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Le difficile accès aux marchés publics des artisans groupés
Un couvreur de la coopérative Ma Maison 29 intervient sur une maison du bailleur Le Logis breton à Plonéis (Finistère). - © GUILLAUME PRIÉ / LE MONITEUR DU BTP

Le difficile accès aux marchés publics des artisans groupés

Laurent Duguet |  le 15/10/2018  |  Sous-traitanceMarchésAppel d'offresBailleurs sociaux

GIE ou coopératives ont des arguments pour répondre aux appels d'offres. Mais peu s'y aventurent.

Il existe toujours une exception. La coopérative La Guadeloupéenne entreprise et travaux, basée à Baie-Mahault, membre de la FFACB (1), réalise 90 % de son activité avec trois des quatre bailleurs sociaux de l'île : « Depuis le départ, nous voulions avoir accès aux marchés publics tout en échappant à la sous-traitance. Nous travaillons sur des projets pouvant atteindre 50 logements et n'hésitons pas à nous frotter à des majors », se félicite Didier Fabignon, chargé de la coordination et l'un des gérants de la coopérative, seul non-artisan parmi les 10 membres représentant des entreprises de 5 à 20 salariés, du gros œuvre à la plomberie.

Pourtant, si certains artisans s'allient pour aborder les marchés publics, peu d'initiatives perdurent. Le GIE Groupement des entreprises du bâtiment, au Puy-en-Velay (Haute-Loire), composé de 7 entreprises du bâtiment, dont 2 de plus de 10 salariés, en revient. « Nous avons essayé de répondre à des marchés publics quand l'activité de la maison individuelle s'est effondrée pendant la crise, raconte Frédéric Belledent, plombier chauffagiste membre du GIE. Certains d'entre nous répondaient à des appels d'offres de leur côté, et le groupement a candidaté par lot pour des écoles, mairies et maisons de retraite. » Si la facture est au nom du GIE, celle-ci prend une commission de 3 % (contre 10 % en maison individuelle). Cela est dû au fait que « les prix des appels d'offres sont vraiment trop tirés vers le bas, selon l'artisan. Cela a permis d'équilibrer notre activité, mais, depuis la reprise, nous laissons le marché public de côté ».

« Prix trop élevés ». Même son de cloche du côté de la Chaîne des artisans landais (Dax) : « Nous avons réussi à traiter quelques marchés publics dans le cadre d'un appel d'offres global, mais c'est anecdotique, regrette Raphaël Lafont, son directeur. La procédure de l'appel d'offres public s'effectue généralement en lots séparés et, du coup, nos prix étaient trop élevés comparés à des prix d'artisans en direct, puisque nous ajoutions les marges de fonctionnement de la coopérative. »

Les groupements peuvent pourtant être les bienvenus. Dans le Finistère sud, le Logis breton, à la tête d'un modeste parc diffus de 2 000 logements sociaux, ne tarit pas d'éloges sur les groupements d'artisans : « Nous avions les plus grandes difficultés à fidéliser des artisans sur des travaux de dépannage ponctuels jusqu'au jour où l'un d'entre eux nous a parlé de sa coopérative, Ma Maison 29, se souvient Nicolas Yannic, responsable clientèle du Logis breton. Depuis, nous travaillons avec eux par ordre de service et nous en sommes satisfaits. » Une méthode structurée a été mise en place. Le Logis breton a sectorisé les interventions, et un numéro unique a été mis en place au sein de la coopérative.

« Cette démarche nous a permis de découvrir des professionnels formidables. » Nicolas Yannic, responsable clientèle du Logis breton.

Au moindre besoin, le bailleur appelle la coopérative qui relaie auprès des artisans concernés selon le type de lots. Jusqu'à moins de 500 euros de travaux - soit le montant de la plupart des dépannages (fuites d'eau, réglage d'un hublot, remise en place d'ardoises) -, l'intervention est immédiate. « On joue le jeu pour tous les corps d'état, ajoute Nicolas Yannic. Cette démarche nous a permis de découvrir des professionnels formidables dans des secteurs où aucun artisan ne serait

intervenu pour découper de l'enrobé ou refaire une canalisation. » Au-delà de 500 euros, une demande de devis est systématique. « Là encore, nous nous sommes mis d'accord sur un bordereau de prix, ce qui permet un gain de temps », précise le bailleur. Menée depuis quatre ans, cette expérience est positive. « Elle nous a permis de générer de l'embauche et tout nouvel entrant dans la coopérative est certain d'avoir du travail », observe Jean-Alain Le Quéré, couvreur, membre de Ma Maison 29 et président de l'Uf-cac (2). Quant au bailleur, s'il n'est pas satisfait d'un artisan, c'est la coopérative qui gère la situation en interne.

Limites. Pourtant, chacun pointe les limites de cette union. Le bailleur, qui va devoir passer en marchés à bons de commande, en raison de la progression de son parc, appelle la coopérative, très inquiète, à se préparer à cette nouvelle étape. Quant à Ma Maison 29, elle craint que l'augmentation générale de l'activité ne « laisse plus de temps au réseau coopératif de se battre sur les marchés des collectivités ». Même du côté de la Guadeloupéenne entreprise et travaux qui affiche un CA de 7 M€, cette expérience concluante semble peu reproductible : « Les collectivités ont compris notre fonctionnement et nous font confiance, souligne Didier Fabignon. Pourtant, au-delà de 12 membres, je pense que la coopérative aurait du mal à maintenir son organisation très spécifique et une confiance réciproque sans faille. »

(1) Fédération française des artisans coopérateurs du bâtiment. (2) Union française des coopératives artisanales de construction.

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