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Le « pont végétal », attraction touristique pour bobos ou espace vert urbain vital ?
Le coût du « Garden Bridge » s’élève à plus de 200 millions d’euros - © © Arup / Heatherwick Studio

Le « pont végétal », attraction touristique pour bobos ou espace vert urbain vital ?

John Sapporo |  le 28/11/2014  |  Aménagements extérieursOuvrage d'artEuropeMancheGironde

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Solutions pour apporter de la nature dans les villes où les terrains disponibles se font rares, des projets de « parcs offshore » voient le jour à Londres, New York et Washington. A quand un jardin suspendu au-dessus de la Seine ?

Passer du sud au nord de Londres, en traversant la Tamise au milieu d’une bande de forêt de 400m, voilà ce que propose l’agence d’architecture et de design de Thomas Heatherwick. Ce dernier, habitué à des projets de moins grande envergure comme le dessin du nouveau bus à deux étages londonien ou la conception d’un pont piéton déroulant, s’est associé aux ingénieurs du prestigieux bureau d’études anglais Arup et à leur compatriote paysagiste Dan Pearson, pour concevoir un parc offshore dont la surface serait équivalente à celle d’un terrain de football. L’équipe de maîtrise d’œuvre fait valoir que leur pont végétal « facilitera les déplacements des Londoniens », « attirera des touristes », « participera au rayonnement de Londres dans le monde » et « permettra la création d’activité et d’emplois ».

Mais le « Garden Bridge » de Thomas Heatherwick est, pour l’instant, suspendu à l’autorisation des deux districts londoniens concernés, Westminster city et Lambeth. Le second a déjà fait connaître ses conditions : les cyclistes posent pied à terre de manière à ne pas entrer en conflit avec les piétons, le pont ferme entre minuit et six heures du matin et, afin de prévenir l’occupation du pont par des protestataires, les groupes de plus de huit personnes doivent au préalable demander une autorisation pour emprunter le pont.

Ces restrictions font dire au critique d’architecture du quotidien anglais The Guardian, Oliver Wainwright, que le «  Garden Bridge » n’est pas un pont – car il ne permet pas de traverser le fleuve à toute heure - mais une attraction touristique privée qui sera financée par 60 millions de livres de fonds publics (le « Chancelier de l’Echiquier », ainsi que l’organisme public de gestion des Transports de Londres ont déjà annoncé participer, chacun, à hauteur de 30 millions de livres).

Bien que Thomas Heatherwick puisse s’appuyer sur les soutiens de deux sujets de sa Majesté - le maire de Londres, Boris Johnson, ainsi que de l’ancienne actrice de Chapeau melon et bottes de cuir, Joanna Lumley, qui joue désormais le rôle de muse du projet -, il peut craindre que le bombardement de critiques qui s’abat actuellement sur son « Garden Bridge » fasse effondrer son projet.

Des milliardaires qui souhaitent offrir un écrin de verdure aux New-Yorkais

Quoiqu’il advienne, si l’architecte anglais ne parvient pas à réaliser son « Garden bridge » outre-Manche, il compte réaliser son rêve architectural outre-Atlantique. Avec le paysagiste américain renommé, Mathews Nielsen, il a conçu, au-dessus du fleuve Hudson, un  parc offshore d’un hectare dans l’ouest de Manhattan.

L’architecte anglais bénéficie à New York d’un soutien de taille. Le couple de milliardaires, Barry Diller, fondateur de la chaine de télévision Fox et son épouse, la styliste de mode Diane von Furstenberg, souhaitent offrir aux New Yorkais cet écrin de verdure. Ils sont prêts à financer la quasi-totalité du projet, dont le coût est estimé à plus de 100 millions d’euros.

Dévoilé à la mi-novembre, le projet bénéficie également du soutien du nouveau maire de la capitale économique américaine, Bill de Blasio. « La revitalisation de cette jetée en un espace d’expression artistique apportera  une nouvelle énergie et de nouveaux visiteurs sur nos quais », a déclaré ce dernier. Rien ne semble donc pouvoir stopper l’installation d’un jardin suspendu au-dessus des eaux de Big Apple. Cette infrastructure peut même apparaître « vitale » dans une ville où, malgré l’imposant Central Park, chaque habitant dispose de moins de 20m² d’espace vert. la La soif de verdure des New-Yorkais s’est récemment illustrée dans le succès de la High Line, ancienne voie ferrée reconvertie en promenade plantée. La construction de cette oasis urbaine devrait donc débuter en 2016 et son ouverture au public est déjà prévue pour 2019.

