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Le PLU de Rennes fait le pari de la densification maîtrisée

XAVIER DEBONTRIDE |  le 10/12/2004  |  SantéArchitectureAménagementUrbanismeRéglementation

Rennes est l'une des premières grandes villes à avoir adopté son plan local d'urbanisme (PLU), à la suite d'une démarche prospective fondée sur une longue tradition d'urbanisme. Confrontée à une forte croissance démographique, la capitale bretonne entend préserver son environnement et sa fameuse ceinture verte.

Un modèle, le projet urbain rennais ? Ses défenseurs en sont convaincus, encouragés par les témoignages reçus en octobre dernier de la part des nombreux spécialistes venus de toute la France débattre dans la capitale bretonne de l'expérience rennaise en matière de maîtrise publique de l'urbanisme.

Il est vrai que même si la flambée des prix de l'immobilier complique à présent la donne, la ville a conservé une trame harmonieuse, tout en renouvelant profondément sa physionomie à la faveur de grands équipements structurants, notamment le métro inauguré en 2002.

Ce n'est sans doute pas un hasard si Rennes figure parmi les toutes premières grandes villes françaises à avoir adopté son plan local d'urbanisme (PLU), en mai 2004. Elle jouit d'une longue tradition planificatrice et prospective dans ce domaine, initiée dès les années 50 par le maire démocrate-chrétien Henri Fréville et poursuivie par son successeur socialiste Edmond Hervé, élu pour la première fois en 1977. Cette longévité exceptionnelle du personnel politique local, mise au service d'une vision partagée de l'urbanisme, explique certainement la continuité des choix adoptés. La nouvelle étape franchie avec l'adoption du PLU reflète bien cette orientation. Elle s'inscrit dans le prolongement du premier « projet urbain » de 1991, qui avait débouché sur une révision du POS en 1998. Cette démarche novatrice pour l'époque avait notamment été marquée par l'abandon des traditionnels COS (coefficient d'occupation du sol) au profit de règles plus morphologiques qui ont permis le renouvellement de la construction, notamment le retour des immeubles d'angle marquant les carrefours, une des caractéristiques très visibles de la nouvelle politique d'urbanisme.

Large concertation

Ce travail en profondeur, réalisé antérieurement à la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) de décembre 2000, a évidemment servi de socle à l'élaboration du Projet d'aménagement et de développement durable (PADD), première étape de l'élaboration du volet réglementaire du PLU, engagé en octobre 2001 et adopté deux ans et demi plus tard. Un délai relativement court, caractérisée par une large concertation, notamment lors des enquêtes publiques, avec la tenue de grandes expositions au centre d'information sur l'urbanisme, implanté au coeur du plateau piétonnier rennais. 10500 habitants s'y sont rendus pour découvrir et comprendre les orientations de leur ville pour les dix ans à venir.

« Nous avons conduit de nombreux échanges avec les conseils de quartier et nos partenaires traditionnels : les promoteurs-constructeurs, les architectes, les commerçants, les notaires, et même le clergé », souligne Eric Tocquer, le responsable des études urbaines de la ville (voir ci-contre).

Le nouveau PLU met l'accent sur la densification, notamment en renforçant la construction d'immeubles le long de certains axes structurants. Toutefois, afin de préserver les différentes formes urbaines caractéristiques de la ville, une réglementation originale a vu le jour : le classement patrimonial d'intérêt local. Il permet de protéger un patrimoine remarquable au regard d'un quartier, sans pour autant qu'il s'agisse d'un bâti classé par les monuments historiques. Une initiative que la Ville de Paris a également repris dans son PLU en cours d'élaboration.

Rôle des ZAC

Parmi les outils privilégiés par les équipes rennaises, la ZAC occupe une place de choix. Au moment de la mise en révision du PLU, on recensait une trentaine de ZAC dotées de PAZ (plan d'aménagement de zone), certaines déjà achevées (Patton, Poterie, Cleunay), d'autres en voie d'achèvement (Saint-Hélier, Lorient-Saint-Brieuc, Arsenal) et d'autres en cours de réalisation, (Alphonse-Guérin, Le Mail, Beauregard).

Le PLU a créé un nouveau dispositif réglementaire (le zonage UO) favorisant le regroupement parcellaire à l'intérieur des périmètres des nouvelles ZAC.

Parmi celles-ci, certaines, par leur ampleur, jouent véritablement un rôle de laboratoire. C'est le cas de la Courrouze, au sud-ouest de la ville, une ancienne friche militaro-industrielle de 140 hectares à l'intérieur de la rocade qui sera aménagée selon les principes du développement durable par l'équipe d'urbanistes italiens Bernardo Secchi et Paola Vigano. Rennes doit relever un défi démocratique sans précédent, avec l'accueil de 60 000 nouveaux habitants à l'échelle de l'agglomération dans les dix ans qui viennent.

