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Les architectes cruellement touchés par la crise

Olivier Baumann |  le 28/11/2014  |  ArchitectureTravail

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Le récent emballement médiatique autour de la Fondation Louis-Vuitton conçue par Frank Gehry renvoie une image idéalisée de l’architecte : un créateur-star, libéré de toute contrainte - notamment financière -, dessinant des édifices exceptionnels. Mais cette image d’Epinal masque une réalité tout autre. Si elle est moins glorieuse, elle est surtout très inquiétante, comme le montre l’enquête menée par l’Ifop pour le Conseil national de l’ordre des architectes (Cnoa). Dans une conjoncture certes difficile pour tous les acteurs de la construction, les architectes souffrent aussi.

Un signe ne trompe pas : leur rémunération personnelle (voir graphique 1) tombe, en 2014, à un niveau moyen bas - 33 234 euros annuels nets avant impôt, soit 2 770 euros par mois -, en baisse de 20 % par rapport à 2008. Pas cher payé pour un métier rompu aux « charrettes », où l’on ne compte pas ses heures… En bonne logique, le chiffre d’affaires moyen des agences diminue aussi (graphique 2). Alors qu’il s’était maintenu au-dessus de 270 000 euros depuis 2008, il plonge de 6 % sur un an pour s’établir à 261 000 euros. Et près d’un tiers des agences déclarent un chiffre d’affaires dans la tranche la plus faible (moins de 50 000 euros par an).
Une paupérisation progressive de la profession que l’étude attribue en partie à la diminution des honoraires et à la concurrence salariale. « J’ai récemment travaillé en tant que salarié dans de grandes agences parisiennes où la moitié des effectifs était d’origine européenne ou extra-européenne, en CDD, mal payée », témoigne un architecte, qui exerce maintenant à titre individuel.
Le travail en solo est d’ailleurs loin d’être une exception : plus d’un architecte individuel ou associé sur deux (53 %) n’a pas de salarié, la moyenne s’établissant à 1,7 salarié (graphique 3). Un chiffre qui ne devrait pas évoluer positivement à court terme. Si la plupart des architectes individuels ou associés (79 % d’entre eux) font le dos rond et souhaitent stabiliser leurs effectifs en attendant des jours meilleurs (graphique 4), 13 % envisagent malheureusement de licencier. Le ratio monte même à 29 % pour les agences de taille moyenne (4 à 6 salariés). Un architecte associé dans une agence regrette ainsi de devoir « licencier les salariés pour n’avoir que des free-lances comme éventuels futurs associés ».

Temps de crise : temps de formation

Le Cnoa a également sondé ses membres sur la satisfaction concernant leur situation professionnelle (graphique 5). La bonne image sociale dont ils estiment bénéficier (54 % sont satisfaits de leur position sociale) ne suffit pas à faire oublier « la frustration que bon nombre d’entre eux éprouvent à l’égard de la charge de travail et de responsabilités qui leur incombent dans un contexte de complexité administrative et normative croissante », relève Catherine Jacquot, présidente du Cnoa, en préambule à l’enquête. Mais comme à toute chose malheur est bon, les architectes profitent de cette période de sous-activité pour se former. Ils sont ainsi deux fois plus nombreux (46 % contre 25 %) à avoir suivi une formation au cours des douze derniers mois que lors de la précédente enquête en 2011.
Dans sa conclusion, Catherine Jacquot estime que la crise que traverse la profession est « profonde » et que « les conditions de son exercice, la nature et la diminution de la commande mettent en cause la viabilité économique de la profession ».

Méthodologie Tous les trois ans depuis 2005, le Conseil national de l’ordre des architectes (Cnoa) publie un « Observatoire de la profession », réalisé par l’Ifop. Pour cette quatrième enquête, effectuée en juin 2014, un échantillon représentatif de 814 architectes en activité, inscrits au tableau de l’Ordre, a été constitué. L’étude complète est disponible sur le site du Cnoa : www.architectes.org

Les chiffres

3 %

des architectes ont suivi une formation sur la conception de maquette numérique (BIM) au cours des douze derniers mois. Parmi les autres, 18 % envisagent néanmoins de s’y former dans les six prochains mois.

2 770

C’est, en euros, le revenu mensuel net moyen d’un architecte individuel ou associé en 2013. Le revenu est notamment corrélé à l’ancienneté dans le métier (44 800 euros annuels pour ceux ayant exercé pendant 21 à 30 ans) et à la taille de l’agence (79 600 euros annuels pour les agences ayant un chiffre d’affaires supérieur à 500 000 euros).

64 %

des architectes comptent les particuliers parmi leurs trois premiers donneurs d’ordre. Cette catégorie de commanditaires est la plus citée et en augmentation constante depuis 2008. Dans le top 3 des donneurs d’ordres suivent la puissance publique (collectivités locales et Etat), mentionnée par 54 % des architectes, et les promoteurs ou aménageurs privés, évoqués par 28 %.

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