi?
Il y a des problèmes dans cette mise en œuvre. Nous en discutons actuellement avec le ministère : les étudiants ne savent pas très bien ce que l'on attend d'eux et les professionnels ne connaissent pas le statut de ces étudiants qui ne sont apparemment plus en formation initiale… mais pour lesquels le ministère délivre l'habilitation. Chaque école adopte son système. Tout cela est bien confus. Nous demandons qu'il y ait unicité du programme, des contenus et des pratiques dans toute la France. De plus, cette formation qui hier était à la charge de l'Etat est aujourd'hui, sur décision du ministère, à la charge de la profession...

Que proposez-vous?
Nous proposons au ministère le Carnet-métier architecte élaboré avec l'Unsfa et le Syndicat de l'architecture. Ce document extrêmement complet doit devenir pour le jeune architecte un guide pour construire un parcours professionnel d’excellence. Nous voulons d'ailleurs promouvoir la validation des acquis de l'expérience. Cette pratique des jeunes diplômés qui existe depuis toujours au sein de la profession doit être maintenue et doit pouvoir être préférée dans le cadre de la HMO.

D'autres points posent des problèmes dans la réforme de l'enseignement?
La réforme de l'enseignement introduit deux types d'architecte : celui qui peut construire et celui qui ne peut pas. Cette dichotomie est très gênante. Ce n'est pas lisible pour le public. D'autant plus que ceux qui sont diplômés d'Etat ne peuvent pas porter le titre s'ils ne sont pas habilités et inscrits à l'Ordre. C'est compliqué. Il va falloir clarifier cela d'autant plus que d'autres diplômés en architecture ayant des exercices professionnels hors pure maîtrise d’œuvre veulent utiliser le titre d'architecte…

Demandez-vous toujours votre rattachement au ministère de l'Ecologie?
Nous ne voulons pas être enfermés dans le ministère de la Culture. Ce qui est important c'est que nous ayons la liberté de dialoguer avec tous les ministères comme ceux de l'Ecologie, du Logement ou des Finances. Parce que l'architecture n'est pas un fait uniquement culturel, nous ne voulons pas rester marginaux sous une tutelle marginale…

L'abaissement à 20m2 du seuil de 170m2 pour le recours obligatoire à l'architecte est en discussion au ministère de la Culture. Y êtes vous favorable?
Les 170 m2 étaient une dérogation à la loi sur l'architecture de 1977. Leur disparition est donc un retour à la loi. Tout le monde à droit à l'architecture. La société y gagnera parce que les bâtiments seront mieux adaptés à leur environnement, plus confortables tout en étant moins consommateurs d'énergie, d'eau, de matières premières, de foncier, de réseaux à la charge de la collectivité... tout en offrant les meilleures conditions de bien-être des habitants. Ils s'inscriront dans une économie globale qui prend en compte tous ces aspects (et même la valorisation du patrimoine bâti…) et pas uniquement le coût d'investissement initial d'un modèle de bâtiment qui ignore son environnement et coûte cher à la collectivité comme c'est le cas de la maison sur catalogue qui a défiguré la France ces 30 dernières années. Il faut mettre un peu plus d'intelligence dans notre urbanisme.

Est-ce une activité économiquement rentable pour les architectes?
En abaissant le seuil de recours obligatoire à l'architecte il faudra revoir le mode de production de l'habitat individuel. Programme, consultations d'entreprises, partenariat architecte-entreprise… On ne peut pas procéder de la même manière que pour une production normale. Mais il faut veiller à ce que la maîtrise d'œuvre garde son autonomie dans le processus de production de l'habitat individuel.
L'objectif de l'abaissement est de parvenir à stopper la folie pavillonnaire en France. L'étalement urbain coûte très cher. Il faut densifier les villes, recourir à des parcelles de 250 à 300m2, pour utiliser au maximum les réseaux existants, les transports en commun, les équipements publics existants. La qualité de vie en ville peut être meilleure si elle n'est pas totalement dédiée à la voiture… Sortons des schémas habituels! Rejetons le néo-provençal! Ouvrons-nous à une nouvelle qualité urbaine...

Une réforme pour banaliser le recours aux partenariats public-privé est à l'étude. Quel est votre avis sur la question?
Le contrat de partenariat est aujourd'hui une procédure d'exception. Le projet en cours vise à le banaliser pour tous les types d'opérations y compris la rénovation urbaine. Or ce type d'opération, publique au départ, constitue un abandon du service public. Il est dévolu aux majors du BTP et place de ce fait les architectes sous leur contrôle…
Nous demandons que pour les bâtiments qui font l'objet de cette procédure la conception soit assortie du contrat de partenariat de telle manière que, d'une part, le projet architectural fasse partie du cahier des charges imposé aux entreprises et que, d'autre part, lors de l'élaboration du projet le lien entre le commanditaire public, l'architecte et l'usager soit maintenu. Cela est simple à réaliser et sur ce sujet la maîtrise d'œuvre est unie. Le contrat de partenariat ne doit intervenir qu'après le concours d'architecture. Nous proposons également qu'un seuil de 5 millions d'euros soit fixé en deçà duquel il est impossible de recourir à cette procédure.
Propos recueillis par Dominique Errard

Architecte fondateur du Réseau des maisons de l’architecture…


Lionel Dunet, 55 ans (diplômé de l’Ecole spéciale d’architecture de Paris en 1977 et en urbanisme à l’Université de Paris-XII en 1978), a été élu le 15 novembre 2007, président du Conseil national de l’Ordre des architectes pour une durée de trois ans. Fondateur du Réseau des maisons de l’architecture dont il a assuré la présidence de 2004 jusqu'à son élection. Lionel Dunet était conseiller national de l’Ordre depuis 2000, chargé de la commission communication depuis 2002, après avoir été élu du conseil régional de l’Ordre de Bretagne de 1990 à 1998.

Les chiffres-clés des architectes


29.416 architectes inscrits aux tableaux régionaux, dont :
- 15.966 libéraux, soit 54,3%,
- 2.147 salariés dont 1.045 fonctionnaires, soit 7,3%,
- 8.490 exerçant comme associé en société, soit 29%,
- 2.454 inscrits au tableau mais n’exerçant pas la maîtrise d’œuvre (ex : salarié de Caue) : 8,3%,
- 359 architectes exerçant exclusivement à l’étranger : 1,1%
Montant des travaux déclarés par la profession (2005) : environ 40 milliards d'euros.
Nombre de salariés du secteur : 1,7 salarié par entreprise d’architecture.

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