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Le musée Unterlinden, entre mémoire et modernité

le 15/03/2013  |  Haut-RhinFrance entièreCollectivités localesBâtimentCulture

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Colmar -

Le plus grand chantier jamais engagé par la ville de Colmar donne au musée emblématique de l’Alsace sa physionomie du XXIème siècle, 165 ans après son ouverture.

A posteriori, le choix de l’architecte s’impose comme une évidence. Qui, mieux que Herzog & de Meuron, pouvait interpréter la partition à la fois locale et internationale demandée par la ville, à l’occasion du plus grand chantier de son histoire ? Consacrés par le prix Pritzkler et par le stade des jeux olympiques de Pékin, les voisins bâlois poursuivent à Colmar la recherche d’une synthèse ambitieuse entre mémoire et modernité, déjà exprimée à Londres dans la Tate Modern. A l’articulation douce entre les architectures médiévale, néobaroque et contemporaine, s’ajoute la sortie par le haut du bras de fer qui a longtemps opposé la ville, partisan d’une extension aérienne, et la direction des musées de France, qui défendait une option souterraine : la réponse de Herzog & de Meuron associe une galerie semi-enterrée et une aile nouvelle. L’idée d’une salle événementielle, dans les anciens bains, stimulera l’appropriation de l’équipement par les colmariens, dont beaucoup ont appris à nager sur ce site.

Le maître d’ouvrage a tiré parti d’une décennie de gestation : « Lors de la négociation du contrat de projets, il n’y avait pas d’autre dossier culturel prêt à démarrer », souligne Gilbert Meyer, maire de Colmar. La fréquentation vient en tête de ses préoccupations : comment ramener un minimum de 320 000 visiteurs par an, au lieu de 150 000 en 2010, dans le musée encyclopédique majeur de l’Alsace, depuis sa création en 1848 ?

Posture d’humilité

La clé de la réponse architecturale prend la forme humble d’une « petite maison », au centre de l’emprise et de la place Unterlinden. Entre le couvent médiéval qui abrite les collections anciennes d’une part, l’aile nouvelle et les anciens bains municipaux d’autre part, les architectes n’ont pas choisi son implantation au hasard : « Nous reprenons le volume d’un ancien bâtiment qui servait autrefois d’entrée aux dépendances du couvent », précise Christine Binswanger, chef de projet et Senior Partner de l’agence Herzog & De Meuron. Au-dessus du canal remis au jour, ce pavillon laissera entrevoir la galerie souterraine, pour mettre en appétit les passants.

Lauréate du concours d’architecture en octobre 2009, l’agence bâloise n’a pas attendu la notification des marchés, en mai 2012, pour mobiliser le meilleur du savoir-faire d’une poignée d’entreprises locales. Toutes se souviendront de la visite guidée au musée des Arts et traditions populaires de Bâle, au cours de laquelle Herzog & De Meuron a détaillé son savoir-faire et ses objectifs d’excellence. Le respect d’exigences sans précédent, avant et pendant les travaux, justifie la fierté de participer à une opération qui, pour la plupart des entreprises retenues, suscite le plus gros marché de l’année 2013.

Prototype à l’échelle 1

Sans certitude de remporter les appels d’offres, elles ont participé en 2011 à la réalisation d’un mur prototype de 11 m à l’échelle 1, pour permettre aux architectes de vérifier la faisabilité des concepts développés pour l’aile neuve. Des murs enveloppés de briques cassées, selon un calepinage précis, prolongent des recherches menées à Londres sur la matérialité de la façade ; des ouvertures rectangulaires à l’intérieur se transforment en baies ogivales à l’extérieur, pour harmoniser l’œuvre contemporaine avec le couvent gothique.

« L’agrafage des briques sur le mur en béton isolé par l’extérieur crée une occasion rare de marier le savoir-faire de nos équipes spécialisées respectivement en gros œuvre et en monuments historiques », s’enorgueillit David Croci, qui a piloté cette phase préparatoire comme chef du département monuments historiques de l’entreprise Scherberich. Egalement colmarien, le couvreur Schoenenberger salue l’écoute des architectes suisses, qui ont retenu ses propositions pour dissimuler les chenaux, à la jonction invisible entre la toiture le bardage en cuivre : « Jamais nous n’avions eu l’occasion d’appliquer une esthétique contemporaine à ce matériau noble et ancien, sur une telle surface », s’enthousiasme le directeur technique Claude Schoenenberger. La créativité de l’entreprise s’est également appliquée à la sécurité, avec la conception de garde-corps amovibles au fur et à mesure de la progression du chantier.

