En direct

Le Mont et sa Merveille retrouvée

Stéphanie Obadia |  le 28/07/2017  |  TechniqueBâtimentCalvadosPatrimoine

Patrimoine -

Altéré par le climat marin et le flux continu des visiteurs, le cloître de l'abbaye du Mont-Saint-Michel recouvre son lustre d'antan.

Entre ciel et mer, la restauration du cloître de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, appelée « la Merveille », se dessine. Pour répondre aux altérations dues aux intempéries, à l'environnement marin, aux problèmes d'étanchéité mais aussi à l'afflux de visiteurs, plusieurs travaux de restauration sont menés de front sur ce chef-d'œuvre de l'art gothique : étanchéité et restauration du jardin et des galeries, restitution du sol d'origine, restauration de la charpente lambrissée, nettoyage des colonnettes et des sculptures.

A site exceptionnel, restauration exceptionnelle. « Même si le protocole reste classique - rester au plus près de la construction d'origine -, il a fallu faire avec le millier de visiteurs par jour », explique l'architecte en chef des monuments historiques, François Jeanneau. La restauration s'effectue en deux temps afin de maintenir l'ouverture du cloître à la visite.

L'hélicoptère, un gain de temps et de coût. Autre caractéristique : l'insularité du site. Les matériaux ont ainsi été acheminés par hélicoptère… Un surcoût ? Selon l'architecte, c'est tout le contraire : « Un gain de temps et de coût ! Cela nous a évité de monter un échafaudage. » Depuis janvier, une centaine de rotations ont été comptées à raison de 500 kg par trajet.

D'autres travaux devraient être menés par le Centre des monuments nationaux (CMN) : couverture et façades, mise aux normes de l'électricité de l'église abbatiale et sa mise en lumière. Un investissement permanent pour « rendre accessibles les plus grandes œuvres au plus grand nombre », cite le président des CMN, Philippe Bélaval, en reprenant André Malraux.

PHOTO - 8394_532859_k2_k1_1294467.jpg
PHOTO - 8394_532859_k2_k1_1294467.jpg
PHOTO - 8394_532859_k3_k1_1294470.jpg
PHOTO - 8394_532859_k3_k1_1294470.jpg
Sol - Sous les dalles, le Moyen Age

Le parti pris par le Centre des monuments nationaux (CMN) et l'architecte en chef des monuments historiques, François Jeanneau, a été de restaurer en prenant en compte le plus fidèlement possible les restaurations antérieures, notamment celles de l'architecte Edouard Corroyer, effectuées de 1877 à 1881. Cependant, des fouilles archéologiques permettant de dresser un état du système d'écoulement des eaux passant sous le cloître ont permis de révéler, 35 cm en dessous du niveau actuel, un sol d'origine en opus incertum (composé de moellons en pierre de dimensions et formes irrégulières). « Une véritable découverte qui a mis au jour le sol existant au Moyen Age », précise François Jeanneau.

Revenir à un niveau plus bas. La décision a été prise de revenir à un niveau plus bas de 25 cm que le niveau actuel. Pour cela, il a fallu retirer le dallage en granit existant de 15 cm d'épaisseur, abaisser le niveau du sol, réaliser une chape sèche à la chaux hydraulique et poser ces mêmes dalles, mais réduites à 6 cm d'épaisseur, selon le même calepinage. Abaisser le niveau permet à la fois de redonner un effet d'élancement de la colonnade du cloître mais aussi de le protéger des visiteurs qui n'hésitaient pas à se poser sur les murs bahuts pour admirer le site.

PHOTO - 8394_532859_k5_k4_1294479.jpg
PHOTO - 8394_532859_k5_k4_1294479.jpg
PHOTO - 8394_532859_k6_k4_1294480.jpg
PHOTO - 8394_532859_k6_k4_1294480.jpg
PHOTO - 8394_532859_k7_k4_1294481.jpg
PHOTO - 8394_532859_k7_k4_1294481.jpg
Colonnettes - Bain de vapeur pour les sculptures et les arcades

Déjà restaurées par l'architecte Edouard Corroyer de 1877 à 1881, les arcades, constituées d'une double rangée de 137 colonnettes en quinconce, étaient encore en relativement bon état. Après un relevé des pathologies et un état des lieux par vitesse de propagation du son afin de contrôler la cohésion de la matière, il a été décidé d'appliquer, sur chaque colonnette, un traitement biocide, de les nettoyer à la vapeur et de retirer le lichen avec un scalpel ou une brosse. Enfin, les colonnettes ont été recouvertes d'une cire minérale micro cristalline afin de combler les micro-altérations sur les surfaces polies et de redonner autant que possible un aspect lustré. Toutes sont passées entre les mains des compagnons, à raison d'une colonnette par heure.

Polychromie conservée. Les sculptures et écoinçons réalisés sur de la pierre calcaire en provenance de Caen sont eux aussi nettoyés. Après un traitement biocide, ils sont dépoussiérés au pinceau et par aspiration. Des dessalements au cataplasme assainissent les sculptures en calcaire les plus anciennes. Les traces de polychromie sont conservées. Même principe également pour les murs en pierre du cloître via un système de compresse dont les joints en ciment sont remplacés par des joints à la chaux.

PHOTO - 8394_532859_k9_k8_1294485.jpg
PHOTO - 8394_532859_k9_k8_1294485.jpg
PHOTO - 8394_532859_k10_k8_1294486.jpg
PHOTO - 8394_532859_k10_k8_1294486.jpg
PHOTO - 8394_532859_k11_k8_1294487.jpg
PHOTO - 8394_532859_k11_k8_1294487.jpg
Jardin - Au printemps, le cloître fleurira

« Le cloître constituait un véritable réceptacle des eaux de pluie qui venaient altérer la salle des chevaliers située en dessous », explique François Jeanneau, l'architecte en chef des monuments historiques. L'étanchéité sera refaite en août : la dalle étanche en béton armé, installée en 1965, sera conservée mais tout le réseau drainant ainsi que son système d'évacuation seront enlevés. Une étanchéité bitumineuse ainsi qu'une membrane drainante assemblée par thermosoudage recouvriront ensuite la dalle. Un nouveau drain périphérique de captation des eaux permettra également de les évacuer vers les gargouilles. Il faudra néanmoins attendre pour que le cloître retrouve son jardin : l'engazonnement est prévu en novembre et la plantation au printemps 2018.

- Maîtrise d’ouvrage : Centre des monuments nationaux. Contrôle scientifique et technique : ministère de la Culture. Maîtrise d’œuvre : François Jeanneau / Philippe Machefer. Entreprise de maçonnerie, pierre de taille : Degaine. Nettoyage et traitement de la pierre : Socra et Anaglyphe. Charpente-menuiserie : Ateliers Perrault Frères. Couverture : Heriau. Paysagiste : Vallois . Electricité : Eiffage Energie Thermie Normandie. Durée des travaux : de janvier à novembre 2017. Montant : 2,19 millions d’euros TTC.

PHOTO - 8394_532859_k13_k12_1294488.jpg
PHOTO - 8394_532859_k13_k12_1294488.jpg
PHOTO - 8394_532859_k14_k12_1294489.jpg
PHOTO - 8394_532859_k14_k12_1294489.jpg

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Isolation thermique durable des bâtiments existants

Isolation thermique durable des bâtiments existants

Date de parution : 12/2018

Voir

Code des juridictions financières

Code des juridictions financières

Date de parution : 12/2018

Voir

De l'immeuble de bureau aux lieux du travail

De l'immeuble de bureau aux lieux du travail

Date de parution : 12/2018

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur