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« LE DISCOURS SÉCURITAIRE OPPOSE SANS RAISON LE FONCTIONNEL AU SENSIBLE »

Anne-Elisabeth Bertucci |  le 24/05/2018  |  ArchitectureAménagementBouches-du-RhôneFinistèreParis

ENTRETIEN AVEC YANN KERSALÉ -

Depuis près de quarante ans, Yann Kersalé utilise la lumière artificielle comme révélateur de la forme architecturale et de la poésie urbaine. Il l'envisage également comme un élément de conception du projet, lorsqu'il collabore par exemple avec les architectes Jean Nouvel ou Rudy Ricciotti, ou le paysagiste Michel Desvigne. Il travaille sur la ville contemporaine, vécue 24 heures sur 24, et pense qu'il serait temps de sortir de l'opposition entre le sensible et le fonctionnel.

Une sorte de colère fervente anime Yann Kersalé. Il fulmine, s'emporte, file la métaphore. L'architecte Jean Nouvel, avec qui il a souvent travaillé, le décrit comme un homme d'éclats. Le jeu de mots lui va comme un gant. Dans toutes ses acceptions. Normalisation, réglementation, lobbying, conformisme, obsession sécuritaire… les deux pieds dans le réel, vent debout, il épingle sans compter les travers de la société contemporaine. Né artistiquement dans le creuset situationniste des années 1970, ce Breton formé aux beaux-arts de Quimper se plaît à rappeler son passé de marin-pêcheur.

Une paire de bottes trône d'ailleurs fièrement dans l'atelier. Est-ce là, dans la nuit noire des campagnes de pêche, qu'il a capturé ses premiers reflets de lune sur la houle ? Probablement.

En Bretagne, à écouter battre le cœur immense de l'océan, on ne peut ignorer la poésie sauvage de la nature. On s'en imprègne, sinon rien. Pour autant, la nuit de Kersalé est urbaine, très urbaine.

Espaces publics, paysages industriels, quais, grues et portiques, façades brutales et autres interstices invisibles qu'il modèle avec son matériau de prédilection. Artiste, designer, sculpteur de lumière, peu importe. Il s'est approprié un genre classique qui voyage bien, de la petite à la grande échelle : « la manière noire ». Comme le graveur, il perce de lumière la forme construite ou le paysage pour révéler une autre réalité. Avec la nuit comme principale alliée. Dans son atelier de Vincennes, entouré d'une équipe de collaborateurs aux compétences complémentaires, tout commence par un dessin.

Le mur derrière son bureau en est couvert : le Mucem à Marseille, l'opéra de Lyon, le musée du quai Branly à Paris, les premières esquisses de la villa Médicis à Rome, la gare du Grand Paris Express du Kremlin-Bicêtre. Il a créé un genre qui a fait de nombreux émules et propose en ces temps où la ville ne dort plus, d'aller plus loin.

« Bout au vent », Kersalé ne s'interdit rien.

Après quarante ans de pratique, comment vous définissez-vous ?

Comme un artiste qui fait face aux contraintes pour aller au bout de son idée ! Rien n'a changé. Mon rôle est toujours de révéler la dimension sensible et poétique du réel. Dès le début, j'ai préféré activer cette voie dans l'espace public car je ne concevais pas mon travail dans une galerie ou un musée. Je ne souhaitais pas me consacrer à une œuvre créée dans un laboratoire puis vendue par un galeriste sur le marché de l'art. J'ai donc exploré les possibilités d'amorcer un événement dans cet espace commun qu'est la ville.

Avec une dose d'impertinence et une certaine conscience politique, sans pour autant chercher l'affrontement. Avec Hans-Walter Müller, lorsque l'on distribuait aux sans- domicile des abris qu'ils accrochaient aux grilles du métro avec un sandwich et une bouteille de rouge, ça ne plaisait pas vraiment aux forces de l'ordre. Mais c'était une façon de s'approprier l'espace urbain et d'être au plus près d'une [...]

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