Egalement associé au prototype, le plâtrier WereyStenger identifie son morceau de bravoure dans l’escalier hélicoïdal de trois niveaux qui donnera accès à la mezzanine des anciens bains municipaux. La vérification de la résistance des plaques de staff à la perforation acoustique pousse la PME alsacienne dans ses retranchements, mais sans la désarçonner : « La rigueur de l’architecte et ses exigences de validation en amont nous vont bien : cela correspond aux habitudes de l’entreprise », soutient Christophe Missenard, conducteur de travaux. « La tradition d’un artisanat de qualité, commune à l’ensemble de l’espace rhénan, s’ajoute à la volonté générale des entreprises d’aller au-delà de leurs limites habituelles, d’ajouter une dimension artistique au simple respect des normes », se réjouit l’architecte Christiane Binswanger.

Passage étroit

L’harmonie du résultat final contraste avec la vision du chantier au premier trimestre 2013. L’espace contraint conduit à des impacts sur les bâtiments environnants : la sortie de secours du cinéma voisin emprunte les locaux techniques municipaux implantés dans une ancienne laiterie. A 8 m sous le niveau du sol, les fondations de l’aile neuve s’organisent autour d’un radier. Selon la méthode dite de la paroi parisienne, Botte Fondations (Vinci) cale les pieux sur une poutre de couronnement, proche de la surface, tout en surveillant les éventuels mouvements de terrain à l’aide d’un réseau de cibles témoins. Sur la place Unterlinden où s’est implantée la base vie, il faut encore de l’imagination pour percevoir les délicats rattrapages de niveau qui concilieront l’accessibilité des personnes handicapées et la visibilité de l’office du tou-risme, sur la façade des anciens bains.

À l’intérieur de ces derniers, les planchers s’adaptent à des charges qui, dans la salle événementielle, atteindront jusqu’à 620 kg/m2,

grâce à des renforcements de béton et de métal, voire à des reconstructions complètes, quand les ravages du chlore se révèlent irrémédiables. Autre chantier sur bâtiment existant, la restauration du couvent médiéval n’a commencé qu’au début de l’année, autour de la future entrée du musée. « A gauche de cette dernière se situe le point névralgique de toute l’opération, qui conditionne à la fois la galerie souterraine, les aménagements extérieurs et la restauration du couvent », résume Antoine Rinaldi, titulaire de la mission d’ordonnancement, pilotage et coordination pour le compte de Realbati. Après 2014, les visiteurs choisiront, à partir de ce sas, de s’orienter vers les salles historiques ou contemporaines.

À cette échéance, la restitution du couvent médiéval gardera un goût d’inachevé : en interdisant le déménagement provisoire du retable d’Issenheim pendant la durée du chantier, le ministère de la Culture aura contraint la maîtrise d’œuvre à abandonner l’idée d’aménager un écrin contemporain associant des fonctions esthétiques et de régulation thermique à la hauteur du statut du chef-d’œuvre mondial. D’autres étapes de restauration se profilent pour les décennies à venir, mais le musée Unterlinden n’en aura pas moins acquis sa physionomie du XXIème siècle.

Me Thierry Cahn, vice-président de la société Schongauer, exploitant du musée Unterlinden

Depuis 1848, la société Schongauer a fait la preuve de sa capacité à gérer avec souplesse et inventivité un des musées les plus fréquentés de France. La diminution actuelle des budgets publics contribue à mettre à l’ordre du jour une méthode de gestion privée, tout en restant dans le cadre rigoureux des Musées de France. La société créera une boutique et une cafétéria. Elle s’est également mobilisée pour le mécénat, comme en témoigne le recrutement d’une personne dédiée.

26 000

heures de travaux de plâtrerie : pour WereyStenger Plâtre et Staff comme pour d’autres entreprises locales, l’extension du musée colmarien constitue l’un des grands chantiers de l’année 2013.

1 200 m2 de couverture et 350 m2 de bardage en cuivre : l’aile neuve servira de référence pour les tenants de l’expression contemporaine de ce matériau.

3 500 000 euros : en fixant à cette hauteur la part du mécénat dans le financement de l’extension du musée Unterlinden, la société Schongauer lance un défi sans précédent à Colmar.

Richard Duplat, architecte en chef des Monuments historiques

Comme je l’ai dénoncé dans mon diagnostic de 2006, les transfor-mations successives de cet ensemble conventuel ont abouti à la disparition de sa destination première : en dehors du cloître et de la chapelle, plus rien n’évoque aujourd’hui l’ancien couvent.

Le projet arrêté porte essentiellement sur la restauration des toitures afin d’assurer une certaine pérennité au monument. L’hygiène naturelle des bâtiments ne sera pas totalement retrouvée en l’absence d’intervention intérieure, notamment sur les sols modernes.

Fiche technique

Maître d’ouvrage : ville de Colmaret Architecte : Herzog & De Meuron. Bureau d’études : Artelia. Economiste : C2BI. Maître d’œuvre de la restauration du monument historique : Richard Duplat. Conducteur d’opération : Domial. Ordonnancement, pilotage et coordination : Realbati. Bureau de contrôle : Socotec. Surface : 7800 m2. Coût d’opération (travaux, honoraires et annexes) : 41,8 millions TTC. Calendrier : second semestre 2012 – second semestre 2014

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