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Le Louvre Abu Dhabi est né de la mer, du sable et de la lumière

Marie-Douce Albert |  le 27/10/2017  |  ProfessionArchitectureCultureBâtimentParis

Architecture -

Aux Emirats arabes unis, le musée ouvrira au public le 11 novembre. Cette île blanche, abritée sous un dôme spectaculaire, a été créée par Jean Nouvel.

Ce jour-là, le dôme est blond. Le sable est venu voiler la brillance métallique de cette courbe doucement évasée qui domine le Louvre Abu Dhabi (Emirats arabes unis). A quelques semaines de l'achèvement définitif du musée qu'il a conçu, l'architecte Jean Nouvel le trouve « parfait comme cela ». Mat ou brillant, ce dôme est de toute façon spectaculaire, par ses dimensions - 180 m de diamètre à la base, 565 m de circonférence - autant que par sa complexité manifeste.

Il est le résultat d'un feuilletage de résilles d'aluminium qui se superposent et se croisent, jusqu'à former un lacis indescriptible. Alors que le Louvre Abu Dhabi ouvrira au public le 11 novembre prochain, quelques jours après son inauguration officielle, l'architecte français peut déjà se dire qu'il a offert un emblème à la capitale des Emirats arabes unis.

Jean Nouvel venait de mettre la dernière main à une autre institution muséale, le Quai-Branly à Paris, en 2006, quand il a été sollicité pour imaginer un musée d'art classique pour Abu Dhabi, et plus précisément au bord du golfe Persique, sur l'île de Saadiyat appelée à devenir un district culturel. Pour s'assurer un avenir dans la période de l'après-pétrole, l'émirat mise notamment sur l'art, le savoir et donc un tourisme haut de gamme. Le musée commandé à l'architecte français devait venir compléter une collection d'établissements culturels signés d'autres grands noms de la discipline : Frank Gehry, Zaha Hadid… Si l'île était alors déserte, il fallait néanmoins tenir compte de ces projets déjà dessinés.

Aujourd'hui, ces autres édifices sont encore à venir. « La stratégie a toujours été d'ouvrir d'abord le Louvre. Pour ce musée universel, cela fait sens. Des travaux structurels préparatoires ont été menés pour le Zayed National Museum et le Guggenheim Abu Dhabi [respectivement conçus par Foster + Partners et Gehry Partners, NDLR] », note aujourd'hui Saif Saeed Ghobash, directeur général du département de la culture et du tourisme (DCT) de l'émirat. Puis d'ajouter que le Performing Arts Centre, pensé par Zaha Hadid, se concrétiserait, lui, « comme prévu au cours d'une seconde phase ».

Pour imaginer son propre bâtiment, Jean Nouvel a aussi tiré parti de ce que le site avait à offrir : le sable, la mer, le ciel… la chaleur, aussi. Fidèle à sa position « d'architecte contextuel », il s'est refusé à tout « parachutage d'objets, comme on peut en trouver dans toutes les métropoles du monde » et a entrepris de reprendre les composantes essentielles d'une architecture arabe « toujours de géométrie et de lumière ». A lui d'en inventer une forme contemporaine. « Plus que sa réputation internationale, sa démarche de projets pensés en fonction du contexte local a intéressé Abu Dhabi », souligne Saif Saeed Ghobash.

La coupole, la médina, l'oasis. L'inspiration est alors venue aussi bien des coupoles des mosquées, des caravansérails ou des médersas (écoles) que des médinas aux ruelles étroites, de la blancheur des maisons traditionnelles que des oasis où la lumière se faufile à travers le feuillage des palmiers dattiers. De toute cette matière s'est dégagée la forme d'une ville-musée, un ensemble horizontal et composé de simples parallélépipèdes disposés de guingois sous un grand dôme ajouré.

