Le logement, nouveau grand chantier du Maroc
Le premier Batimat Maroc ouvre ses portes le 23 mai - © © Reed Exhibitions

Le logement, nouveau grand chantier du Maroc

Hugues Boulet et Thaïs Brouck |  le 22/05/2012  |  PME du BTPBâtimentCommunicationPerformance énergétiqueRéglementation thermique

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Du 23 au 26 mai, à Casablanca, se tiendra la première édition de Batimat Maroc , qui fera la part belle à un marché résidentiel en pleine expansion. Si les majors français, constructeurs ou industriels, sont déjà présents sur place, des opportunités existent pour les PME, en particulier dans l’efficacité énergétique.

Les années 2000 ont été pour le Maroc celles des grands chantiers d’infrastructures, qu’il s’agisse du ferroviaire, du portuaire ou des autoroutes, le tout s’accompagnant de développement de zones industrielles, tertiaires, touristiques… Si beaucoup reste à faire, la nouvelle priorité du royaume chérifien est la promotion d’un habitat collectif se rapprochant des standards européens. « Nous avons identifié un potentiel important sur ce segment, et c’est pour cela que nous organisons en mai un premier Batimat Maroc consacré au gros œuvre et à la menuiserie », indique Stéphanie Auxenfans, directrice de la division construction de Reed Expositions France (1).

La raison de ce focus sur le logement est d’abord politique. Inquiet de la montée de l’intégrisme, le roi Mohammed VI a fixé pour objectif l’éradication des bidonvilles. D’autres facteurs sont sociologiques, comme l’apparition d’une classe moyenne ou le désir d’émigrés marocains d’avoir un pied-à-terre dans leur pays d’origine. L’arrivée au pouvoir, en novembre 2011, d’islamistes modérés n’a pas changé la donne. En mars, Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat, a présenté sa feuille de route jusqu’en 2016. Objectif : réduire de moitié le déficit marocain de logements, estimé à 840 000 unités fin 2011. Compte tenu de la démographie, le Maroc devra construire 1,67 million de logements en quatre ans.

Au cœur de cette politique de l’habitat, le programme de construction de villes nouvelles, débuté dès 2005, avec près de vingt cités qui devraient ainsi voir le jour d’ici à 2020. L’an dernier, le précédent gouvernement indiquait que 10 milliards d’euros de fonds publics étaient mobilisés pour les principaux projets. Ces cités érigées en périphérie des métropoles existantes n’ont toutefois pas vocation à les prolonger, mais à faire émerger de vraies agglomérations de banlieue. « Ce marché concerne le logement, mais aussi des bâtiments commerciaux, tertiaires, des infrastructures… », confirme Zakaria Sadik, responsable construction durable de Bureau Veritas Maroc.

Des logements moins énergivores

En parallèle, le Maroc s’engage dans une politique d’efficacité énergétique, qui n’est pas sans effet sur la construction résidentielle. « Le Maroc est dans la même situation que la France des années 1950-1960, à ceci près qu’elle veut sauter l’étape des immeubles collectifs mal construits de cette époque. Les autorités souhaitent que les bâtiments consomment moins d’énergie. C’est surtout vrai dans les villes nouvelles, où il y a une demande importante à maîtriser », estime Zakaria Sadik.

Cette politique a débuté par l’adoption, fin 2011, d’une réglementation thermique des bâtiments (RTBM), qui doit être suivie d’un Code d’efficacité énergétique dans le bâtiment (CEEB). A cette fin, l’Ademe accompagne le Maroc depuis 2010. « Cette collaboration s’est concrétisée en février par le lancement d’un jumelage institutionnel européen gagné par la France (en partenariat avec l’Allemagne), dont l’objectif est d’apporter un appui institutionnel et technique à l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (Aderee) », explique François Loos.

