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Le Grand Paris de Michel Pena : « Unir le corps et la lumière » (2/5)
Michel Péna. - © Michel Péna

Le Grand Paris de Michel Pena : « Unir le corps et la lumière » (2/5)

Michel Péna |  le 02/02/2015  |  Grand ParisEnvironnementCommunicationParisFrance entière

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Oublié des débats sur le Grand Paris, le paysage de la métropole revient par la fenêtre du Web. Invité du second épisode de notre feuilleton et titulaire du grand prix de la dernière édition des Victoires du Paysage pour la promenade du Paillon à Nice, Michel Péna chante la sensualité topographique  de la métropole.

Bien sûr, tout le monde sait que Le Nôtre traça les Champs Elysées et que la plus « belle avenue du monde », emblème universel du génie urbain de Paris, porte le nom …. D’un paysage !

Que ses grands tracés dépassent largement le Paris intra-muros, pour ordonnancer quelques grands sites du Paris Extra-muros. Des terrasses de Saint-Germain, ou celle de Meudon, ce sont  les lignes d’horizon redécouvertes, quand le  sublime Parc de Marly cadre la Vallée de  la Seine. Les avenues des parcs débordent largement vers le grand territoire, telles l’avenue du Château, à Meudon, qui désigne au loin le Mont Valérien et fait comprendre le partage de la terre entre Seine et Coteaux. C’est que Le Nôtre a sauté depuis longtemps les murs du jardin, Il voit loin : il sait composer/révéler  les grands paysages du Paris extra-muros.  Il aime l’horizon, il aime Le Lorrain.

Un corps sublime

Les Champs Elysées et le Grand Canal de Versailles n’ont-il pas exactement la même orientation ?  Il connait si bien la topographie du Grand Territoire. Il cadre les buttes,  se déploie vers les vallées, glisse des lointains dans les méandres des rivières. (Marly, Champs sur Marnes, Saint Cloud...). C’est que le Paris extra-muros  jouit d’une fabuleuse morphologie, d’un corps sublime ! Faut-il encore savoir en jouir.

C’est d’abord  la géologie qui en est la maîtresse. En dessinant le périmètre du bassin correspondant à l’emprise de la roche-mère, reine-mère du paysage parisien (calcaires du tertiaire, du crétacés jusqu’à ceux du  jurassique inferieur),  on forme un cercle et la pointe du compas tombe exactement … sur la flèche de Notre Dame ! A l’extérieur de ce cercle fertile,  ce ne sont que terres pauvres et acides des granites  bretons, armoricains, morvandiaux ou vosgiens !

Après ce sous-sol, c’est le ciel de Paris  qui en a fait la fortune ! Ces ciels tristes sans doute, « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », pleure le poète, mais ces pluies interminables ont su épargner miraculeusement  les lœss cosmopolitiques, si riches, si fragiles, apportés par les quatre vents (un climat méditerranéen aurait rendu Paris impossible !)

Vallées, buttes et plaines

Alors, on découvre que le Grand Paris a un corps, sensuel, fait de grandes courbes, de grandes inflexions, de grandes inclinaisons ; un territoire partagé entre deux morphologies majeures : celle des vallées - au sud et à l’ouest -  et celle des buttes et plaines - au nord et à l’est ;

et il semble que deux économies se soient glissées dans les replis de cette dualité géomorphologique et conséquemment, deux grands ensembles  paysagers... Car les vallées occidentales ont laissé de grandes veines forestières, conquises par les Rois pour en faire leurs chasses, et depuis conservées (car souvent peu exploitables). Voilà les beaux quartiers ! Vallée de la Bièvres, Vallée de la Mauldre, vallée de Chevreuse,  et bien d’autres encore.  A l’opposé, les buttes, posées souvent sur des plaines ou pénéplaines, conséquentes de l’amont des rivières, et d’une  érosion plus largement étalée.

