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Le Père Lachaise apaise le deuil périnatal
- © Laurent Miguet

Le Père Lachaise apaise le deuil périnatal

Laurent miguet |  le 23/07/2018  |  Espaces vertsServices territoriaux d’espaces vertsEspace public

Un guide des lieux de recueillement pour les tout-petits, finalisé cet été par l’association Petite Emilie, s’appuie sur une expérience pilote : la ville de Paris a dédié un espace au deuil périnatal, dans le cimetière du père Lachaise. Conçu et réalisé en régie, cet aménagement résulte d’une consultation des usagers et associations spécialisées.

 

Clair et sinueux, le chemin encadré d’arbres et de graminées contraste avec le quadrillage orthogonal des divisions délimitées par des allées rectilignes. Juste à droite d’une entrée éloignée des flux touristiques attirés par les tombes célèbres, le cimetière du Père Lachaise accueille l’un des premiers espaces publics français dédié au deuil périnatal, dans un rectangle de 200 m2 dessiné par Martine Lambert, paysagiste au service du patrimoine et de l’aménagement de la direction des espaces verts et de l’environnement de la ville de Paris. Au bout du chemin, un arbre gravé sur une stèle de verre adresse un message de vie aux proches des bébés morts in utero ou dans les jours qui ont suivi leur naissance. Les familles peuvent déposer le médaillon, remis à l’issue de la crémation, dans l’urne située au pied de cette œuvre.

 

Usagers associés

 

« Cet espace peut toucher les adeptes de toutes les religions comme ceux qui n’en en ont aucune. La nature, les  plantes, le parcours : pas besoin de symbolique plus poussée », commente Silvia Zagheno. Architecte paysagiste affectée par la mort de sa fille au bout de huit mois de grossesse, elle a répondu en 2014 au questionnaire lancé par la ville de Paris pour finaliser l’aménagement de l’espace inauguré le 15 octobre 2016, à l’occasion de la journée mondiale du deuil périnatal. Le maître d’ouvrage a consulté aussi bien les associations spécialisées que des groupes d’usagers.

« Pour le choix de l’implantation et l’intégration au site, nous nous sommes également appuyés sur les conseils de l’Architecte des bâtiments de France », complète Joëlle Chouard, ingénieur adjointe au chef de la division technique au service des Cimetières de Paris. Dans le domaine du périnatal, la ville approfondit au Père Lachaise un travail de réécriture contemporaine des aménagements funéraires : « Nous cherchons à renouveler, diversifier et moderniser l’offre », confirme Joëlle Chouard.

 

7000 familles par an

 

Le projet public a réconforté la mère et stimulé l’architecte paysagiste : Silvia Zagheno mis au monde son fils en 2016 ; elle s’est appuyée sur la référence parisienne pour en partager les bienfaits avec les 7000 familles frappées chaque année en France par la mort d’un bébé, au terme de sa gestation. La conceptrice a donné les contributions graphiques et les références architecturales – notamment  celle du cimetière suédois de Gunnar Asplund - qui émaillent les 43 pages du guide finalisé au début de l’été par l’association Petite Emilie, sous le titre suivant : « Le deuil périnatal – Les lieux de recueillement et les rituels pour les tout-petits – Une étape dans le parcours de deuil ». Préfacé par Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris chargée des espaces verts et du funéraire, le document s’adresse aux communes. Silvia Zagheno en a inspiré la partie centrale, intitulée « Comment réaliser un lieu de recueillement ».

Le guide formule sans détour la délicate question des objets personnels que les familles souhaitent associer aux lieux de recueillement : « Comment permettre aux parents de laisser une trace de leur propre enfant sans occuper les lieux et dans le respect de la législation » ? « Seul le dépôt de fleurs coupées est autorisé », rappelle le panneau, sous la stèle de verre du père Lachaise. Les jardiniers municipaux les enlèvent à fanaison.

Doudous numérisés

 

Entre les fleurs, quelques doudous rescapés illustrent le problème qui se posait déjà plus massivement au cimetière parisien de Thiais (Val-de-Marne), où, jusqu’en 2016, les familles recevaient, sous forme de médaillons, les cendres trop peu volumineuses pour justifier des urnes. « Sous une triste stèle qui ressemblait à une borne kilométrique, la ville de Paris avait la délicatesse de tolérer les nounours ou les photos, malgré l’interdiction d’exposer les objets personnels sur la place publique », décrit Silvia Zagheno. Ces dépôts motivaient régulièrement des plaintes à la mairie.

Les technologies numériques vont-elles résoudre le problème ? Depuis quelques semaines au Père Lachaise, une borne métallique matérialise cette perspective, dans l’espace dédié au deuil périnatal, avec la mention suivante : « Mesdames, messieurs, cette borne informatique vous permettra prochainement de déposer des messages, des photos, qui pourront être lus par vos proches ». La ville de Paris confirme la mise en service, en septembre prochain, de cette borne connectée à un site web.

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