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Le marché veut rester au sommet

Jessica Ibelaïdene |  le 20/04/2018  |  EntreprisesParisMatériel de chantier

Matériel de chantier -

La reprise aidant, les entreprises du BTP renouvellent leur matériel. Priorité à la compacité, à la sobriété énergétique et à l'optimisation du parc.

Cette fois, les sourires sont de rigueur. Il y a trois ans, le précédent Intermat s'était déroulé dans un contexte difficile pour le BTP, dont l'activité atteignait un point bas. Le secteur du matériel en souffrait logiquement. Mais à la veille de l'ouverture de la nouvelle édition du salon international de la construction et des infrastructures - du 23 au 28 avril à Villepinte, au nord de Paris -, la donne a changé. Le marché du bâtiment s'est redressé, les travaux publics ont suivi. « Nous venons de vivre deux belles années », affirme Pascal Petit-Jean, secrétaire général du Syndicat des entreprises internationales de matériels de travaux publics, mines et carrières, bâtiment et levage, manutention (Seimat).

En 2017, les ventes de matériels ont en effet bondi de 19 % sur un an (50 214 unités). Ce souffle nouveau tient à plusieurs facteurs. Jusqu'en avril 2017, les entreprises ont bénéficié du dispositif fiscal de suramortissement, visant à encourager les investissements productifs. Les professionnels du matériel en ont bien profité. Mais sans en abuser ! « Un temps, nous avons craint d'être face à une bulle », se souvient Pascal Petit-Jean. En réalité, la mesure a servi de levier, « et les commandes ont continué » : la reprise de l'activité dans le BTP a pris le relais et soutenu les ventes tout au long de l'année.

Les besoins sont là, et la page d'une décennie de crise, faite de réduction des parcs des entreprises et de non-renouvellement des machines, se tourne. « Beaucoup d'achats s'étaient concrétisés en 2007 et 2008. Nous aurions dû avoir un renouvellement entre 2012 et 2015, qui n'a pas eu lieu car l'activité ne suivait pas », analyse Renaud Buronfosse, délégué général du Syndicat des équipements construction, infrastructure, sidérurgie et manutention (Cisma).

Qui dit reprise de l'activité, dit besoin de matériels performants et en nombre suffisant pour assurer les chantiers. Le renouvellement s'est donc accéléré en 2017, « et le mouvement se poursuit, commente Didier Thévenard, directeur matériel d'Eurovia, qui compte investir 300 millions d'euros en 2018. Nous accélérons sur le matériel standard, et les investissements industriels repartent. » Avec des besoins assez précis, confirmant les tendances fortes qui orientent le marché.

Explosion des matériels compacts

Traditionnellement, les ventes de matériels lourds et compacts suivent des trajectoires parallèles. Cependant, « nous observons un décrochage depuis deux ans. La reprise a été plus rapide pour le matériel compact, qui a enregistré une progression de 22 % l'an dernier », note Pascal Petit-Jean. Les raisons : les entreprises de travaux publics réalisent une large part de leur chiffre d'affaires grâce à la multiplication de petits chantiers, quand les grands travaux de lignes à grande vitesse ou d'autoroutes, par exemple, se font plus rares.

« Nous avons craint une bulle début 2017, mais les commandes ont été soutenues toute l'année » Pascal Petit-Jean, secrétaire général du Seimat.

Chez Eurovia, le chantier moyen s'établit ainsi à 200 000 euros, et se situe souvent en milieu urbain. « Il doit prendre peu d'espace, être furtif. Le riverain ne veut pas nous remarquer, au point que le chantier doit quasiment se faire oublier », illustre Didier Thévenard. Pour s'adapter à ces contraintes, les machines doivent être plus petites, moins bruyantes, facilement transportables, et polyvalentes.

Des loueurs dynamiques. Renaud Buronfosse relève également une autre tendance de fond du marché : la part prépondérante des loueurs sur le segment des machines compactes. « Les entreprises préfèrent louer les machines les plus communes pour acquérir du matériel plus spécifique. » Ce qui explique, par exemple, le dynamisme des ventes de minipelles (11 574 unités en 2017, contre 9 360 en 2016).

L'électrique et l'hybride, un marché naissant

Le marché est aussi influencé par l'évolution de la réglementation. Au niveau européen, une nouvelle étape sera franchie le 1er janvier 2019, avec l'entrée en vigueur de la phase V concernant la réduction des émissions polluantes des moteurs. En la matière, « la réglementation européenne est plus contraignante qu'ailleurs », remarque Renaud Buronfosse.

Bien que les constructeurs aient pris un peu d'avance par rapport à cette future norme, dans un contexte où le diesel est de plus en plus décrié, les motorisations électriques et hybrides ne s'imposent pas encore sur les chantiers. Les uns expliqueront que l'engouement reste modéré face à des technologies encore onéreuses. Les autres, que les constructeurs de matériels hésitent à développer leur offre. Malgré tout, « nous devrions en voir beaucoup à Intermat, pronostique Pascal Petit-Jean. Le marché est naissant, des offres existent et se déploieront dans les années à venir ».