Le nouveau PLU donne à voir le visage de la capitale régionale à cet horizon. Mais la réflexion se déplace maintenant à l'échelle de la communauté d'agglomération car les limites de la ville-centre seront bientôt atteintes, une fois construits les derniers espaces urbanisables à l'intérieur de la « ceinture verte » qui enserre la ville après la rocade. Un symbole d'une certaine « qualité de ville » qu'il convient de préserver en inventant de nouvelles formes urbaines, plus denses, mais respectueuses de l'environnement.

PHOTOS :

L'une des orientations du PLU est la conservation d'une ceinture verte en périphérie de la ville.

Le PLU introduit une réglementation originale : le classement patrimonial d'intérêt local qui permet de conserver des bâtiments intéressants bien que non protégés au titre des monuments historiques.

PLAN ET DESSINS :

Plan de synthèse orientations d'aménagement par secteurs

Le PLU précise les principales affectations des terrains non construits à l'intérieur de la commune. Les secteurs en cours d'aménagement ou de construction bénéficient de plans de zonage plus détaillés que ceux du plan général, mais cependant moins précis que les anciens PAZ (plans d'aménagement de zone), qui disparaissent. Ci-dessus, deux grands secteurs en cours d'étude et d'aménagement : la ZAC Baud-Chardonnet (1) et la ZAC de la Courrouze (2).

« Nous développons une véritable maîtrise d'ouvrage urbaine » ERIC TOCQUER, architecte responsable des études urbaines à la Direction de l'Aménagement et de l'Urbanisme de la Ville de Rennes

Comment se construit le projet urbain rennais ?

C'est une démarche de projet continue, fondée sur des partenariats avec les maîtres d'ouvrage, les maîtres d'oeuvre et les autres collectivités. Le PLU n'est qu'un état du projet urbain à la date de son approbation, en mai 2004. Nous avons formalisé des projets à dix ans, mais ce document est enrichi au quotidien, à travers de nombreux allers et retours. C'est une vision de la ville qui se traduit par une image, mais aussi par une méthode et une démarche : nous développons une véritable maîtrise d'ouvrage urbaine, avec des professionnels qui maîtrisent la complexité et savent utiliser la boîte à outils du Code de l'urbanisme. Trois mots clés résument cette démarche : anticipation, ambition des projets, concertation.

Comment travaillez-vous ?

Nous sommes avant tout une équipe de projet : un service d'études, une force de proposition pour la programmation urbaine et l'aide à la décision. Nous avons vocation à aller chercher toutes les informations nécessaires pour l'élaboration du dossier de PLU. A Rennes, ce sont les services de l'urbanisme qui formalisent les documents. Il s'agit d'une spécificité à laquelle nous tenons beaucoup. Nous faisons appel à des prestataires extérieurs pour expertiser ce que nous écrivons ou proposons, mais nous considérons qu'on ne peut pas sous-traiter un projet urbain de ville à un cabinet extérieur, car cet exercice requiert une très bonne connaissance du terrain. Et nous assurons le service après-vente de notre production dans la durée, ainsi qu'une formation et une assistance aux utilisateurs du PLU.

Vous avez édité un CD-Rom sur le PLU. Qu'apporte cet outil ?

Le CD-Rom est un élément important de la démarche rennaise. Il y a eu trois versions successives : ce fut un vecteur de concertation déterminant. Nous avons réalisé un important travail de cartographie, qui exprime des synthèses et donne une vue globale sur des échelles d'espace que la population n'a pas l'habitude d'appréhender. Ce travail cartographique permet d'avoir des échanges, non pas sur leur environnement immédiat, mais sur le devenir de la ville et les politiques urbaines mises en oeuvre.

Vous avez introduit la notion de patrimoine d'intérêt local. De quoi s'agit-il ?

Le renouvellement urbain ne doit pas porter atteinte aux éléments de mémoire de la ville. Ce classement du PLU recense les bâtiments de qualité qui participent de l'identité et de l'image que les habitants ont de leur quartier. Ce n'est pas du bâti de prestige, relevant d'un intérêt patrimonial majeur, mais il est important que ces éléments soient préservés. Il ne faut pas que l'initiative privée puisse les démolir, ni même que leurs propriétaires les dénaturent en les modifiant sans respecter leurs caractéristiques. Ce dispositif réglementaire le permet, avec l'appui des architectes-conseils de la ville.

« Une ville qui ne construit pas est une ville qui exclut » EDMOND HERVE, maire de Rennes, président de la communauté d'agglomération Rennes Métropole

Vous défendez la notion de « projet urbain ». De quoi s'agit-il ?

Le projet urbain, c'est l'idée que l'on se fait de la ville à moyen et long terme. Lorsque l'on se réfère à la loi SRU, le projet urbain apparaît comme la projection territoriale des fonctions et des activités de la ville. Juridiquement, il correspond à une définition très territorialisée. Mais intellectuellement et politiquement, il va bien au-delà de cette approche. Une ville, c'est d'abord une population, présente et à venir. Cette référence contient une charge humaniste déterminante. Il faut donc proposer une approche globale et prospective de la ville. Cette conception doit être durable, afin d'en assurer la pérennité. Elle doit aussi être solidaire, car la ville, c'est le vivre ensemble. Enfin, il faut qu'elle soit assurée, et c'est l'un des objectifs du document réglementaire que constitue le PLU.

Quels en sont les grands principes ?

Je suis très attaché à la notion de mixité avec un grand M, qui doit se décliner dans différents domaines. La mixité sociale d'abord, avec l'objectif de réaliser 25 % de logements à caractère social sur le territoire. La mixité géographique, ensuite : au cours des vingt dernières années, tous les quartiers rennais ont participé à l'accueil du logement social. La mixité des activités, pour éviter les ghettos, avec des quartiers qui proposent de l'habitat, des services, des emplois. Enfin, je défends l'idée de la mixité intergénérationnelle : le droit à la ville doit être vécu par toutes les générations, sans exclusive. C'est là que je retrouve l'impératif de la construction : une ville qui ne construit pas, ou insuffisamment, c'est une ville qui exclut.

Cette politique n'a pourtant pas permis d'éviter la flambée de l'immobilier rennais, facteur d'exclusion des ménages les plus modestes.

Je reconnais que même avec un volontarisme politique réel et durable, on rencontre des difficultés. Mais la situation serait encore plus difficile si nous avions laissé faire le marché. Il faut à présent que nous partagions cette volonté à l'échelle de l'agglomération. C'est tout l'enjeu du programme local de l'habitat de Rennes Métropole.

Le PLU, adopté en mai 2004, consacre la notion de densité urbaine. Est-ce une issue incontournable ?

Nous avons le devoir de préserver le monde rural et d'éviter le stress foncier. C'est la raison pour laquelle je souhaite que les opérations d'extension urbaine privilégient de nouvelles configurations de lotissements, plus resserrés, avec des petits collectifs et des maisons individuelles. Quant à la reconstruction de la ville sur elle-même, elle suppose que sur certains axes structurants, nous atteignions une densité « acceptable ». Dans le PLU, ce mouvement de densification s'accompagne d'une augmentation de la surface pavillonnaire, en permettant notamment l'extension des maisons existantes, afin qu'elles puissent accueillir des familles plus nombreuses. Ce qui participe à la mixité intergénérationnelle que j'évoquais à l'instant.

L'agglomération rennaise est caractérisée par ses « ceintures vertes ». Est-ce un luxe que l'on pourra s'offrir encore longtemps compte tenu de la progression démographique attendue ?

Ce n'est pas un luxe, mais une nécessité pour respecter l'attractivité de notre territoire. C'est la raison pour laquelle la démarche communautaire, fondée sur le polycentrisme, est déterminante pour assurer cette cohérence et faire partager cette conviction.

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L'EXPERT «Des conditions très favorables»

« Je ne suis pas sûr que la démarche française en matière d'urbanisme soit fondamentalement différente de celle qu'on pratique en Italie. On a pourtant l'impression qu'elle est plus claire et transparente. Appel d'offres, marchés de définition, concours... donnent au concepteur une idée très claire de ce qu'on attend de lui, des relations entre les différents acteurs, des limites à ne pas dépasser... Souvent, on trouve en France des élus et des administrations qui ont un projet politique très clair poursuivi dans la durée : les cas de Lille, de Rennes, de Saint-Nazaire sont exemplaires, et c'est la condition pour obtenir des résultats satisfaisants.

Pour notre part, nous avons trouvé à Rennes des conditions très favorables. A partir du marché de définition, nous avons eu des réunions avec un comité de suivi très ouvert, qui posait des questions pertinentes, et qui nous a permis de bien comprendre la hiérarchie des objectifs de la ZAC de la Courrouze.

Le comité de pilotage nous pousse vers l'innovation et en même temps nous signale ce qui est incontournable. Je dois avouer que ces réunions sont toujours très intéressantes, pas seulement utiles. Pour inventer la mixité dans toutes ses dimensions sociales, économiques, démographiques, et faire du développement durable de manière non inflationniste, il est très important d'avoir un lieu où avancer et discuter, avec des gens compétents. »

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Bernardo Secchi, architecte urbaniste italien, en charge depuis 2003 de la conception de la ZAC de la Courrouze, au sud-ouest de Rennes, livre ses réflexions sur l'urbanisme « à la française ».

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