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«Le métal séduit par sa richesse expressive»

- Propos recueillis par Jacques-Franck Degioanni |  le 14/10/2011  |  France entièreEurope

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Propos croisés -

Architecte et ingénieur ne portent pas le même regard sur la « peau » des bâtiments. A l’un les recherches sur l’épiderme, sa morphologie et sa texture ; à l’autre, le travail sur la performance globale de l’enveloppe. Deux approches convergentes au service d’une complexité d’ensemble dans laquelle les métaux excellent... chacun selon ses mérites. Points de vue croisés sur le sujet de Marc Chalaux, architecte, et Mitsu Edwards, ingénieure.

La peau, enveloppe

Mitsu Edwards : « Peau ? Enveloppe ? Dans la pratique, les ingénieurs utilisent indifféremment les deux termes. C’est un tout indissociable, destiné à protéger contre les intempéries, le froid, la chaleur, etc. C’est autant un béton à l’état brut qu’une paroi fine. L’ingénieur défend une vision ‘‘holistique’’ de la peau : tous les éléments interagissent en vue d’une performance globale. Les architectes sont plus sensibles à la vêture, à l’épiderme et à leur texture. Mais cette peau peut inclure le gros œuvre, s’il est exposé ou s’il participe à la protection. Peau et enveloppe se situent dans une même continuité constructive. En plus de ses fonctions ‘‘historiques’’, la peau est devenue une barrière acoustique, un filtre à lumière (protection solaire) et un bouclier thermique pour l’été comme pour l’hiver. Cette recherche de performance combinée est sans doute la plus difficile à obtenir. D’autant que l’enveloppe est en constante évolution, au gré des progrès technologiques et des réglementations constructives. » Marc Chalaux : « Aujourd’hui, l’accent est mis sur le comportement énergétique de la peau, en vue de limiter les déperditions et de limiter le recours à la climatisation. C’est ainsi que la peau des bâtiments, autrefois ‘‘monolithique’’, se transforme en un feuilleté avec, pour chaque couche, un rôle technique spécifique. Les brise-soleil métalliques, perforés ou non, les ‘‘casquettes’’, les passerelles de maintenance en caillebotis, forment ainsi une double, voire une triple peau devant le bâtiment. Le métal est ici utilisé pour des raisons de durabilité, d’aspect et d’entretien. Mais aussi pour donner une signature au bâtiment au travers de textures et de reliefs plus prononcés qu’autrefois. »

Maille, mousse et fonte

M. C. : « Ce ne sont pas les métaux qui manquent mais, en pratique, on se retrouve dans 95 % des cas avec de l’acier ou de l’aluminium, qui se révèlent être assez interchangeables. L’aluminium est économique et résiste très bien à la corrosion, de même que l’Inox, plus cher, sans parler du titane, inabordable, sauf sur des programmes exceptionnels tels que le Guggenheim de Bilbao de Frank Gehry, où son aspect iridescent fait merveille. L’aluminium est facile à façonner et à former, sans dépenser beaucoup d’énergie, mais il a l’inconvénient de sa flexibilité en grandes portées. D’où la nécessité de le plier, de le nervurer ou de disposer des raidisseurs pour retrouver de la rigidité, surtout s’il est perforé. »
M. E. : « Les architectes sont également friands d’acier Inox, très résistant et rigide, même en faible épaisseur. En tôle pleine, l’acier galvanisé ou thermolaqué peut facilement être employé. L’adhérence du thermolaquage devient délicate sur les arêtes vives et, pour éviter la corrosion, le choix bifurque vers l’Inox ou l’aluminium si les panneaux sont pliés ou perforés (brise-soleil). L’acier pré-oxydé autopatinable (Corten ou Indaten) est très prisé des architectes. Son aspect velouté mat profond, ses performances mécaniques, l’absence d’entretien, séduisent, même si sa mise en œuvre oblige à certaines précautions pour que l’oxyde qui le protège ne teinte pas les interfaces (joints silicone) ou les parements par ruissellement. Le zinc, protégé par son oxydation, est assez peu utilisé en façade en France, hormis pour des mises en œuvre en toiture. Le zinc qui, correctement posé, peut durer 100 ans, est davantage prisé au Royaume-Uni, en particulier sur des morphologies complexes qu’il épouse grâce à sa souplesse de formage, en écailles ou en panneaux emboutis. Enfin, le cuivre est encore plus rarement utilisé, même si son aspect vert-de-gris peut séduire en extérieur, où un accélérateur d’oxydation peut être appliqué, comme pour le musée Nemo à Amsterdam de Renzo Piano. »
M. E. : « La maille métallique, utilisée par Dominique Perrault, par exemple, est également très ‘‘tendance’’. Elle sera mise en œuvre en brise-soleil sur la Tour Phare de Paris-La Défense de Thom Mayne. La difficulté est de trouver le bon motif afin de ne pas provoquer de gêne visuelle depuis l’intérieur des locaux. Les occupants des bureaux ne doivent pas avoir l’impression d’être en cage, ni être perturbés par des effets de moirage. D’où des tests sur prototypes, en vraie grandeur. Les fontes et les mousses métalliques revêtent également des aspects extraordinaires, mais exigent de fortes épaisseurs et restent coûteuses en matériau. »
M. C. : « Le mat et le brut, l’aspect massif, séduisent également mais, l’oxydation fait que peu de métaux peuvent demeurer sans protection. D’où la tendance à créer des composites qui incluent des couches métalliques sur des substrats. En la matière, ce ne sont pas les industriels du bâtiment qui sont moteurs, mais plutôt ceux de l’aéronautique, de l’automobile, voire de la Défense. De nombreux métaux séduisent par leur durabilité, leur formabilité et leur richesse expressive, même si, pour des raisons technico-économiques, l’aluminium et l’acier restent hégémoniques ! »

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