Ce concept de volumes éparpillés présentait un avantage. Il devait permettre de s'adapter, le moment venu, au programme du musée à l'époque encore inconnu. En effet, l'accord intergouvernemental entre la France et Abu Dhabi, portant sur le prêt à la fois du nom du Louvre et d'œuvres issues des collections de plusieurs institutions hexagonales, ne devait intervenir que quelques mois plus tard, en 2007. Aujourd'hui, alors qu'il déambule parmi les 55 volumes réalisés, Jean Nouvel assure que, grâce à cette souplesse, « tout a changé mais rien n'a changé » par rapport à son dessein d'origine. Entre ces murs à l'épiderme immaculé, fait de panneaux de béton fibré à ultra-hautes performances (BFUP), s'organisent les différentes fonctions du Louvre Abu Dhabi dont 6 400 m² de collections permanentes, 2 000 m² d'expositions temporaires et un musée des enfants de 200 m². Alentour, on circule dans le souffle léger de la brise marine. A l'air libre.

Jean Nouvel a repris les composantes essentielles d'une architecture arabe « toujours de géométrie et de lumière ».

Jean Nouvel voulait aussi que ce musée surnommé « Louvre des sables », soit un microclimat. « Il fallait permettre aux publics de se promener de manière confortable… Ce qu'ils ne font jamais à Abu Dhabi. Pour cela, le projet est posé sur la mer et la lumière du soleil y est filtrée », explique l'architecte Hala Wardé. Elle qui a travaillé pendant vingt ans à l'agence de Jean Nouvel avant de créer sa propre structure, HW architecture, dirige le projet depuis les premiers temps de sa conception en 2006. Jean Nouvel ajoute : « Le bâtiment vit sur les atouts de l'inertie, de l'ombre, du vent et de l'eau qui pénètre entre les bâtiments et apporte de la fraîcheur. » Situé en face du port d'Abu Dhabi, le périmètre dédié à la construction du Louvre a en effet été transformé en petite île. Autour d'un terre-plein, des centaines de milliers de mètres cubes de sable ont été excavés et le site a été mis en eau très progressivement. Le chantier de l'édifice lui-même a été lancé en 2013 et l'année suivante démarrait la construction du dôme. Il repose maintenant sur ses quatre piliers de béton que Jean Nouvel met au défi de trouver. Malgré leur dimension de 5 x 5 m, ils sont parfaitement dissimulés parmi les galeries, donnant l'impression que ces 7 500 tonnes de métal planent sur la ville-musée.

En peu de mots, l'architecte décrit le phénomène évanescent et ensorcelant provoqué parle dôme.

Celles-ci constituent surtout une autre composante essentielle pour amadouer le climat du Louvre Abu Dhabi de quelques degrés. Avec 7 mètres d'épaisseur totale et un pourcentage de perforation global de 1,8 %, le dôme forme une couche protectrice. Les rayons du soleil « doivent s'infiltrer à travers ses différentes strates. Beaucoup seront bloqués, d'autres trouveront leur chemin, raconte Jean Nouvel. Des taches lumineuses apparaîtront alors. Puis disparaîtront. » En peu de mots, il décrit le phénomène évanescent et ensorcelant provoqué par son architecture, ces points de clarté furtifs, glissant sur les murs et le sol ombragés. Baptisé « pluie de lumière », cet effet promis depuis plusieurs mois par une campagne de communication distillant des images avec parcimonie, était très attendu. Il fonctionne réellement.

Maîtrise d'ouvrage : Tourism Development & Investment Company (TDIC). Maîtrise d'œuvre : Ateliers Jean Nouvel (AJN), architecte ; Hala Wardé (HW architecture), architecte partenaire ; ingénierie : Arup (esquisse) ; BuroHappold et Transsolar (études) ; Andrew Snalune (façades) ; BuroHappold (chantier) ; consultants : Setec (sismique) ; Ateliers Jean Nouvel (muséographie) ; Ducks scéno (scénographie) ; 8'18'' (lumières) ; Studio DAP (acoustique) ; Jean Nouvel Design (design intérieur) ; Philippe Apeloig, Kristyan Sarkis (graphisme, signalétique) ; Michel Desvigne, Jean-Claude Hardy (paysage). Surface : 97 000 m² Shob. Entreprises : groupement Arabtec Construction LLC/San Jose SA/Oger Abu Dhabi LLC. Coût : NC.

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