Le mégot de cigarette, futur isolant de la construction ?

Le mégot de cigarette, futur isolant de la construction ?

Victor Dubois-Carriat |  le 28/05/2021  |  Artisans100 % second œuvreEconomie circulaireIsolationFrance

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La jeune pousse Tchaomégot a mis au point un système de recyclage écologique des mégots de cigarette pour en faire un matériau isolant. L’économie circulaire ainsi que le secteur du bâtiment sont centraux dans le développement de l’entreprise, même si certains obstacles subsistent.

25 000 tonnes, c’est le poids de mégots de cigarette jetés chaque année en France. Au-delà de simples déchets, la jeune pousse Tchaomégot y a surtout vu une quantité matière première recyclable et exploitable. Son fondateur, Julien Paque, a développé un système sans solvant ni eau pour recycler ces déchets toxiques considérés comme dangereux. Au terme de ce processus, 99 % du mégot deviennent une fibre réutilisable comme isolant pour les toitures ou les combles. Cette méthode est  protégée par 5 brevets, dont 3 à l’échelle mondiale. L’ingénieur généraliste de 23 ans a lancé cette entreprise de 6 salariés en août 2020, et compte sur un hangar de 250 m² couvert à Beauvais (60) pour développer son activité, notamment dans le BTP.

Un matériau qui a déjà fait ses preuves

“Une fois la toxicité des filtres retirée, il nous reste de l’acétate de cellulose sans odeur prête à l’emploi, notamment pour devenir un matériau isolant” explique Julien Paque. Ce composant recyclé, déjà utilisé pour l’isolation dans la construction, a des caractéristiques techniques similaires au neuf : "Notre matériau atteint une performance de 0,04 W/m.K pour une épaisseur de 22 cm selon nos premiers résultats, qui ne sont pas encore officiels”, affirme l’entrepreneur. Des chiffres satisfaisants, qui attendent encore une labellisation NF ainsi que leur acceptation dans le DTU par le CSTB. Ce sont encore des démarches coûteuses pour l’entreprise, qui ne peut pour l’instant transformer que 6 tonnes de mégots par an avec leur machine de laboratoire. Pour obtenir 1 m³ d’isolant, il faut 650 000 mégots, ce qui est l’équivalent de 1000 litres : “Nous venons tout juste de commencer. Nous comptons tisser un réseau petit à petit, pour arriver à la transformation de 100 tonnes de mégots par an l’année prochaine. Mais il faut d’abord avoir un système de collecte viable”, explique Julien Paque.

Tchao Mégot
Tchao Mégot

Collecter, recycler et vendre

La petite entreprise compte surtout s’étendre grâce à un modèle qui tient compte de toute l’économie circulaire du mégot. Pour l’instant, Tchaomégot a 230 partenaires pour la collecte des déchets, entre collectivités (25), entreprises privées (200) et acteurs locaux, principalement basés dans le nord de la France. Chacun paye en moyenne 1,5 centime le mégot recyclé. Cette collecte est pour l’instant sous-traitée, mais Julien Paque souhaite l’internaliser : “On voudrait créer un maillage territorial, où chaque région aurait son centre de recyclage industriel”.

Il y a eu aussi des essais sur des chantiers pour les Jeux Olympiques de 2024 afin de récupérer les mégots des artisans pour leur confectionner des doudounes : “Ce ne sont encore que des tests, mais cela fait partie de notre démarche : maîtriser toute la chaîne de collecte, de recyclage et de vente du produit” explique Julien Paque. Une démarche qui peut avoir un atout marketing non négligeable, en mettant en avant un matériau techniquement fiable provenant d’un processus de recyclage écologique.

Vers une REP de la cigarette

Si la démarche éthique et écologique de Tchaomégot est louable, il reste de nombreux obstacles à surmonter. La massification de la collecte est évidemment le premier. Mais l'entreprise entrevoit une législation européenne favorable : “En 2024, il est possible que le principe du pollueur payeur s’applique à l’industrie du tabac, espère Julien Paque. Mais nous développons un modèle économique soutenable sans.” Le gouvernement avait en effet présenté le 10 juillet 2019 dans le projet de loi économie circulaire un élargissement de la filière REP aux cigarettiers d’ici 2024, et a déjà commencé à mettre en place la filière depuis le 1er janvier 2021.
Un autre obstacle vient des volumes de matériaux isolants que peuvent délivrer l’entreprise : “Même en recyclant tous les mégots de France, nous ne pourrions pas apporter assez de volume aux professionnels du bâtiment” concède Julien Paque. Quelques pistes non testées peuvent néanmoins s’offrir à l’entreprise, dont le mélange d’acétate de cellulose recyclée avec de l’isolant neuf. Mais la jeune pousse cherche encore de meilleures solutions. Par conséquent, aucun prix n’est encore donné : “Il est trop tôt pour qu’on puisse fixer un prix. Mais la vente d’isolant pour le bâtiment est un objectif et le but est évidemment d’avoir un prix compétitif”, affirme Julien Paque. Le coût du recyclage reste en effet encore important à leur échelle.
Pour l’instant, l’entreprise est principalement axée sur un isolant pour la confection de doudounes, ce qui a le plus de valeur ajoutée, et les efforts ont principalement été fait sur la collecte et le processus de recyclage. Cela n’empêche pas l’entrepreneur de voir en grand, et de garder en tête le marché du bâtiment : “Nous nous laissons un an pour implanter des sites à capacité industrielle dans chaque région et deux ans pour devenir un acteur majeur du recyclage.” conclut l’ingénieur.

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