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«Le passage de l'Anru 1 à l'Anru 2 a manqué de lisibilité»
Selon Olivier Klein, 15 000 démolitions et 3 000 constructions sont déjà actées dans le cadre de l’Anru 2. - © BRUNO LEVY / LE MONITEUR

Interview

«Le passage de l'Anru 1 à l'Anru 2 a manqué de lisibilité»

Propos recueillis par Barbara Kiraly, Fabien Renou et Sophie Vincelot |  le 18/10/2018  |  Droit de la constructionAnru 2APLLoi ElanOlivier Klein

Olivier Klein, président de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). Budget, relations avec les partenaires… Le président de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine fait le point un an après sa nomination.

Baisse des APL, rapport Borloo, loi Elan… Vous attendiez-vous en novembre 2017 à une arrivée si mouvementée ?

Pas forcément, mais si l'année a été agitée, elle a aussi permis de passer d'une période de doutes et d'incertitudes à une période qui conforte l'Anru et lui permet d'accélérer fortement le déploiement de son programme. Outre le contexte autour de la baisse des APL et de la loi Elan, des incertitudes ont pesé sur la pérennité de l'agence ou la création d'une autre entité censée accélérer le processus de décision. Les élus étaient impatients de voir leurs projets et les financements qui les accompagnent validés.

Le passage de l'Anru 1 [PNRU] à l'Anru 2 [NPNRU] a probablement manqué de lisibilité. Il aurait été plus clair d'évoquer un prolongement. Et boucler l'Anru 1 et lancer l'Anru 2 en même temps était compliqué car, en 2015, il restait 3 Mds € d'opérations à financer. Aujourd'hui, il ne reste plus que 1 Md €. Nous nous sommes donc donné le temps de mûrir le deuxième programme.

Cette maturation a tout de même duré trois ans et demi, le NPNRU ayant été lancé en décembre 2014…

L'Anru 1 avait des avantages : une signature rapide permettait d'avoir une idée claire des enveloppes financières. Cela rassurait les élus. Mais le projet n'était pas bouclé pour autant. A Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), dont je suis maire, nous avons signé le premier PNRU en 2004, mais le premier immeuble n'a été livré qu'en 2008. J'espère que, depuis, nous nous sommes améliorés au niveau de la phase préalable d'un projet, notamment grâce au protocole de préfiguration.

La réforme des intercommunalités, notamment en Ile-de-France, a aussi ralenti les processus parce qu'elle a modifié les équilibres. Enfin, dans le cadre de l'Anru 2, nous avons délivré beaucoup d'autorisations de démarrage de travaux anticipés. De nombreuses opérations ont été lancées avant de passer en comité d'engagement. C'est moins visible, mais plus efficace.

"De nouvelles opérations seront validées chaque mois"

Quel volume représentent ces opérations anticipées ?

Nous comptions, à l'étape de la préfiguration, 15 000 démolitions, 3 000 constructions et plus de 50 équipements publics. Aujourd'hui, on a déjà inauguré des écoles et des logements financés sur l'Anru 2. Par ailleurs, des démolitions ont déjà eu lieu, de nombreuses autres se dérouleront en 2019 grâce aux relogements initiés il y a deux ou trois ans. Enfin, de nouvelles opérations seront validées chaque mois.

Certains critiquent l'aspect technocratique de l'Anru. Comment améliorez-vous la relation avec les partenaires ?

Depuis un an, nous avons organisé des réunions avec les élus locaux, les équipes techniques des villes et nos directions territoriales pour travailler à l'amélioration de notre fonctionnement. Nous veillons à ce que nos équipes locales, en contact direct avec les élus, accompagnent les projets avec efficacité et pragmatisme.

Enfin, dans un souci de renforcer la transparence, nous avons supprimé la réunion technique partenariale qui consistait à présenter le projet aux représentants de l'Anru et de ses partenaires, sans la présence des élus. Depuis le 25 mai, nous avons validé 80 projets correspondant à près de 2 Mds €. Et cela va continuer ! Les élus qui ont vu leurs projets actés me paraissent satisfaits de notre écoute et de notre accompagnement.

"Le doublement du budget, à 10 Mds €, est devenu une réalité"

Pourquoi cette accélération ?

