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Le lauréat du Pritzker 2015, Frei Otto, est décédé

MILENA CHESSA |  le 11/03/2015  |  ProfessionArchitectureInternational (hors U.E)

Célèbre pour ses structures tendues, l’architecte est mort lundi 9 mars en Allemagne avant même que le jury du Pritzker Prize ait le temps d’annoncer officiellement qu’il venait de lui attribuer la récompense. Averti avant sa disparition, Frei Otto s’était dit « heureux de remporter ce prix ».

Du jamais vu dans l’histoire du Pritzker Prize. Depuis sa création en 1979, ce prix s’est donné pour mission « d’honorer un architecte vivant dont l’œuvre bâtie démontre le talent, la vision et l’engagement ». Or, l’Allemand Frei Otto, le lauréat 2015, est mort, le 9 mars, avant l’annonce officielle de sa consécration, initialement prévue le 23 mars. Les organisateurs de la prestigieuse récompense internationale ont par conséquent dû révéler, dès hier, 10 mars, le choix qu’avait fait le jury (*) au début de l’année.

« La nouvelle de sa disparition est très triste, a communiqué Tom Pritzker, président de la Fondation Hyatt qui sponsorise le Pritzker Prize. Par chance, des représentants du prix ont pu se rendre à son domicile à Warmbronn, près de Stuttgart, et partager avec lui la nouvelle. » Frei Otto leur avait alors répondu : « Vous avez ici un homme heureux. » Le vieil homme, âgé de 89 ans, avait ajouté : « J’utiliserai tout le temps qui me reste à poursuivre ce que j’ai toujours fait, c’est-à-dire aider l’humanité. Ma ligne de conduite en matière d’architecture était de concevoir de nouveaux types de bâtiments pour aider les personnes pauvres, particulièrement à la suite de désastres et de catastrophes. Donc quoi de mieux pour moi que de remporter ce prix ? » La cérémonie de remise, prévue à Miami le 15 mai prochain, reste d’actualité et elle sera l’occasion de « célébrer la vie et l’œuvre » du défunt, ont indiqué les organisateurs.

Faire plus avec moins

Né le 31 mai 1925, fils et petit-fils de sculpteur, Frei Otto souhaitait faire des études d’architecture mais la Seconde Guerre mondiale l’en a empêché. Pilote puis fantassin, il a été capturé en 1945 à Nuremberg et fait prisonnier pendant deux ans dans un camp situé près de Chartres. Là, il a appris à construire des structures avec le moins de matériaux possibles. Après la guerre, entre 1948 et 1954, il a enfin pu étudier l’architecture et l’ingénierie civile à l’Université technique de Berlin. Son doctorat, intitulé « La toiture suspendue, forme et structure », a alors été publié en allemand, en polonais, en espagnol et en russe.

En réaction à l’architecture du IIIe Reich, pesante, en pierre et opaque, l’Atelier Frei Otto Warmbronn a développé une multitude de structures légères, en métal et recouvertes de membranes translucides tendues. Parmi ses réalisations, les plus célèbres sont les toitures du parc olympique réalisées avec Günter Behnisch et Fritz Leonhardt pour les JO d’été 1972 à Munich (Allemagne), le Pavillon de l’Allemagne à l’Exposition internationale et universelle de 1967 à Montréal (Canada) ou encore le Pavillon du Japon à l’Exposition universelle de 2000 à Hanovre (Allemagne), en collaboration avec l’architecte japonais Shigeru Ban.

Frei Otto puisait son inspiration dans la nature - des crânes d’oiseaux aux toiles d’araignées en passant par les bulles de savon -, avec l’ambition de faire toujours plus avec moins. Pour le jury du Pritzker Prize, « il avançait des idées de durabilité avant même que le mot soit inventé, imaginant les façons d’utiliser le moins d’énergie et de matériaux possibles pour couvrir l’espace avec ses toitures pérennes ou éphémères ». En un mot, un « pionnier ».

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