Entreprises de BTP

Le pôle construction sauve les résultats de Bouygues

Mots clés : Entreprise du BTP

Malgré la contre-performance de Colas, c’est encore une fois le pôle construction qui permet à Bouygues de limiter la casse. Le groupe a tout de même annoncé une chute de 32 % de son bénéfice net au premier semestre et revu à la baisse son objectif de chiffre d’affaires pour 2013.

Baisse du chiffre d’affaires (-2% à 15,2 milliards), baisse du résultat opérationnel courant (-25% à 356 millions), baisse du résultat net (-32% à 188 millions)… Le navire Bouygues prendrait-il l’eau ? En fait, ce sont TF1 (bénéfice net divisé par deux à 42 millions d’euros) et surtout Bouygues Télécom (CA en baisse de 15% à 2,3 milliards) qui continuent de souffrir au premier semestre. Le groupe estime néanmoins que les plans d’économies lancés dans les branches téléphonie et média «portent leurs fruits» et que «dans la continuité du deuxième trimestre, la rentabilité opérationnelle du groupe devrait s’améliorer au second semestre, l’année 2012 marquant ainsi un point bas».

A contrario, l’activité du pôle construction, qui rassemble Bouygues Construction, Bouygues Immobilier et Colas, est la seule à avoir crû au premier semestre. Le pôle construction affiche en effet un chiffre d’affaires semestriel consolidé en hausse de 2% à 11,7 milliards d’euros (+2%) et « des performances financières solides », selon Martin Bouygues, P-DG de Bouygues SA : le résultat opérationnel courant est quasi-stable à 210 millions d’euros (dont 202 millions venant de Bouygues Construction), et le bénéfice net progresse à 145 millions (+5 millions), dont 131 millions provenant de la construction (+22%) et 45 millions de l’immobilier (-12%).

 

Solides performances de la construction

 

Bouygues Construction a vu son chiffre d’affaires augmenter de 4% au premier semestre à 5,23 milliards d’euros (+7% en France et +1% à l’international) et son résultat opérationnel croître de 24% à 202 millions. Sa marge opérationnelle s’est donc améliorée de 0,7 point au premier semestre pour atteindre 3,9%, reflétant « la bonne maîtrise des chantiers en cours ».

Chez Bouygues Immobilier, le chiffre d’affaires progresse de 7% à 1,14 milliard au premier semestre. Son résultat opérationnel gagne 1% à 84 millions. La filiale dirigée par François Bertière réussit donc à maintenir une marge opérationnelle satisfaisante à 7,3% (-0,5 point) grâce au plan d’adaptation engagé dès l’an dernier pour s’adapter à une conjoncture qui risque d’ailleurs de rester difficile pendant plusieurs années.

En revanche, Colas est toujours à la peine. La filiale de Bouygues spécialisée dans les travaux routiers a presque stabilisé son activité (-1% à 5,56 milliards) mais creusé sa perte opérationnelle sur la période (-76 millions) à cause «des conditions climatiques très défavorables, en particulier en métropole et en Amérique du Nord» (lire notre article détaillé). Martin Bouygues n’a pas caché que son principal objectif au second semestre serait de rattraper son retard d’activité.

 

Des perspectives sécurisées par des carnets de commandes bien garnis

 

«Dans un environnement économique qui reste difficile, particulièrement en Europe, les carnets de commandes du pôle construction se maintiennent à un niveau élevé de 27,3 milliards d’euros » (-5% sur un an mais + 8% par rapport à fin juin 2011), juge Martin Bouygues. «C’est le résultat d’une présence géographique internationale forte et sélective et d’un savoir-faire reconnu sur les opérations complexes», insiste-t-il.

Les opérations complexes mises en avant par le P-DG sont par exemple la rénovation des hôtels de luxe (Le Crillon et le Ritz à Paris… Bouygues ayant ou étant en train de rénover 6 des 10 palaces parisiens), les complexes immobiliers, les tours de grande hauteur, les PPP et projets complexes ou encore les tunnels et les ponts.

A fin juin, les prises de commandes de Bouygues Construction s’élèvent à 5,1 milliards d’euros ce qui porte le carnet à 16,9 milliards, ce qui, selon les termes de Martin Bouygues, le PDG du groupe, «offre une forte visibilité sur l’activité future». D’autant plus que n’est pas comptabilisé le contrat de 1,15 milliards d’euros qu’il vient de remporter à Hong Kong pour un tunnel sous-marin (lire focus).

