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Le photovoltaïque dans l'âge de raison
Installation d'une toiture photovoltaïque à Trevoux (01) - © ©CC Qualit'EnR 2008 / Solaris - Claude Gaget

Le photovoltaïque dans l'âge de raison

Romain Hugonnet |  le 07/03/2010  |  Technique

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En revoyant les tarifs d'achat de l'électricité d'origine solaire à la baisse, le gouvernement français a insufflé un coup de froid sur la filière. Pourtant, le photovoltaïque continue d'aiguiser les appétits des producteurs, notamment industriels qui investissent massivement dans ce vaste filon énergétique. En 2010, la filière solaire française pourrait se «normaliser» après une flambée inédite.

«La fête est finie». En début d'année, le gouvernement a repris la filière photovoltaïque en main en annonçant d'une part, une baisse les tarifs de rachat de l'électricité d'origine photovoltaïque et en modifiant d'autre part, les règles relatives au dépôt des projets les plus récents. Une décision prioritairement destinée selon le ministère de l'Écologie à «supprimer les effets d'aubaine et à stopper la spéculation née en fin d'année dernière».
Dans un communiqué du 17 février, le ministère précisait ainsi que le nouvel arrêté tarifaire du 12 janvier 2010 assure«une plus juste rémunération»aux projets basés sur l'énergie solaire . Il confirmait également que «les projets peu avancés devront faire l'objet d'une nouvelle demande d'achat de l'électricité aux nouvelles conditions tarifaires». En d'autres termes, le gouvernement mettait fin à la flambée du photovoltaïque débutée en juillet 2006 à la faveur de tarifs de rachat très attractifs.
À l'époque, ces tarifs devaient tirer la production d'électricité photovoltaïque vers le haut pour permettre à la France de rattraper son retard. En quatre ans, cette initiative a dépassé les espérances des pouvoirs publics en dopant la puissance installée du photovoltaïque français (de 35 MWc, pour MW crête, en 2007 à 250 MWc en 2009 !). Selon un récent rapport du cabinet PriceWaterhouseCoopers, cette croissance place l'Hexagone en 7e position des pays producteurs dans le monde en 2009 (12e en 2008). Ces bonnes conditions tarifaires ont toutefois généré un effet pervers avec la multiplication de «producteurs opportunistes». Encouragés par la baisse des prix des modules photovoltaïques, particuliers et professionnels ont constellé leurs surfaces de panneaux afin de produire une électricité obligatoirement rachetée par EDF au tarif préférentiel. Selon le gouvernement, «l'engagement financier potentiel de cette bulle spéculative avait atteint plus de 50 milliards d'euros sur 20 ans et la prise en charge de cet engagement aurait nécessité un relèvement de plus de 10% du prix de l'électricité !».

Une énergie abondante et inépuisable

Après quatre années folles, les derniers ajustements tarifaires avaient donc pour objet le stabiliser le marché photovoltaïque français (cf. entretien avec Arnaud Mine). Historiquement, cette industrie a longtemps souffert de la fragilité de ses produits comme de son manque de rentabilité. Les tarifs, le Grenelle Environnement ainsi que le facteur 4 (1) lui ont redonné un coup de jeune. À l'heure où les sources fossiles sont de plus en plus contingentées, le solaire bénéficie quand à lui, de gisements abondants et inépuisables. Le syndicat des énergies renouvelables rappelle ainsi que «le rayonnement solaire qui atteint la surface terrestre permettrait en théorie de couvrir plus de 10 000 fois la consommation totale de la planète. Dans le monde, chaque mètre carré reçoit en moyenne 1 700 kWh par an ! ».
En France, le marché du photovoltaïque attire de nouveau les grands producteurs industriels à l'instar d'EDF Energies Nouvelles (filiale à 50% d'EDF) dont la capacité solaire a été quasiment multipliée par quatre en 2009 pour atteindre à 80,9 MWc.
L'année dernière, l'énergéticien a également initié la construction de près de 116 MWc supplémentaires, avec pour objectif d'atteindre 500 MWc de capacité nette à fin 2012? D'autres producteurs comme GDF Suez sont également engagés dans la course au solaire. En début d'année, Electrabel - filiale du groupe - a annoncé la mise en chantier de «la plus grande centrale photovoltaïque de France» d'une puissance de 33 MWc. Située à Curbans dans les Alpes de Haute Provence, ce parc de production de 60 hectares accueillera bientôt 145 000 panneaux solaires qui produiront chaque année 43 millions de kilowatts-heure, soit l'équivalent de la consommation d'électricité d'une ville de 15 000 habitants (hors chauffage). Sa mise en service est programmée en 2011.