Environ 30 % des coûts d'un matériel liés à l'énergie. Chez Eurovia, si « nous testons quelques machines hybrides et suivons les projets de matériels électriques », comme le déclare Didier Thévenard, la priorité n'est pas vraiment là. L'entreprise cherche davantage à réduire sa consommation, « car 30 % des coûts de nos engins y sont liés ». Aussi, il cherche un matériel dont l'usage sera moins gourmand en énergies fossiles. Si les constructeurs ne sont pas encore pleinement dans cette logique, Renaud Buronfosse n'ignore pas les attentes des utilisateurs : « En connectant les machines, nous parviendrons à quelque chose d'intéressant sur cette question… »

La connectivité pour optimiser son parc

Le mouvement de la connectivité est donc lancé, et s'annonce prometteur. D'ailleurs, chez Eurovia, « tous nos nouveaux matériels mobiles sont connectés ou connectables, un tiers de notre parc l'est déjà », confie Didier Thévenard. Les données qui l'intéressent concernent trois grands axes : la consommation d'énergie ; le temps d'utilisation et les kilomètres parcourus « pour mieux travailler l'usage » ; les périodes où la machine travaille et où elle tourne au ralenti, « qui sont plus compliquées à mesurer ».

Objectifs : mieux connaître et optimiser l'utilisation des machines grâce aux données récoltées et analysées. Du côté des constructeurs, l'intérêt est d'appréhender le cycle de vie des matériels qu'ils vendent. Le but : anticiper le moment où un élément risque d'être défaillant, assurer un meilleur suivi, et améliorer la maintenance pour qu'elle devienne préventive, et non plus curative.

« Un tiers de notre parc est déjà connecté ou connectable. Tous nos nouveaux matériels mobiles le sont. » Didier Thévenard, directeur matériel d'Eurovia.

Apprendre à exploiter les données. Connecter les machines et collecter les données, c'est donc déjà le présent. Les analyser et les exploiter correctement, c'est une autre histoire. « Nous en récupérons beaucoup et devons apprendre quelles datas sont importantes, comment nous pouvons les traiter », reconnaît Renaud Buronfosse. Les clients, eux, envisagent de se doter de systèmes globaux capables de couvrir l'ensemble de leurs besoins et d'analyser les données issues de solutions constructeurs différentes.

Dans ce contexte, les perspectives sont plutôt favorables pour le secteur du matériel. « Nous misons sur une augmentation des ventes raisonnable, mais il n'y aura pas d'envolée cette année », prédit Pascal Petit-Jean. Le Seimat anticipe une croissance comprise entre 4,1 % et 8 %. Une progression mesurée pour éviter le risque bien réel de délais de livraison à rallonge, source de potentielles annulations de commande. Seimat et Cisma s'accordent sur ce point, l'interrogation ne vient pas des constructeurs et de leur capacité de production en tant que telle, mais de leurs sous-traitants, peu nombreux et qui ont souffert de la crise. Pascal Petit-Jean tient tout de même à conclure sur une note positive : « il y a de la demande, il y a du travail, tout le monde est occupé ». La prudence n'empêche pas l'optimisme.

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+ 19 %

Avec la fin du dispositif fiscal sur le suramortissement en avril 2017, les professionnels redoutaient une chute brutale des ventes, à l'image de celle de 2007. Finalement, la reprise du BTP a pris le relais de la mesure fiscale. Les commandes ont continué à rentrer, car après une décennie de crise et de réduction du parc dans les entreprises, le matériel vieillissant a besoin d'être renouvelé. De plus, pour assurer leurs chantiers, les entreprises de construction doivent se doter de matériels performants, et en nombre suffisant.

Source : Syndicat des entreprises internationales de matériels de travaux publics, mines et carrières, bâtiment et levage, manutention (Seimat).

De + 4,1 % à + 8 %

Même si la croissance est toujours au rendez-vous, les professionnels s'attendent à un tassement des ventes en 2018. « Tout le monde fait attention. Beaucoup d'investissements ont été effectués ces deux dernières années », observe Pascal Petit-Jean. 2019 devrait aussi être une année de croissance des ventes, même si celle-ci va ralentir. « Les entreprises se seront dotées de matériels fiables et il n'y a pas de grands chantiers à venir », complète-t-il, sans redouter une rechute brutale pour autant.

Source : Seimat

Au programme d'Intermat 2018

Le Salon international de la construction et des infrastructures se tiendra du 23 au 28 avril à Paris Nord-Villepinte. Les spécificités de cette édition 2018 d'Intermat ? Une évolution de sa sectorisation, autour de quatre pôles d'activité : terrassement et démolition ; route, industrie des matériaux et fondations ; bâtiment et filière du béton ; levage, manutention et transport. Quelque 1 500 exposants seront présents cette année, tandis que 183 000 visiteurs sont attendus, dont 35 % venus de l'étranger.

Détails des ventes 2017 par segments en unités et évolution sur un an

Les cinq catégories de matériels ont bénéficié de la reprise de l'activité l'an dernier. Matériels lourds (4 754 unités, + 16 %) et compacts (16 932 unités, + 22 %) tirent le marché. Mais les machines compactes progressent désormais plus rapidement. C'est notamment le cas des minipelles, plus performantes et dimensionnées pour des chantiers urbains. « Nous sommes à 100 unités (11 574 au total) du record historique de 2007 », note Pascal Petit-Jean.

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