Cette géomorphologie  a favorisé les communications, les implantations humaines, les industries : Butte à Morel, Butte de Sannois, Butte de Montmorency, etc. Alors, on regarde comment le soleil se joue de ce corps, car on voit bien qu’il y a des adrets et des ubacs, et l’on sait que le confort d’une ville coïncide avec son exposition solaire, ses replis de douceur, ses lieux où il fait bon, où il faut chaud. On sait bien que les trottoirs de l’ubac ou de l’adret n’offrent pas les mêmes écosystèmes et donc, pas les mêmes usages ! On sait combien les pentes ont d’importance dans une ville, combien les lointains sont rares et chers, combien le ciel nous réconforte !

Ambiances

On sait aussi que ces pentes, ces crêtes, ces ombres et ces lumières vont conditionner fortement les ambiances environnementales (« l’ambiante »), les climats sensibles que je vais traverser, où je vais déambuler, courir, conduire.

Alors… sur ce corps géomorphologique, on a posé, le maillage des grandes lignes énergétiques dessinées pas les veines autoroutières. Et on a observé leurs rencontres, et les paysages engendrés par de tels attouchements ! On a retrouvé ces moments de faveurs, en se souvenant des grandes arrivées sur Paris en 2 CV, à la fin  des années 70. Après 12 heures de route nocturne, au petit matin, l’immense émotion que nous procurait ce moment :   passée la crête d’Orly, puis celle de Villejuif, accompagnés d’une multitude de files autoroutières en mouvements intenses, comme un flux attiré irrésistiblement, lignes qui basculent toutes ensembles sur l’immense paysage qu’offre l’horizon parisien, si reconnaissable, si mythifié.  C’est d’un lieu sacré qu’on approchait.

Alors… On se dit que la portée de ces paysages n’est pas vaine.

Et que, dès lors que des millions de grand-parisiens perçoivent, sans vraiment le désirer, ces fortuites rencontres entre le corps physique du Grand-Paris et ses veines de parcours, pourtant vouées au départ à la seule fonctionnalité des flux, on se dit qu’il serait peut-être un jour possible d’ajouter à ce quantitatif, une once de qualité… pour que les grand-parisiens puissent jouir enfin pleinement  de ces grands paysages … et profiter un peu  de ces instants aujourd’hui perdus…

Remembrer la ville

Malheureusement, le propriétaire de ces  allées monumentales, plus impressionnantes que les plus grandes des Voies Royales, a-t-il pris vraiment la mesure de cet enjeu ? Des millions d’heures y sont passées, consumées chaque jour, pour aller travailler et produire de la richesse ! Ne pourraient-elles donc pas donner accès à un peu de paysage ? Il est pourtant presque là !

Comment Le Nôtre, transforma-t-il un chemin rural voué à la circulation des charrettes en « Champs Elysées » ? Comment, Napoléon III (paysagiste de profession et non pas militaire !) dessina-t-il des avenues aussi belles, sachant si bien profiter de l’immanence du socle naturel,  telle l’avenue G. Mandel, sublime, partant du Bois et aboutissant, après bien des émois,  au balcon dominant les falaises de Passy, et toisant Tout Paris ? Alors, Il  nous faut saisir les magnifiques occasions qu’offre ce riche socle et contribuer au « remembrement de la ville (de la banlieue) par le paysage ».

Pour ce faire, il  nous faudra premièrement mesurer et apprendre à quantifier ce paysage spécifiquement « grand-parisien ». Cette quantification se fera par une exploration du corps, c'est-à-dire de la géomorphologie  avec les outils, adaptés au paysage, c'est-à-dire les regards des autres….et les plus partagés de préférence.

Pour atteindre cet objectif, peu d’alternatives se présentent : ce sont les « autoroutistes » qui dominent très largement.  Un million d’usagers quotidien pour le périf, en moyenne de 100 000 à 225 000 usagers quotidiens par autoroute autour de Paris, soit sur la couronne menant à l’A 86 environ 2 million 685 milles véhicules/jour, conduits par des hommes et des femmes, qui vont recevoir quotidiennement, à travers leur écran/pare-brise, la vision (terne, inodore et sans saveur)  du Grand-Paris.

