Paysage

Le végétal local entre facho-écolos et bio-xénophobes

« Planter local » : l’apparente simplicité du slogan cache une grande confusion dans les définitions et les objectifs, comme l’ont démontré les professionnels rassemblés le 18 janvier par Michel Le Borgne, animateur du pôle paysage de la Fédération nationale des professionnels de l’horticulture et des pépinières.

Les labels « Végétal local » et « vraies messicoles » montent en puissance plus vite que prévu : « de 25 à la fin 2016, le nombre d’entreprises labellisées devraient s’élever à 40 au printemps », annonce Gérard Largier, qui suit ces labels à la fédération nationale des conservatoires botaniques nationaux, propriétaire des marques créées en 2015 avec l’appui des collectivités et de l’interprofession du végétal représentées par les associations Plante & Cité et Val’hor.

 

Le succès des labels

 

Certes, les labels ne réussissent leur percée ni dans toutes les variétés, comme en témoigne la surreprésentation des ligneux, ni dans tous les territoires, comme le montre l’absence du sud-est, parmi les 11 régions bioclimatiques qui encadrent le Végétal local et les Vraies messicoles. Mais après une gestation participative de deux ans-et-demi, les conservatoires botaniques ne peuvent que se réjouir de la dynamique impulsée par les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, dans le cadre de la stratégie nationale pour la biodiversité : un nombre significatif de producteurs professionnels a joué le jeu d’un label qui exige de produire à partir de graines sauvages, pour rendre possible la transmission de la diversité génétique des plantes, propre à chaque territoire.

 

Guerre de tranchée

 

En revanche, des avis très partagés opposent les producteurs de végétaux d’ornement, comme l’a révélé le débat provoqué par leur fédération, le 18 janvier à Paris : « Quitte à passer pour un facho-écolo auprès de ceux qui ont raté le coche, je vois dans ce mouvement une opportunité comme il ne s’en présente qu’une ou deux par siècle », n’hésite pas à triompher Laurent Chatelain, président de la pépinière éponyme qui fait partie des premiers labellisés, mais aussi président du groupement d’intérêt économique des Pépinières franciliennes.

A l’inverse, Olivier Filippi, dont l’entreprise travaille pourtant depuis 20 ans sur la flore sauvage méditerranéenne, affirme s’être heurté à un « mur », du côté des conservatoires botaniques, lorsqu’il a plaidé pour adapter le label à des espèces naturellement brassées par les vents. Et de dénoncer « l’installation d’une bio-xénophobie consensuelle qui va à l’encontre de nombreux points de vue scientifiques ».

 

Le mur des prix de revient

 

Entre Méditerranée et Ile-de-France, les Rhône-alpins balancent : la « radicalité » des exigences entraînerait des prix de revient difficiles à répercuter, selon Pierre de Prémare, P-DG de Guillot-Bourne. Pour les pépinières Rey, Philippe Sagnole souligne la difficulté d’un territoire où coexistent trois des 11 régions bioclimatiques du label. Daniel Soupe, qui a pourtant labellisé son entreprise, rappelle l’écart entre « le temps de la production et le temps du projet », avec un résultat économique parfois désastreux pour le made in France : faute de trouver les producteurs régionaux qui répondent à leur demande, les donneurs d’ordre publics qui exigent des essences locales de haute tige se retournent vers l’importation. 

 

Perte de sens

 

Entre l’objectif du label et l’usage qu’en font les collectivités, le sens s’est souvent perdu, ont reconnu l’ensemble des participants à la rencontre. « « Végétal local » et « Vraies messicoles » ne concernent pas les squares parisiens et n’entendent pas se substituer à la production existante : nous visons les zones naturelles ou semi-naturelles », rappelle pourtant Gérard Largier. Mais la mésinterprétation a déjà commencé à produire ses effets chez des acteurs publics zélés dans le respect des règles, quitte à oublier de réfléchir à leur esprit. « Prenons garde au retour de bâton et rappelons que l’exotisme a toujours fait partie de la culture horticole française », exhorte Michel Audouy, paysagiste et professeur à l’école de paysage de Versailles, rejoint par son collègue normand : « J’ai toujours défendu les haies champêtres, jusqu’au moment où le PLU de Rouen les a imposées jusqu’au centre-ville ! », s’étrangle Eric Germain, représentant la Fédération française du paysage.

 

Des guides en 2017

 

Heureusement, les professionnels réunis par la FNPHP se sont quittés sur des perspectives plus réjouissantes : coordonnateur de la rédaction d’un cahier des clauses particulières type destiné à guider les collectivités dans l’usage du label, Plante & Cité se montre ouverte à l’idée d’un préambule qui en cadrerait l’usage, en rappelant aux maîtres d’ouvrage la nécessité d’énoncer l’objectif qu’ils poursuivent. L’autre perspective tracée le 18 janvier concerne la distinction entre le végétal local et l’achat de plantes à des producteurs locaux. Soutenue par l’Union nationale des entreprises du paysage et par l’association interprofessionnelle Val’hor, cette seconde perspective se traduira dans un « guide de l’achat local et responsable » : l’association interprofessionnelle espère tenir l’échéance du prochain salon des maires, pour sa finalisation.

 

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