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« Le modèle d'Eiffage permet de gérer des projets exceptionnels »

Propos recueillis par Jessica Ibelaïdene et Fabien Renou |  le 06/04/2018  |  EntreprisesTransportBouches-du-RhôneParisInternational

Entretien avec Benoît De Ruffray, président-directeur général du groupe Eiffage. -

Grand Paris Express, rôle d'aménageur, résultats… Le P-DG de la major s'exprime pour la première fois.

Avec 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2017, en hausse de 6,9 %, Eiffage a enregistré de meilleurs résultats qu'attendus. La crise du BTP est-elle terminée ?

L'année 2017 a clairement été celle du retour à la croissance.

Nous avons connu un point d'inflexion, toutes nos branches sont en croissance organique. Ainsi, après de nombreuses années de crise, le marché français se porte mieux et la confiance est de retour. Les pays d'Europe dans lesquels nous sommes implantés connaissent aussi un regain d'activité.

La croissance est-elle homogène sur l'ensemble du territoire français ?

La dynamique francilienne était longtemps opposée à celle du reste de la France. C'est désormais moins le cas, car les grandes métropoles sont également des moteurs de croissance. Elles se développent avec, à la clé, des projets d'aménagement du territoire et de l'investissement de long terme. Cependant, les territoires ruraux n'en bénéficient pas encore véritablement.

L'année 2018 a débuté avec l'attribution du mégalot 16-1 du Grand Paris Express (GPE) à Eiffage, en groupement avec TSO et Razel-Bec. Qu'est-ce qui a fait la différence face à vos concurrents, Vinci et Bouygues, qui s'étaient alliés pour répondre à cet appel d'offres ?

Nous avions ciblé ce lot dès le départ. Nous étions sans doute moins chers que nos concurrents, mais je n'ai pas ces éléments de comparaison. Nous avons présenté une prestation technique pleinement en phase avec ce qu'attendaient le maître d'ouvrage public et sa maîtrise d'œuvre. Nous sommes restés, comme ils le suggéraient, sur des tunneliers à pression de terre car nous sommes convaincus qu'ils sont adaptés.

N'est-il pas risqué de porter seul 1,7 milliard d'euros sur le total de 1,84 milliard de ce lot 16-1 ?

Nous avons pris le parti d'avoir le plein leadership . Nous avons l'habitude d'être organisés en mode agile avec des circuits de décision courts et réactifs. C'est ce leadership et ce mode d'organisation compacte qui nous permettent de gérer les risques inhérents à ces projets exceptionnels.

Le défi, humain comme technique, est hors du commun et nous devons être capables de faire les bons choix rapidement. Etant donné l'ensemble des chantiers déjà remportés et lancés, tels que le projet Eole, la ligne 14 ou encore le lot T2B de la ligne 15, il était préférable pour Eiffage de concentrer ses ressources encore mobilisables sur un très gros chantier plutôt que sur plusieurs autres.

Serez-vous candidat à d'autres lots ?

Tout dépend du moment où ils seront lancés. En ce sens, l'étalement du calendrier décidé par le gouvernement est une bonne nouvelle. A chaque futur appel d'offres, nous regarderons nos forces en présence et déciderons au cas par cas.

Les délais pour le lot 16-1 sont-ils tenables ?

Le planning est serré mais il est réaliste. Le plus important est de faire les bons choix techniques, de les arbitrer rapidement et de construire un dialogue fluide et réactif sur toute la chaîne. Car, malgré tout, nous ne réaliserons pas ce chantier seul. Eiffage a rejoint l'équipe déjà constituée autour de la Société du Grand Paris. C'est tous ensemble que nous relèverons le défi de la réalisation de cette ligne indispensable au bon déroulement des Jeux olympiques de 2024. Nous mettrons naturellement tout en œuvre pour tenir les délais et gérer les aléas dans la durée. L'attribution de ce mégalot est une reconnaissance de notre savoir-faire en tunnels à Paris et ailleurs en France depuis de nombreuses années.

Vous souhaitez développer votre rôle d'aménageur.

Pourquoi cette activité est-elle devenue stratégique ?

Nous sommes l'un des premiers aménageurs privés français et nous continuons d'investir sur ce créneau, en coopération avec de grands acteurs publics. Le métier d'aménageur permet de maîtriser du foncier sur du temps long, qui alimentera à la fois notre activité de promotion immobilière et de travaux. En tant qu'aménageur, nous intervenons très en amont, ce qui nous permet de mettre en application nos initiatives en matière de prospective, mobilisant l'ensemble des expertises du groupe et d'avoir ainsi un terrain d'innovation très étendu. Des écoquartiers comme Smartseille, à Marseille, ou le futur site de Châtenay-Malabry en sont des exemples concrets.

Votre modèle intégré, dans lequel la filiale promotion ne travaille qu'avec la branche construction, n'est-il pas un frein à une accélération plus franche de votre activité immobilière ?

Notre modèle est unique, excessivement résilient. Nous menons une compétition interne et saine pour atteindre une bonne rentabilité tant du côté de la promotion immobilière que de l'activité construction. Nous sommes exigeants et nous nous assurons, avec nos patrons en région qui supervisent les activités, d'avoir les bonnes solutions pour développer le produit adapté. Notre ancrage dans les territoires nous aide en ce sens. Et alors que nous y étions plutôt en retrait, nous constatons une accélération en Ile-de-France. C'est une bonne nouvelle car, avec le Grand Paris Express, la dynamique n'est pas près de s'arrêter.