Nous avons largement déconcentré les projets d'intérêt régional pour que les préfets puissent les analyser rapidement. Le doublement du budget, à 10 Mds €, est devenu une réalité. Même si cette mesure était acquise à mon arrivée, sa mise en place a pris plus de temps dans le contexte national complexe. Enfin, les bailleurs sociaux ont eu besoin d'atterrir, avec la baisse des APL, mais ils s'engagent désormais fortement, tout comme les collectivités. Nous voulons valider la totalité des projets d'ici à la fin 2019, dont une majorité avant l'été.

Les bailleurs sociaux remettent-ils en cause des projets ?

Il y a eu une phase d'interrogation. Or, nous ne pouvons pas construire un projet Anru sans leur soutien et leur volonté. Nous avons donc amélioré nos conditions de financement, en particulier sur les démolitions, et créé une commission d'accompagnement pour les organismes les plus fragilisés par la baisse des APL afin d'analyser leur situation et d'adapter les aides.

Nous constatons, au vu des projets validés, que les bailleurs s'engagent sur des opérations plutôt ambitieuses parce qu'ils saisissent l'opportunité du programme Anru, et sont convaincus du bien-fondé des évolutions qu'il permet.

Le financement des démolitions a été amélioré, mais il reste insuffisant selon certains bailleurs sociaux…

Dans le cadre de l'Anru 1, les règles étaient plus avantageuses car nous voulions un effet de volume sur les démolitions, au risque parfois d'une forme d'effet d'aubaine. Le balancier est sans doute parti trop loin dans l'autre sens en 2015, dans le contexte d'un programme limité à 5 Mds €. Nous l'avons donc réajusté lors des décisions du conseil d'administration du 25 mai 2018, grâce au doublement financier du programme. Les bailleurs s'y retrouvent aussi largement.

"Nous interviendrons sur les copropriétés dégradées qui doivent disparaître, dans le cadre d'une démolition"

Comment ne pas reproduire les problèmes rencontrés en matière de démolition dans certains quartiers présentant des enjeux patrimoniaux comme la cité de l'Etoile à Bobigny ?

Nous travaillons avec le ministère de la Culture sur l'identification de sites sensibles et nous associons le plus en amont possible les architectes des bâtiments de France. Il faut parfois trouver le bon compromis. Il n'y a pas de règle absolue, pas de dogme en la matière. Par exemple, nous ne détruirons pas massivement les tours Nuages à Nanterre, pour autant, c'est le quartier qui essuie le plus grand nombre de refus d'attribution de logements sociaux dans cette ville…

L'Anru financera 500 M€ du plan de lutte contre les copropriétés dégradées. Quelles seront vos missions ?

Cette somme sera mobilisée dans le cadre de l'enveloppe de 10 Mds €. Nous interviendrons sur les copropriétés dégradées qui doivent disparaître, dans le cadre d'une démolition, ou parce que ces logements intégreront le parc social.

C'est un enjeu essentiel, car nombre de territoires sont concernés, et notre partenariat très étroit avec l'Anah permet de trouver les solutions adaptées à chaque situation, dont on connaît la complexité de traitement d'un point de vue juridique, financier et temporel.

"Nous avons imaginé des fonds d'investissement thématisés"

Quel est le bilan du programme de co-investissement de 200 M€ lancé par l'Anru ?

Nous avons investi avec la Caisse des dépôts 40 M€, à chaque fois de manière minoritaire, dans cinq opérations qui représentent 250 M€ d'actifs. Il s'agit, par exemple, d'un centre commercial dans le sud de Lille, d'un immeuble de bureaux acheté en blanc à Marseille et aujourd'hui loué entièrement, d'une résidence seniors, etc.

Reste 160 M€ à investir ; des projets significatifs sont en cours de négociation. Nous avons donc imaginé la mise en place de fonds d'investissement thématisés et dédiés à des actifs bien spécifiques, comme les crèches, les résidences étudiants, etc.

Comment s'articulera le rôle de l'Anru avec celui de la future Agence nationale de cohésion des territoires ?

La cohésion des territoires est une mission qui correspond bien à notre action. Nous poursuivrons la réalisation de nos missions en étant partenaires et fortement associés à la nouvelle agence. Par ailleurs, nous travaillons déjà évidemment avec l'Anah, avec l'Epareca qui intègre la nouvelle agence, ou avec l'Ademe qui collaborera aussi avec elle. C'est une bonne nouvelle, sous réserve que rien ne vienne freiner l'action de l'Anru et l'accélération du déploiement du programme.

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