Yves Gabriel, P-DG de la filiale, peut se montrer serein à court et moyen termes. Il se veut toutefois prudent sur le long terme, son carnet de commandes à exécuter entre deux et cinq ans ayant fortement baissé depuis un an (2,9 milliards à fin juin contre 4,1 milliards en 2012) et sa prise de commandes ayant reculé de 27% au premier semestre, en particulier en France (-5% si l’on exclut trois contrats de plus de 600 millions entrés en portefeuille l’an dernier): «En Europe occidentale et plus particulièrement en France, nous ne sommes pas encore entrés dans la crise, analyse-t-il. La plupart des grands projets et des grandes opérations ont déjà été lancés, sauf peut-être le Grand Paris. Les économies de l’État vont se faire sur les dépenses d’investissements. En termes de volumes, nous allons entrer dans une période plus maigre et la concurrence s’exacerbe.»

Pour autant, Bouygues Construction met en avant sa forte présence en dehors de l’Hexagone. Ainsi, 46 % du carnet de commandes de Bouygues Construction et de Colas est à l’international, dont près de 40% dans les pays émergents.    

Du côté de Bouygues Immobilier, les réservations de logements du semestre ont crû de 3% à fin juin sur un an à 752 millions d’euros, dans un marché baissier.  François Bertière l’explique de plusieurs façons : un bon positionnement en moyenne et entrée de gamme (60% de sa clientèle est aujourd’hui constituée de propriétaires-occupants); un bon rapport qualité-prix ; la puissance commerciale du groupe et un effet marque indéniable. « Pour l’instant, le démarrage du Duflot est timide », regrette son P-DG qui juge qu’il s’agit d’un bon produit notamment pour les grandes villes de province et la région parisienne.

François Bertière, qui se félicite de l’adoption de l’ordonnance sur les recours abusifs (« nous avons plus de 3 000 logements bloqués aujourd’hui »), espère toutefois des avancées rapides pour inciter les investisseurs institutionnels à s’intéresser au logement intermédiaire et débloquer la question du foncier (fiscalité des plus-values notamment). En revanche, dans l’immobilier d’entreprise, marché plus irrégulier et particulièrement morose actuellement, les réservations ont chuté de 36% ce semestre à 203 millions. Le carnet de commandes de Bouygues Immobilier, qui atteint 2,8 milliards à fin juin, représente 14 mois de chiffre d’affaires.

 

Des objectifs 2013 légèrement révisés

 

Si les carnets de commandes des filiales du pôle construction permettent de « sécuriser les objectifs d’activité du groupe pour 2013 et d’aborder 2014 avec confiance », les difficultés de Bouygues Telecom ont amené Martin Bouygues à réviser légèrement son objectif de chiffre d’affaires pour l’année : «entre 33,2 milliards d’euros et 33,4 milliards d’euros», contre 33,45 milliards d’euros visés jusque-là, ce qui, au pire, ferait reculer le chiffre d’affaires du groupe d’1% par rapport à 2012. Mais au final, tout dépendra des performances du pôle construction.

 

 

Focus

Deux méga-contrats obtenus à l’international

Bouygues Construction, via ses filiales Dragages Hong-Kong et Bouygues Travaux Publics, vient de remporter un contrat de 1,15 milliard d’euros (lire le détail du projet) pour la réalisation d’un tunnel routier sous-marin de 4,2 km de long à Hong-Kong. Selon Yves Gabriel, PDG de Bouygues Construction, il s’agit du marché de conception-construction le plus important jamais attribué à Hong-Kong. En parallèle, le groupe a aussi annoncé qu’Americaribe, filiale américaine de Bouygues Construction, a gagné – en groupement à 50/50 avec l’entreprise américaine de construction John Moriarty & Associates of Florida – un contrat de 400 millions de dollars pour la réalisation de la première phase d’un projet immobilier multi-usages à Miami. Il s’agit du second contrat remporté par Bouygues Construction à Miami où l’entreprise réalise actuellement, dans le cadre d’un partenariat public-privé de 35 ans, le tunnel routier sous-marin d’accès au port de la ville. Le rêve américain se poursuit pour Bouygues qui se refuse pourtant à se donner des objectifs mais « jardine », selon les termes employés par Yves Gabriel,  pour pérenniser ses succès. « La construction est un métier de forain, explique Martin Bouygues. Nous sommes simplement attentifs aux opportunités.  Notre ambition reste d’arriver dans un pays avant les autres mais aussi en partir avant les autres.» 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X