Le projet de loi Elan impactera également votre activité. Pour vous, quels changements doit apporter en priorité ce texte ?

Une simplification normative et surtout administrative nous permettrait d'accélérer les temps de développement des projets immobiliers. Par ailleurs, si les recours abusifs peuvent être évités, la production de logements s'en trouverait soutenue. De façon générale, nous sommes sereins, car la demande est là. Dans le logement, les dispositifs comme la loi Pinel ou le prêt à taux zéro sont bien compris, et nous observons un bon dynamisme dans l'accession à la propriété comme dans le logement social.

Qu'attendez-vous des futurs arbitrages en matière d'infrastructures de transports ?

Nous avions été sollicités dans le cadre des Assises de la mobilité en tant que concessionnaire autoroutier. Nous interagissons avec les collectivités et les territoires traversés par nos infrastructures. Tout le monde peut constater l'écart qui se creuse entre le niveau d'entretien et de maintenance du réseau concédé et la partie non-concédée qui souffre d'un sous-investissement chronique. Les grandes orientations choisies par le gouvernement, par exemple la nécessité d'améliorer la mobilité périurbaine, sont tout à fait positives.

Par ailleurs, l'Etat a toujours entre ses mains le plan d'investissement autoroutier lancé par le président Hollande à la fin de son mandat. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, s'est saisie du dossier. Nous sommes prêts, l'Etat n'a plus qu'à donner son feu vert.

Comment votre métier de concessionnaire appuie-t-il vos activités travaux, notamment dans le domaine de l'énergie ?

Il nous arrive d'être sollicités par un investisseur pour entrer au capital de parcs photovoltaïques ou de réseaux de chaleur dont il souhaite nous confier la réalisation.

Nous n'avons pas vocation à être producteur d'énergie, mais nous sommes aptes à mettre en place des montages qui permettent l'intégration complète de la chaîne de valeur. Bien que nous restions minoritaires dans ces cas-là, nous assumons la conception, la construction et l'exploitation-maintenance sur la durée.

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a vivement critiqué le recours au PPP pour la construction de prisons et de tribunaux. Ces critiques envers ce dispositif vous semblent-elles justifiées ?

Il y a aujourd'hui moins de grands PPP à réaliser et davantage de délégations de service public, de tailles plus modestes.

Je pense cependant qu'ils ont un avenir. Les critiques portent principalement sur la partie financière. Or, notre véritable création de valeur ne réside pas dans le montage. Elle se situe dans les phases de conception-construction intégrant les arbitrages et risques de long terme, pour en optimiser l'exploitation-maintenance. Nous avons un modèle singulier : nous portons la phase de conception-construction sur notre propre bilan. Une fois que les risques inhérents à cette période sont derrière nous, nous cédons nos PPP à de purs investisseurs financiers, tout en conservant l'exploitation-maintenance. Je suis convaincu que nous sommes plus efficients de cette façon.

Comment la digitalisation transforme-t-elle vos métiers ?

J'y vois trois familles d'opportunités. D'abord, via les fonctions support pour dématérialiser et automatiser tout ce qui peut l'être dans l'objectif de simplifier les processus. Ensuite, le digital impacte de plus en plus l'acte de construire.

Les activités de conception ont beaucoup progressé grâce au BIM, mais nous avons encore beaucoup de progrès à faire pour que cela facilite le quotidien de nos compagnons sur le terrain. Le champ des possibles est vaste, le digital doit permettre à chacun de libérer du temps pour le consacrer à son cœur de métier. Enfin, le numérique nous offre la possibilité d'être en interaction avec le client final, d'intégrer ses attentes et de lui apporter toujours plus de services.

Quels types de nouveaux services pourriez-vous fournir ?

Par exemple, en tant que concessionnaire autoroutier, nos clients nous interpellent déjà pour que nous devenions des acteurs de la mobilité en prenant en compte le développement du covoiturage, des véhicules électriques, des futurs véhicules autonomes. C'est un défi enthousiasmant pour l'ensemble de nos équipes.

Au regard de tous ces éléments, quelles sont vos projections pour 2018 ?

La France restera dynamique pour nos métiers. Nos activités internationales, tant en mode projets export que dans nos implantations pérennes, continueront à progresser.

Début 2018, au-delà de notre carnet de commandes déjà solide, nous avons concrétisé le lot 16-1 et le lot GC03 de la ligne 14 sud dans le cadre du Grand Paris. Nous avons également réalisé trois opérations significatives de croissance externe qui viennent renforcer nos implantations pérennes en Europe. Tout cela contribue à améliorer notre visibilité et nous rend confiants pour l'avenir.

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Son parcours

Cet X-Ponts débute sa carrière en 1990 chez Bouygues Travaux Publics. Il y exercera différentes fonctions, jusqu'à prendre la direction de la filiale située en Amérique latine, en 2001.

De 2003 à 2007, il devient directeur général de Dragages Hong Kong et supervise les activités de Bouygues TP en Asie-Pacifique, et en Asie du Nord pour Bouygues Bâtiment International.

Il est nommé directeur général adjoint de Bouygues Bâtiment International en 2007, puis directeur général délégué en 2008.

Il prend, en mars 2015, la direction de Solétanche Freyssinet (Vinci). Il est nommé P-DG d'Eiffage en janvier 2016, à 49 ans.

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