Energie

Les acteurs du photovoltaïque sous tension

Le 12ème congrès annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui s’est tenu ce mardi 1er janvier, a été l’occasion pour les acteurs du photovoltaïque et le ministère de l’écologie de dialoguer par le biais d’interventions successives.

« On est en train de tuer financièrement le photovoltaïque. Pour l’éolien, il est trop tard car son prix est déjà trop compétitif, alors on essaye de l’arrêter réglementairement. » Les propos de la responsable en charge des questions énergétiques au sein de l’association France Nature Environnement, prononcés sous les applaudissements de l’auditoire composé de chefs d’entreprises de PME et de sociétés de taille intermédiaire de la filière photovoltaïque, réunis au Cnit-La défense mardi 1er janvier à l’occasion du congrès annuel du SER, traduisent la tension qui s’est installée entre ces derniers et le gouvernement.
Cette rencontre s’est déroulée à l’heure où se tient un moratoire de 3 mois sur le photovoltaïque pendant lequel le rachat obligatoire de l’électricité produite par les installations photovoltaïques d’une puissance supérieure à 3kWc, autrement dit toutes celles qui ne concernent pas les particuliers, est suspendu. Ce moratoire devrait se terminer fin février et déboucher sur un nouveau cadre réglementaire.
« La clé de la confiance retrouvée passe par la transition ». André Antolini, Président du SER a souhaité, dans son discours adressé à la ministre de l’écologie, que soit mis en place « au pire » un tarif de transition pour les projets conclus pendant le moratoire , qui le mériteraient. A la tribune, Nathalie Kosciusko-Morizet a préféré s’expliquer sur la mise en place du moratoire et la suspension des tarifs d’achat pour les parcs et les grandes toitures photovoltaïques qui l’accompagne. « Il était impossible de choisir entre projets illégitimes et beaux projets. Ce n’était pas juridiquement solide. Alors, de manière à ne pas casser le mouvement citoyen, on a retenu le critère de la puissance. »

La question de l’entente entre les différentes filiales d’EDF se repose

Sachant que le redémarrage des autorisations de lancement de projets dans la file d’attente d’ERDF se fera au prorata de la puissance des projets enregistrés avant le moratoire et étant donné que le tarif de rachat est fixé au moment où la filiale d’EDF donne son autorisation de raccordement, l’annonce par « Le Figaro » du lancement par EDF EN, quelques jours avant la suspension de l’obligation de rachat de son plus grand projet solaire dans le Gard (700 hectares pour 250 MWc) a ravivé la question de l’entente entre ERDF et EDF EN.
Acteur historique de la filière photovoltaïque française, Photowatt, entreprise créée en 1979, qui a annoncé courant janvier la suppression de près d’un cinquième de ses postes n’accuse pas le moratoire d’être la faute de ses tourments. Mais le directeur général de l’entreprise créée il y 30 ans, Photowatt s’apprêtant à conclure un projet d’une puissance de 40 MWc, s’étonne qu’ERDF lui ait donné son autorisation le lendemain du lancement du moratoire et donc de la suspension du rachat.
Parîs Mouratoglou, président du conseil d’administration d’ « EDF Energies nouvelles », face aux chefs des petites et moyennes entreprises présents au colloque du SER, a souhaité dire qu’ EDF EN « n’a que 25% des MW dans la file d’attente et non 75% » et précisé que le moratoire lui a fait perdre un projet sur deux.