Renforcer l'amont de la filière solaire

D'ici deux ans, l'ensemble de ces investissements devraient permettre à la France d'atteindre une puissance totale installée de plus de 500 MWc. Une progression rapide mais qui laisse toujours l'Hexagone loin derrière l'Espagne et l'Allemagne avec des puissances respectives de 3,5 GWc et 7 GWc? Du côté des fabricants de panneaux, la France accuse également un certain retard.
En moyenne, seul un panneau sur cinq installé dans l'hexagone a été complètement produit sur le territoire.
Allemands (Q-Cells), Japonais (Sharp et Kyocera) et Américains forment le trio de tête de la production de modules et près de deux tiers du marché mondial est détenu par les dix plus grands fabricants.
L'étude de PriceWaterhouseCoopers pointe ainsi l'indigence française dans la «production solaire amont». Cette filière tente toutefois de s'organiser à l'image de Tenesol, leader français des solutions photovoltaïques qui a récemment initié la fabrication d'une partie de ses modules. Pour cette filiale détenue à parité par EDF et Total, «l'enjeu est de réduire les coûts de transport des matériels et de diminuer ainsi leur impact écologique». Crée il y a à peine deux ans, Solairedirect fait partie des start up prometteuses de la filière avec un parc solaire de 20,6 MWc (installé en France et en Afrique du Sud).
L'entreprise qui a récemment commandé une étude à Opinionway sur les «sources d'énergie d'avenir», veut tripler sa production d'ici la fin de l'année (60 MWc). Une ambition soutenue par son sondage qui souligne que «69% des Français place l'énergie solaire photovoltaïque en tête des énergies à développer» (suivi du solaire thermique et de l'éolien). Après un (re)décollage rapide, l'industrie photovoltaïque a donc toutes les raisons de poursuivre sa belle croissance en évitant pour autant les coups de chaud des dernières années.


Paru dans Enerpresse n° 10019 du 24 Février 2010

(1) Le Facteur 4 désigne l'engagement pris par la France en 2003 de diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre du niveau de 1990 d'ici à 2050. Un objectif validé par le Grenelle Environnement en 2007.
Sources : Ministère de l'Écologie, de l'Énergie et du Développement durable, ADEME, Syndicat des énergies renouvelables, EDF Energies Nouvelles, Tenesol.

Trois questions à Arnaud Mine, président de Soler (*)

Comment analysez-vous la volte face gouvernementale sur le tarif d'achat de l'électricité photovoltaïque ?
Arnaud Mine : La modification du dispositif tarifaire est assez compréhensible. Le problème, c'est qu'au travers des nouvelles règles édictées en janvier, les pouvoirs publics vont probablement écarter des projets de bonne foi et ralentir quelque peu l'intégration du photovoltaïque dans les constructions neuves. L'ancien tarif d'achat de l'électricité photovoltaïque avait certes créé un effet d'aubaine mais il est indéniable qu'il a été un levier fort pour la généralisation de cette technologie dans les bâtiments. Enfin, l'engouement pour le solaire est autant à mettre à l'actif des tarifs d'achat que de la baisse de prix des modules photovoltaïques.
Est-ce que le marché du photovoltaïque va poursuivre sa forte croissance ?
A.M. : En France, le marché du photovoltaïque se porte bien et va certainement poursuivre sa croissance. Sa capacité installée a augmenté de 60% au cours des deux dernières années ! À ce rythme, ce marché risquait néanmoins une surchauffe car l'appétit des nouveaux entrepreneurs créait une bulle et risquait aussi d'altérer la qualité des projets. Les nouvelles conditions tarifaires vont donc encourager les industriels, les agriculteurs ou la grande distribution à réfléchir plus profondément à la pérennité de leurs installations. Au-delà du tarif, l'étape suivante consiste à imposer des critères de performance énergétique tels aux bâtiments neufs que le photovoltaïque s'imposera de lui même.
Quel type d'encouragements ce marché peut-il recevoir ?
A.M. : Pourquoi ne pas aménager certains dispositifs comme la loi Sellier ? Aujourd'hui, la réduction d'impôt dans le cadre du dispositif Sellier n'est applicable qu'aux logements neufs dont les performances énergétiques sont conformes à certaines prescriptions (Article L111-9 du Code de la construction). L'idée serait dans un premier temps de rendre ces normes plus strictes pour les candidats à la défiscalisation. Dans un deuxième temps, les pouvoirs publics pourraient aussi les étendre à l'accès au foncier pour les industriels ou les grandes surfaces. Lors d'appels d'offres de nouveaux sites, les candidats seraient prioritairement sélectionnés à l'aune de leurs cahiers des charges énergétiques. En favorisant les plus vertueux, les pouvoirs publics créeraient alors un nouveau levier pour les énergies renouvelables.
(*) Branche photovoltaïque du Syndicat des énergies renouvelables

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