Le premier bâtiment biosourcé, démontable et réversible à souhait

Conçu en bois et recyclable à 80%, le premier bâtiment biosourcé a été inauguré au Havre fin décembre 2014. Sorti de terre en un an, il peut être complètement démonté et remonté sur un autre site.

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365 jours et pas un de plus. C'est le temps qu'il aura fallu au premier bâtiment tertiaire biosourcé pour sortir de terre. Implanté au nord-ouest du Havre (Seine-Maritime), il a été inauguré le 19 décembre. Il est issu d'un concours conception/réalisation lancé courant 2013 par la CODAH (Communauté de l'agglomération havraise) dont l'objectif était de répondre à quatre contraintes majeures : bâtiment labellisable biosourcé, démontable, livré en moins de 12 mois et au meilleur coût. Tous ces objectifs ont été remplis. Fin janvier, le bâtiment, qui a coûté 3,5 millions d'euros, attend encore d'être certifié, le label délivré par Certivéa n'étant pas tout à fait près.

Le label "biosourcé"

La label bâtiment "biosourcé" a été mis en place en décembre 2751600512 afin de développer la pénétration de matériaux d’origine végétale ou animale dans la construction neuve, comme le bois, le chanvre, la paille, la laine de mouton ou les plumes.

Pour obtenir ce label, le bâtiment doit respecter un taux minimal d’incorporation de matériaux biosourcés (exprimé en kg/m² de surface plancher). Il existe trois différents niveaux, délivrés en fonction de la diversité des matériaux et de leur quantité mise en œuvre.

Trois organismes se partagent la certification : Céquami pour les maisons individuelles, Cerqual pour le logement collectif et Certivéa pour le tertiaire.

« Nous avons souhaité inscrire ce projet dans une démarche environnementale, explique Jean-Baptiste Gastinne, vice-président de l'agglomération du Havre en charge du développement économique. Pour cette raison, le terrain choisi se situe à proximité de l'éco-quartier du Grand Hameau. Et nous avons également souhaité que le bâtiment puisse être complètement démonté. » La CODAH s'est voulu prudente. Si elle n'arrive pas à louer ces bureaux, ils pourront être transférés sur un autre site. Toujours par précaution, la communauté d'agglo attend de louer la première moitié du bâtiment pour lancer le chantier sur le même terrain de deux autres bâtiments identiques. L'ensemble du projet constitué des trois bâtiments bénéficie d'une enveloppe de 9 millions d'euros.

Des kits en bois boulonnés les uns aux autres

Le groupement d'entreprises, qui a remporté le concours a dû jongler avec un grand nombre de contraintes. « Afin de respecter des délais aussi courts et réduire au maximum les coûts et l'impact environnemental, le kit et le bois se sont imposés comme l'unique solution, précise Nicolas Bouley, directeur de Sogea Nord-Ouest, filiale de Vinci et le mandataire du groupement. Mais nous avons conçu le bâtiment comme s'il était en béton, avec une trame très simple, sobre et efficace. » Rectangulaire et seulement deux étages, cela paraît simple. Mais l'architecte Julie Delamare, de l'agence 6,24, reconnaît plusieurs difficultés : « Nous devions mettre en œuvre un bâtiment de 18 mètres de large pour une surface totale de 2400 mètres carrés, mais avec un maximum d'espace intérieur pour y installer des open-space. Il a fallu éviter d'ériger une forêt de poteaux et réduire leur taille le plus possible. » Le groupement a donc choisi de pré-fabriquer en atelier des modules en bois de 6 mètres sur 2,60 mètres et de les assembler sur site.

Le charpentier Pimont, situé dans l'Eure, s'est chargé de cette opération. « Nous étions novices en la matière, admet son directeur général, Arthur Gosse. Et nous n'avions que deux mois. » Du mélèze issu de forêts écologiques, « un bois robuste et résistant », a été acheminé d'Autriche puis transformé dans l'usine en modules. Ces derniers, expédiés sur le chantier, ont été montés sur des pilotis en béton massif grâce à une grue à tour et boulonnés les uns autres, afin de faciliter le démontage. A l'extrémité de l'édifice, douze modules métalliques, soit près de 200 mètres carrés, ont été installés. Ils pourront être désolidarisés de l'ouvrage et transportés sur un autre site de la CODAH en cas de besoin (désamiantage, manque de surface...).

Le bardage, lui aussi en bois, a été thermohuilé en trois teintes pour donner aux façades un aspect esthétique innovant : « Avec cette technique, le bois ne nécessite qu'un faible entretien et a l'avantage de ne pas grisonner lorsqu'il vieillit, précise Arthur Gosse. Et l'huile est également naturelle. »

Matériau innovant

Aucun membre du groupement n'a perdu de vue l'objectif de labellisation du bâtiment, qui est recyclable à 80% minimum. Celui-ci, qui devrait être certifié courant avril/mai, intègre un taux d'incorporation de matériaux biosourcés de 71kg/m² de surface plancher, soit le double du seuil minimal requis pour atteindre le niveau 3 du label. Les locaux techniques du bâtiment et des murets extérieurs sont constitués d'un béton de terre breveté par l'entreprise locale Lefebvre Industrie. « Ce béton nous a permis de remporter le concours, soutient Emmanuel Parc, de la Sogea Nord-Ouest. La CODAH souhaitait qu'un matériau innovant biosourcé soit utilisé dans le projet. » S'il est plus cher et moins solide que du béton classique, c'est surtout son aspect écologique qui a été apprécié.

L'intégration d'un parking sous le bâtiment, surélevé grâce à l'utilisation de pilotis, est une autre spécificité environnementale dont se targuent les maîtres d'œuvre : « Un maximum de verdure autour de l'édifice a ainsi pu être conservée », souligne Julie Delamare. Afin de filtrer les eaux de ruissellement, un séparateur à hydrocarbures, conçu par des étudiants de l'université du Havre, a été installé à proximité des places de stationnement.

Pour Quentin Guilbert, responsable environnement du projet, ce bâtiment n'est « pas forcément la meilleure réalisation biosourcée, mais le compromis trouvé entre le coût, la qualité et le délai est sans aucun doute le meilleur ». Pour preuve, la communauté d'agglo du Havre souhaite transposer ce modèle à d'autres projets.

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