Un plafond de 500 MW par an

Durant ce moratoire, M. Trink et Charpin, auteurs d’un rapport sur la filière, en août dernier, ont en charge d’organiser des réunions de concertation avec les différents acteurs de la filière. Lors d’une réunion qui s’est tenue récemment, ces derniers ont évoqué un plafond pour la nouvelle puissance installée chaque année fixé à 500 MW, limitation actuellement en cours en Espagne.
Soulignant que la production de panneaux de fabrication française a été, en 2010, supérieure à une puissance équivalente à 500 MW, Benoit Farines , responsable des Investissements de la jeune entreprise de développement de centrale photovoltaïque au sol « Photosol », juge ce plafond « absurde ». Il rappelle aussi qu’ à peu prés 800 MW ont été installés en France en 2010 et, reprenant la ministre de l’écologie sur sa volonté de ne pas comparer la France à l’Allemagne, pour cause de « trop grand écart d’avancement », il rappelle qu’Outre-Rhin ce sont 9000 MW qui ont été installés l’année dernière.
Thierry Miremont, PDG de « Photowatt », unique fabricant français de cellules photovoltaïques, estime que si le plafond de 500 MW était mis en place, la filiére serait en péril. Pour cet acteur français majeur, les modules sont devenus un bien commun dont la production française ne peut pas rivaliser avec la production chinoise. Néanmoins, la France, « forte de ses laboratoires », pourrait se distinguer en aval, par exemple sur la production de wafers (tranche ou galette de semi-conducteurs présent dans un panneau) et en amont avec son ingénierie.
Nathalie Kosciusko-Morizet ne s’est pas exprimée sur le seuil de 500 MW annuel mais a signifié qu’elle était attentive à une régulation en fonction du volume de la CSPE (contribution au service public de l’électricité payée par tous les consommateurs finaux d’électricité et permettant notamment de financer l’obligation d’achat de l’électricité produite par la cogénération gaz et les énergies renouvelables) plutôt qu’en MW.
Ce comptage en euros plutôt qu’en Watts réjouit Marc Jedliczka, directeur de l’association de promotion des énergies renouvelables Hespul, qui l’avait proposé dans un rapport qu’il a remis l’été dernier dans le cadre du Plan bâtiment Grenelle. « Au départ, le cadre de la discussion était très fermé lors des réunions de concertation, aujourd’hui on retrouve un peu l’ambiance du Grenelle. Evidemment le diable se logera dans les détails, mais on peut encore sortir par le haut de ce moratoire. »

A la tribune du SER, Nathalie Kosciusko-Morizet a également souligné que le déficit commercial du photovoltaïque s’élevait, d’après les chiffres des douanes à 1 milliard et demi, et a précisé que le nouveau dispositif devra donc participer à la création d’une filière française. La ministre avait, dans une déclaration précédente, déclaré que « 90% des panneaux venaient de Chine ». Les professionnels avaient été irrités par ces propos. Le responsable des investissements de « Photosol» considère que 2/3 des panneaux installés en France sont fabriqués en Europe.
Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé qu’elle souhaite que le nouveau cadre réglementaire s’intéresse à l’analyse du cycle de vie des installations et notamment au recyclage des systèmes. Concernant l’intégration au bâti, la ministre a déclaré aux chefs d’entreprise, « j’ai noté que vous ne souhaitiez pas de critères supplémentaires sur l’intégration au bâti. Il faudra en discuter. »

Elargissant le débat, Benjamin Dessus, président de l’association de scientifiques « Global chance » a mis en garde contre le risque de déconnexion totale entre production et usage, et proposé de réfléchir différemment au développement du photovoltaïque. « Ce n’est pas la réduction de la consommation d’énergie puis le développement des énergies renouvelables qu’il faut mettre en place, mais les deux simultanément. Il faudrait imposer aux collectivités qui accueillent un champ photovoltaïque, de mettre en place, parallèlement, des mesures d’efficacité énergétique. »

 

Focus

L'électricité photovoltaïque compétitive en 2020

Un rapport prospectif réalisé par l’European Photovoltaic Industry Association (EPIA) et Greenpeace International et rendu public mercredi 2 janvier, estime que le prix des équipements photovoltaïques ont baissé de 40 % de 2005 à aujourd’hui et que d’ici 2020, les coûts auront suffisamment baissé pour rendre le photovoltaïque compétitif sur le marché de la production électrique. Pour l’Epia, l’industrie photovoltaïque emploie actuellement 300 000 personnes et pourrait en employer le double d’ici 2015.

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