Réalisations

«Le tribunal de Paris exprime son rôle, pas sa force», Renzo Piano, architecte

Mots clés : Établissements pénitentiaires et judiciaires - Prix d'architecture - Réglementation

Le prix de l’Equerre d’argent 2017 a été décerné, le 27 novembre, au Palais de justice que l’agence Renzo Piano Building Workshop (RPBW) a livré l’été dernier dans le XVIIe arrondissement de la capitale. Alors que le bâtiment sera réellement mis en service en avril prochain, quand se tiendront les premières audiences, l’architecte génois évoque les priorités qui ont été celles de son équipe, pour mener à bien ce projet lancé dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP). Renzo Piano rappelle encore combien la mission de l’architecte est de savoir accompagner les évolutions de la société.

En construisant ce tribunal, qui vient de remporter l’Equerre d’argent 2017, vous deviez répondre à la volonté de la Justice d’apparaître comme une institution plus accueillante. Comment y êtes-vous parvenu ?

Renzo Piano : Les architectes ne changent pas l’histoire. En revanche, souvent, ils se trouvent en position de donner forme aux changements. Il y a quarante ans, à Beaubourg, le bâtiment était certes radical mais ce n’est pas lui qui a modifié le rapport du public à l’art. Arrivé quelques années après Mai 68, il a accompagné un mouvement vers une culture plus accessible. De même, le projet du tribunal a été pensé alors qu’une réflexion est en cours sur la façon dont cette fonction très complexe qu’est la Justice doit évoluer. La question était délicate car un palais de justice est un lieu d’attente et de tensions. Ce qui donne sens à notre bâtiment, c’est la lumière, la clarté de la salle des pas perdus, des salles d’audience et de tous les bureaux. Evidemment, dire qu’un bâtiment lumineux et transparent suffit à incarner une Justice lumineuse et transparente serait trop facile mais c’est là le moyen d’offrir au citoyen une approche rassurante de l’institution.

 

Ce bâtiment, malgré son ampleur, recèle aussi une certaine légèreté…

R. P. : Le tribunal se dresse à 160 mètres dans une ville qui n’a pas l’habitude de la grande hauteur. Elle y est souvent vue comme l’expression de la puissance et de la mise à distance. L’édifice ne devait pas apparaître comme obscur ou hermétique. Il devait exprimer son rôle, pas sa force. C’est un bâtiment photosensible, le verre de ses façades reflète le ciel et la ville.

 

Installer un tel programme sur ce site aux frontières de Paris, n’était-ce pas difficile ?

R. P. : Le concours a été très complexe et nous a demandé beaucoup de réflexion. Mais, à Paris, le temps est venu de construire des édifices d’un grand poids civique sur les franges de la ville, à proximité immédiate de sa banlieue. De tels projets ont le pouvoir de féconder ces lieux.

 

«  La créativité, résultat d’un travail en commun »

 

Lors de la remise de l’Equerre d’argent, Bernard Plattner, architecte partner chez RPBW, a tenu à saluer « tous ceux qui ont construit ce bâtiment ». Le travail d’équipe est-il, pour vous, essentiel ?

R. P. : Bernard Plattner est un de mes plus anciens partners, un fidèle avec lequel je travaille depuis Beaubourg. Et c’est comme ça avec de nombreuses autres personnes. Je tiens à dire que mon agence est celle de toute une équipe qui rassemble une centaine de personnes. Cela se traduit dans sa structure qui compte notamment 10 architectes partners et 25 architectes associés, mais aussi dans notre pratique. Je crois fermement à la créativité quand elle résulte d’un travail commun. Nous ne faisons pas la comptabilité de qui a fait quoi. D’ailleurs, sur le tribunal de Paris, personne ne s’en souvient. Sur ce chantier, nous avons aussi collaboré avec une équipe exceptionnelle : l’ingénieur, le maître d’ouvrage et le bâtisseur. Nous avons discuté chaque détail et chacun a fait son job avec clarté, et même avec fierté.

 

Il se dit que, sur cette opération menée en PPP, les rapports ont parfois été difficiles…

R. P. : Je ne sais pas ce que veut dire difficile, surtout quand il s’agit d’un projet si complexe. Franchement, je préfère entretenir des rapports plutôt rugueux avec des personnes qui connaissent bien leur métier, que des relations aimables avec des gens moins compétents. C’est aussi ce qu’on attend d’un médecin, par exemple, qu’il soit un bon praticien.

 

 

 

 

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