Pour le président de l’Ademe, cette initiative ne relève pas seulement de l’altruisme : « Toutes nos entreprises ont un œil rivé sur ce pays. Nous leur permettons d’entrer en contact avec l’Aderee. » Hamza Hitmi, directeur général de Betom Maroc , filiale de l’ingénieriste français, estime toutefois que « cette réglementation pourrait engendrer un surcoût rendant son application difficile, surtout dans le logement social. Malgré cette contrainte, des promoteurs publics (Al Omrane, par exemple) se sont déjà engagés dans cette voie de la construction durable. » La branche immobilier de la Caisse de dépôts et de gestion du Maroc figure également parmi les bons élèves. Reste à savoir si de gros acteurs privés, tel Addoha, suivront.

Déficit de compétences

Existe-t-il une place pour des acteurs français sur ce marché du logement ? Si les « gros » sont déjà là, avec Bymaro (Bouygues), Sogea-Satom (Vinci), Spie, Egis, Lafarge ou encore Isover (Saint-Gobain), il y a aussi de la place pour des PME. D’abord au niveau des constructeurs, où le besoin en compétences extérieures est tangible. Pour Zakaria Sadik, « le développement que connaît le Maroc exige des moyens techniques et humains, particulièrement dans le management et la gestion de projet. »

Derrière les majors locaux - la Société générale des travaux marocains (SGTM) ou TGCC -, la plupart des autres entreprises du BTP sont peu structurées. « Nous avons mis quatre ans à réaliser notre premier chantier, avec 240 jours d’arrêts de travail », se souvient Frédéric Sartorelli, gérant d’ACM 2I, promoteur hexagonal qui développe depuis 2007 des projets résidentiels au Maroc , en partenariat avec le cimentier suisse Holcim et le bâtisseur local Sotravo (via leur société commune Mateen). Il a désormais opté pour la préfabrication, une nouveauté au Maroc , qui suscite l’intérêt des autorités. Des opportunités apparaissent aussi pour certains industriels. « Concernant les matériaux de construction de base, la production locale est conséquente et suffisante, pour le gros œuvre comme le second œuvre. Mais pour les matériaux liés à la construction durable et à l’optimisation énergétique, il y a clairement des manques », estime Hamza Hitmi. D’autant que l’environnement réglementaire marocain, proche du français, permet une bonne pénétration du marché.

« Une réglementation thermique coercitive d’ici à 2014 », Saïd Mouline président de l’Aderre

En quoi consiste le programme marocain d’efficacité énergétique dans le bâtiment ?

Le gouvernement s’est fixé un objectif d’économies d’énergie de 12 % d’ici à 2020, principalement dans l’industrie, les transports et le bâtiment. Ce dernier secteur représente 36 % de la consommation du pays (NDLR : 97,5 % de l’énergie consommée est importée). Parmi les axes majeurs de notre programme figure l’élaboration d’un code énergétique spécifique aux bâtiments. Cela pourrait permettre d’économiser de 15 à 50 % de la facture énergétique des secteurs de l’habitat, de la santé, de l’éducation et du tourisme si on y intègre une composante énergie renouvelable.

Où en est-on exactement ?

Sur le plan réglementaire, la loi 47-09 sur l’efficacité énergétique (RTBM) a été adoptée fin 2011. Mais nous avançons par étapes. Nous avons commencé par découper le pays en zones climatiques et défini un projet de réglementation par régions. Dans la foulée, nous avons lancé neuf programmes de bâtiments écologiques. Ce sont des projets immobiliers pilotes soutenus par la Commission européenne. Ils serviront d’exemples : vitrage performant, isolation renforcée, climatisation plus efficace, équipement en chauffe-eau solaires… Des pratiques novatrices au Maroc . L’objectif est d’élaborer une réglementation thermique coercitive pour tous les bâtiments. Mais elle ne devrait pas être généralisée avant 2014.

Quelles conséquences pour le secteur du BTP ?

Les entreprises marocaines devront s’y préparer. Mais cela devrait aussi offrir des opportunités aux entreprises françaises. Celles-ci sont déjà très présentes, et ont l’avantage de l’expérience des réglementations thermiques.

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