Et si les ponts routiers vieillissants devenaient des parcs?

Mais toutes les villes n’ont pas leurs milliardaires philanthropes prêts à financer un parc public à plus de 100 millions. Alors comment installer des parcs au-dessus des fleuves à un coût plus raisonnable ?

L’avenir des jardins offshore  se trouve peut-être sur les ponts urbains routiers âgés, devenus obsolètes pour la circulation de véhicules mais toujours capables de supporter le poids de piétons. La structure existante permettant de réduire largement le montant d’investissement, comparé à l’implantation d’un nouvel édifice.

Le district de Columbia et l’association « Building Bridges Across the River » ont lancé un concours d’architecture, à Washington,  pour la transformation d’un pont routier vieillissant  en parc. Le coût est, ici, estimé à environ 25 millions d’euros.

S’il s’agit là d’une reconversion d’un édifice existant, la philosophie est la même qu’à Londres : faire d’un pont un lieu de vie. Seule l’appellation change.  A Washington, on ne parle pas de « Garden Bridge » mais de « Bridge Park ». Les initiateurs du  « Bridge Park » mettent aussi en avant le fait que la transformation de l’édifice enjambant le fleuve Anacostia permettrait l’implantation d’un espace public grand comme trois terrains de foot américain au cœur de Washington.

Mais dans la capitale politique des Etats-Unis, où le ratio d’espace vert par habitant est trois fois plus élevé qu’à New York, le « Bridge Park » apparait moins comme un projet de première nécessité.  Ce sont OMA, l’agence de l’architecte néerlandais, Rem Koolhaas, lauréat du prix Pritzker – le Nobel d’architecture - et les paysagistes de l’agence américaine Olin, qui ont été désignés, en octobre dernier, lauréats du concours. La tâche qui leur incombe est donc lourde : en plus de livrer un nouvel espace vert, ils devront faire du vieux pont routier une icône architecturale.

Les Américains ne sont pas les seuls à demander à des stars de l’architecture de marquer un pont de leur signature. Les équipes de Rem Koolhaas ont également été désignées, fin 2013, par la Communauté urbaine de Bordeaux  pour réaliser un pont long de plus de 500 mètres et large de 40 mètres qui chevauchera la Garonne. Mais ici, pas de promesses de ballades bucoliques au milieu des végétaux. Bande minérale sans plantations, même s’il laisse plus de la moitié de sa surface aux piétons, l’édifice accueillera voitures et tramway.

Et même si les perspectives 3D des architectes laissent deviner que le pont pourra accueillir des événements, plus qu’un espace qu’on occupe, il restera un lieu qu’on traverse.

Un jardin sur Seine plutôt qu’une tour triangle ?

Alors à quand, dans nos villes, des ponts sur lesquels on se rend sans même vouloir les traverser ? Chez nous, les élans de générosité des grandes fortunes se tournent plus facilement vers les œuvres d’art que les ouvrages d’art et l’intérêt de nos stars pour les infrastructures n’est pas chose commune.

Toutefois, il y a fort à parier qu’à Paris, où la densité dépasse les 20 000 habitants au km² - soit deux fois celle de New York -, un tel projet puisse émerger. Anne Hidalgo, qui a fait campagne avec pour slogan « Paris qui ose », annonçait  dans son programme sa volonté de « végétaliser Paris partout où cela est possible »  et « d’expérimenter une rue entièrement végétale ». Un pont jardin sur la Seine fédèrerait ces deux propositions. Après le rejet du projet de Tour Triangle par le Conseil de Paris, la nouvelle résidente de l’hôtel de ville pourrait y voir un moyen, plus consensuel, d’offrir une nouvelle icône à la Ville Lumière et de laisser une trace indélébile de son passage à la mairie….

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