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Logements neufs : pourquoi le bâtiment redoute un retournement de conjoncture
Au premier trimestre 2018 et sur un an, les ventes ont baissé de 5,1% chez les promoteurs. - © F.M./Le Moniteur

Logements neufs : pourquoi le bâtiment redoute un retournement de conjoncture

Augustin Flepp |  le 11/07/2018  |  ConjonctureJacques ChanutLCA-FFBPatrick VandrommeConjoncture immobilier

Passée la première moitié de 2018, le bâtiment continue à bénéficier de la reprise engagée voici deux ans, mais voit se préciser un infléchissement lié au repli des ventes de logements neufs, a détaillé ce mercredi la FFB. Le secteur de la maison individuelle est particulièrement concerné. En cause : les mesures prises dans le cadre de la loi de finances 2018 (suppression de l’APL en accession, révision du PTZ…).

 

Les organisations professionnelles du bâtiment font grise mine. Le rythme des ventes dans le logement neuf a entamé une sérieuse dégringolade, confirmant une prédiction de la FFB. « Nous observons un renversement de tendance sur ce segment : au premier trimestre 2018 et sur un an, les ventes des promoteurs ont reculé de 5,1%, a indiqué Jacques Chanut, le président de la FFB à l'occasion d'une conférence de presse, ce mercredi 11 juillet. Pire encore : les ventes de maisons individuelles ont chuté de 14,3% sur cinq mois, à fin mai 2018.

Impact fiscal

Pour mieux comprendre ce brutal retournement, la FFB et le bureau de LCA-FFB ont réalisé une « rapide enquête » auprès des adhérents (108 interrogés) issus du groupement des constructeurs et aménageurs. Cette étude, qui n'a pas vocation à la représentativité statistique, a porté sur un échantillon de répondants ayant cumulé 22 000 logements vendus en 2017 et affiché une baisse de 11% de leurs ventes entre le premier semestre 2018 et le premier semestre 2017.

Les principales causes de ces baisses ? Dans l’accession à la propriété, la suppression de l’APL en accession dans les zones A et B1 serait à l’origine de 40% du recul des transactions. Dans les zones B2 et C, le rabotage du PTZ a, lui aussi, eu un impact conséquent (45,5%).

Du côté de l’investissement locatif, la suppression de l’éligibilité au dispositif Pinel explique 84% de la baisse des ventes, « l’environnement économique ne pesant véritablement que dans 16% des cas », selon l’enquête. Les mesures prises par le gouvernement dans le cadre de la loi de finances 2018 constituent donc une menace pour les 1000 adhérents de LCA-FFB. D’autant que près de 75% de leurs ventes relevaient des zones touchées par le recentrage des dispositifs de soutien au logement.

Chute des mises en chantier

Les premiers signes d’un fléchissement d’activité s’observent chez les constructeurs. A fin mai 2018, et en glissement annuel sur cinq mois, le volume des permis de construire et des mises en chantier ont respectivement chuté de 1,8% et de 4,3%. Cette baisse pourrait être liée aux intempéries de ces derniers mois, remarque la FFB.

A l’inverse, le marché non résidentiel continue d’afficher une insolente croissance. Le volume de surfaces autorisées et commencées a respectivement augmenté de 7,5% et 13,3% en glissement annuel sur cinq mois à fin 2018. A l’exception des commerces, (-11,1% des autorisations), tous les segments progressent, les bâtiments administratifs en tête (+28%).

« Ces chiffres montrent que le retournement dans le neuf est bien dû au rétrécissement des aides à la solvabilité des ménages pour acheter un logement », analyse Jacques Chanut. « Ce serait une lubie de croire que les taux d’intérêts vont continuer de baisser et d’accompagner les Français ».

Le marché de l’amélioration-entretien reste égal à lui-même, c’est-à-dire atone. Les entrepreneurs ont enregistré une légère hausse d’activité (+0,9%) au cours du premier semestre 2018, principalement tirée par les travaux de rénovation dans les logements (+1,7%). La FFB craint un report de chantiers à cause du nouveau calcul du déficit foncier dans le cadre du prélèvement à la source. La déduction d’impôt s’appliquera seulement sur 50% des travaux réalisés en 2018 et 2019.

Coûts élevés

Enfin, la hausse des prix bâtiments (1,1%) enregistrée au premier trimestre 2018 ne suffit pas à compenser la progression des coûts des matériaux et salariaux (2,3%). « Les trésoreries restent tendues, d’autant plus que le besoin en fonds de roulement augmente avec le dynamisme de l’activité, et les marges s’érodent à nouveau », conclut la FFB.

Globalement, les perspectives d’activité demeurent encourageantes. En juin 2018, les carnets de commandes des entreprises de bâtiment de plus de 10 salariés se sont élevés à un niveau historiquement élevé avec 7,5 mois de chiffre d’affaires. Les artisans, eux, n’avaient plus atteint un tel volume depuis l’été 2008 (4,3 mois). Pour 2018, la FFB table sur une croissance moins soutenue que l’an dernier (2,4% vs 5%).

Recrutement : l'opération 15 000 bâtisseurs est lancée

Anticipant les fortes perspectives d’embauche dans le bâtiment (30 000 emplois créés en 2018), la FFB a annoncé le lancement de l’opération « 15 000 bâtisseurs » destinée à proposer 15 000 contrats de travail, et non des stages, à des jeunes et demandeurs d’emplois, prioritairement issus des quartiers de la politique de la ville. L’organisation professionnelle reconduit une initiative menée en 2008 sous le gouvernement Fillon qui lui avait permis de créer 12 000 CDI.

« Nous souhaitons nous fixer un objectif encore plus ambitieux aujourd’hui, pour proposer des emplois et des formations à des jeunes et des chômeurs des quartiers sensibles ou en difficulté », expose la FFB. Le dispositif devra être opérationnel dès la rentrée de septembre.

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