Révéler le dedans et le dehors

Et moi, petit provincial du très plat pays landais, je sais qu’il existe au sein de ce territoire grand-parisien,  de grands moments à révéler, et qu’ils ne sont pas considérés comme ils le devraient.

L’exemple de Paris intra-muros  nous permet d’espérer sans doute,  mais aussi de mesurer l’écart entre l’intra et l’extra : dedans, chaque escarpement y a trouvé la force de son existence face aux bâtiments même les plus provocateurs, chaque inflexion même du relief a trouvé une raison paysagère et urbaine, une expression, un caractère, chaque déclivité, chaque butte  un rôle social et collectif, culturel. Mais dehors, qu’en est-il ?

On se prend à rêver d’un équivalent à Le Nôtre ou à Napoléon III, à Forestier aussi, qui aurait à retisser ce lien très sensible que vivent tant de grand-parisiens comme la traversée douloureuse de leur territoire pour de tristes raisons utilitaires (ils partiront jouir des paysages ailleurs !, Asie du sud-est ou autre, après avoir pris soin de disperser quelques tonnes de CO2 dans l’atmosphère)

Pourtant, ici aussi, on pourrait y voir de somptueux paysages car le substrat existe, il faut juste savoir le cultiver :  il y a l’A 13 et la traversée la Foret de Marly, sur la crête des collines, la descente de l’A 86 dans le Foret de Ferrière, celle de La N118 vers Meudon, face au parc de Saint Cloud, l’arrivée de l’A7 en plongée à partir de Villejuif , L’A1, le cèdre de Roissy et la vue très lointaine de Montmartre, l’arrivée de l’A 4 en son allée de platanes monumentaux et colonnaires, bien sûr le mythic-Périph et bien d’autres encore…

Bien sûr, la question du paysage du Grand Paris, ne peut se limiter à une phénoménologie des pratiques autoroutières, elle nous parait néanmoins essentielle à son tissage de base.

Corridors écologiques

Comme nous le savons tous, les autoroutes parisiennes ont traversé en priorité les massifs boisés et les zones naturelles ;  cela coutait moins cher ! La dictature de l’automobile, au cours du  XXème siècle n’a hésité devant aucun obstacle, expropriations, destructions de lieux de vie ou de nature, assassinats sans doute : aucun autre pouvoir, sous un couvert « démocratique », n’aurait osé pratiquer de telles exactions ! C’est un fait : nous proposons d’en profiter  et de le détourner !

En imaginant qu’un jour prochain le transport individuel soit optimisé, (il est très peu efficace aujourd’hui)  on pourrait libérer au moins une voie de circulation de part et d’autre en continuité  avec les bas cotés et délaissés. En utilisant cette bande naturalisable, on relierait ainsi les grands massifs boisés du Grand Paris, constituant alors la plus magnifique trame imaginable, accroissant considérablement la richesse écologique par la mise en connexion des écosystèmes. De plus, ce réseau vivant, ce « mycélium », permettrait de penser ces veines dynamiques comme de véritables structures territoriales.

En composant ces bandes constitutives des « premiers plans perçus », il serait ainsi possible de réinventer une scénographie à l’échelle du grand territoire. Atteindrons-nous un jour peut-être, le niveau d’excellence du Paris intra-muros ? Commençons par étayer une vision fertilisée par Paris elle-même, et par reconnaitre les paysages grandioses de la métropole.

Ces visions paysagères du Grand Paris par cinq grandes signatures prolongent le dossier de 12 pages à paraître le 12 février dans Paysage Actualités sous le titre « Vers une métropole désirable »

Paysage Actualités
Paysage Actualités - © © Paysage Actualités

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