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En Arabie Saoudite, la détresse des anciens employés de Saudi Oger
Des ouvriers philippins dans une base de Saudi Oger en 2017. - © Flickr, Clemente Gatbonton

En Arabie Saoudite, la détresse des anciens employés de Saudi Oger

Lise Lévèque avec AFP |  le 29/03/2019  |  InternationalVie du BTPExportEntreprises Export

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Depuis la disparition du groupe de BTP saoudien en 2017, les ex-employés attendent le paiement de leurs salaires. Beaucoup d'entre eux sont encore piégés en Arabie Saoudite à cause de prêts non remboursés. 

Près de deux ans après la déconfiture du géant de la construction Saudi Oger, qui a laissé des milliers de personnes sans emploi, l'ouvrier libanais Mohammed est toujours bloqué à Ryad, capitale d'Arabie saoudite, où il risque d'être arrêté.

La disparition en 2017 de l'entreprise appartenant à la famille du Premier ministre libanais, Saad Hariri, a poussé des milliers de ses employés à quitter le royaume avec des salaires impayés et sans indemnités. Mais nombre d'entre eux, comme Mohammed, 60 ans, qui a travaillé pendant 35 ans pour cette compagnie, sont toujours bloqués en Arabie saoudite.

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Si l'expiration du permis de séjour de Mohammed rend sa présence illégale, il ne peut pas partir en raison d'un prêt bancaire non remboursé. "Je suis prisonnier", déclare l'ouvrier rencontré dans l'appartement d'un autre ex-employé de Saudi Oger, dans la même situation."Quand je veux sortir, je choisis un moment où il n'y a pas de barrages" policiers, dit-il alors que l'Arabie saoudite fait la chasse aux migrants en situation irrégulière.

Le montant du prêt des deux travailleurs ne représente qu'une fraction de ce que leur doit Saudi Oger, selon des documents consultés par l'AFP. Sans permis de résidence, ils n'ont pas le droit de trouver un emploi et tant que leurs dettes ne sont pas remboursées, ils ne peuvent obtenir un visa de sortie du pays.

Des salariés à la merci de leur employeur

Cette situation illustre l'absurdité du système de parrainage (kafala) pratiqué en Arabie saoudite et qui met le salarié à la merci de son employeur, en le bloquant lorsque ce dernier fait faillite. On ignore le nombre d'ex-employés de Saudi Oger, qui en comptait 40 000, dans une telle situation. Les responsables de la société et le ministère saoudien du Travail se sont refusés à tout commentaire.

"Les employés ayant contracté des prêts pour des voitures ou des logements n'ont pas le droit de partir tant qu'ils n'ont pas remboursés, conformément à la réglementation" saoudienne, déclare Wissam Saab, ex-employé de 48 ans qui a quitté le royaume l'année dernière après avoir été soutenu financièrement par des parents. "Personne ne les aide", dit-il  depuis Beyrouth.

Les ex-employés de Saudi Oger, de France au Liban en passant par l'Inde et les Philippines, attendent toujours des arriérés de salaires. De nombreux employés en détresse postent régulièrement des factures impayées sur les réseaux sociaux en suppliant leurs gouvernements d'intervenir.

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"Où est l'Arabie saoudite? Où est la justice? Où est l'humanité?", scandaient des anciens de l'entreprise lors d'une récente manifestation devant l'ambassade saoudienne à Beyrouth. "Nous demandons nos droits, pas la charité".

Certains ex-employés sont morts de maladies qu'ils n'ont pu soigner faute d'assurance. "Ils ont été expulsés morts du royaume", déclare Shahnaz Ghayad, qui offre des conseils juridiques aux travailleurs d'Oger à Beyrouth.

Saudi Oger en difficultés dès 2014

Saudi Oger a rapporté des milliards de dollars à la famille Hariri et en a fait une force politique au Liban. En quatre décennies, l'entreprise a construit des bâtiments grandioses, dont l'hôtel Ritz-Carlton de Ryad et l'Université Princesse Noura.

Les difficultés du groupe ont débuté lorsque le premier exportateur de pétrole, confronté à la chute des prix, a commencé à réduire les dépenses publiques en 2014-2015. D'anciens salariés attribuent aussi les problèmes de l'entreprise, qui dépend de contrats de l'Etat, aux liens fluctuants entre la famille Hariri et les dirigeants du royaume saoudien.

En 2018, Ryad a créé une commission chargée de restructurer la dette de plusieurs milliards de dollars de Saudi Oger, mais n'a rien laissé filtrer sur ses activités. Depuis, les ex-employés de Saudi Oger n'ont d'autre choix que d'attendre. "Lutter seuls contre le désespoir", affirme un graffiti sur des logements abandonnés à Ryad.

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