Le premier Geste d’or paysager récompense un hôpital ouvert
Allée jardin. - © © Atelier Gaudin

Le premier Geste d’or paysager récompense un hôpital ouvert

Laurent Miguet |  le 07/01/2015  |  BâtimentPatrimoineParisTechnique

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L’hôpital Rothschild, dans le XIIème arrondissement de Paris, a élargi le palmarès du Geste d’or au patrimoine contemporain et au paysage. Récompensée fin 2014, la maîtrise d’œuvre de cette opération de l’Assistance publique recueille le fruit d’une détermination sans faille, pour réussir l’intégration urbaine d’un site centenaire.

Le bras de fer occasionné par les fenêtres sur rue de l’hôpital Rothschild illustre un paradoxe : « Les discours vertueux sur l’intégration urbaine se heurtent à d’innombrables blocages », remarque Bruno Gaudin, mandataire de la maîtrise d’œuvre du nouvel hôpital de gériatrie et de rééducation livré en 2012, après un chantier de 61 millions d’euros TTC pour 32 500 m2 hors œuvre nets. Sans ébranler la détermination d’une équipe de conception soudée dès la phase de programmation, grâce à un marché de définition, la concertation avec les riverains a révélé les angoisses suscitées par l’effet miroir : les habitants du quartier n’ont pas spontanément adhéré à l’idée d’apercevoir des patients âgés, qui séjournent pour plusieurs mois consécutifs à des interventions lourdes, illustration des vicissitudes de l’âge auxquelles chacun peut s’attendre.

Esprit urbain

Partie prenante de la maîtrise d’œuvre du premier projet lauréat de la catégorie « paysage » créée en 2014 au sein du palmarès du Geste d’Or, l’agence Complémenterre a contribué à en consolider l’esprit urbain, à travers des négociations tout aussi difficiles : symptôme du cloisonnement hospitalier, la tentation du mur opaque a ressurgi, quand s’est posée la question de la contigüité entre la cour de récréation d’une école et le jardin de rééducation. « Par chance, le directeur de l’école a tout de suite souhaité rebondir sur notre projet », se réjouit Fabienne Keller, paysagiste associée de Complémenterre. Le potager pédagogique des écoliers crée une continuité avec le jardin de rééducation, jalonné par les obstacles urbains auxquels les patients apprennent à se réhabituer : pentes, escaliers, grilles d’arbres et de métro, gamme de sols lisses ou graveleux. Le parcours extérieur complète les salles voisines de rééducation, conformément à un parti pris général que Fabienne Keller résume en deux points : « Décliner dans le paysage les fonctions des bâtiments voisins, et réinterpréter l’histoire ».

Cottage anglais

Avec la ville de Paris, le rôle du végétal dans la composition du projet a poussé ses concepteurs à d’autres négociations difficiles, mais également couronnées de succès : « Nous avons réussi à préserver le caractère planté du site, mais en le redessinant », résume Bruno Gaudin. A la logique des Espaces verts intérieurs protégés (Evip) de la ville de Paris, qui menaçait de figer le patrimoine arboré existant, les concepteurs ont opposé une autre légitimité patrimoniale : les nouvelles plantations contribuent à restituer l’axe structurant de l’hôpital pavillonnaire des années 1910, mis à mal par des extensions sans vision d’ensemble, menées durant les Trente glorieuses. L’ère du tout-automobile avait alors généré une succession désordonnée d’arbres plantés entre les places de stationnement désormais enfouies en sous-sol. « Le long de l’axe historique, le motif végétal rappelle les cottages anglais, en écho à l’hôpital pavillonnaire », précise Fabienne Keller. L’argument patrimonial s’ajoute à l’inscription du projet dans une trame verte urbaine structurée par des cœurs d’îlots de ce secteur du XIIème arrondissement, autrefois occupés par des congrégations religieuses.

Exception prometteuse

Exception rafraîchissante dans une commande publique hospitalière qui privilégie les maîtres d’œuvre spécialisés enclins à reproduire des recettes architecturales, le nouvel hôpital Rothschild jouit d’un autre atout rare : « Une jardinière exceptionnelle, portée par l’amour des végétaux », témoigne Fabienne Keller. Les maîtres d’œuvre ne désespèrent pas de franchir un dernier obstacle : la réalisation du jardin central de l’emprise, partie intégrante du projet initial. Organisateur des Gestes d’Or, l’historien Pascal Payen Appenzeller s’appuie sur l’exemple de cet  ouvrage pour nourrir un autre espoir : multiplier les candidatures de paysagistes à l’édition 2015 des Gestes d’Or.

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