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"Le devoir de néologisme", par François Scali, architecte

CHESSA Milena |  le 06/02/2008  |  France

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Lu dans la presse : "La construction est sommée de prendre le virage du développement durable." Tous les journaux font écho à un événement d’une portée médiatique considérable, "Le Grenelle de l’Environnement".

Un secteur professionnel entier est interpellé par un slogan, "le bâtiment a une occasion unique de devenir écologiquement correct". L’architecture est secouée des spasmes de ces informations qui couvent depuis une bonne vingtaine d’années et qui explosent aujourd’hui à partir des sphères politiques en leur donnant une dimension solennelle et un peu dramatique : on doit changer nos manières de penser l’architecture, réfléchir autrement. Tant mieux, depuis le temps qu’on rêvait d’une nouvelle rupture, fatigués que nous sommes de balancer entre la gesticulation et le no design. Tout le monde a parfaitement compris que les enjeux de la nouvelle donne climatique, l’émission des gaz à effets de serre, la raréfaction des ressources fossiles, etc. (il serait possible de commencer une passionnante liste des frayeurs de l’époque, mais on risquerait de sombrer dans des travers millénariens hors de propos) vont bouleverser la pensée architecturale, et la forme des villes au-delà d’une simple adaptation à des réglementations techniques nouvelles, ou des labels incontournables.

Lexicologie
Comme l’inconscient chez Lacan, structuré par le langage, la pensée architecturale a besoin de mots pour former les concepts à naître. Donc à pensée nouvelle, mots nouveaux, la lexicologie du climatiquement correct est en train de se constituer. A partir de 1990, la "haute qualité environnementale" (HQE) apparaît en France, en relation avec le sommet de la Terre de 1992. La HQE est la plus ancienne des expressions qualifiant une démarche qualitative liée à la protection de l’environnement et au développement durable. Appliquée à l’architecture, cette locution est associée à 14 points qui sont devenus des garde-fous à respecter impérativement : la relation à l’environnement immédiat, le choix des matériaux de construction, le chantier à faible impact environnemental, la gestion de l’énergie, la gestion de l’eau, la gestion des déchets, la pérennité des performances environnementales, le confort hygrothermique, le confort acoustique, le confort visuel, le confort olfactif, la qualité sanitaire des espaces, la qualité sanitaire de l’air, la qualité sanitaire de l’eau. C’est bien, mais troublant par la nature semi-réglementaire des préoccupations indispensables à la bienséance environnementale, et on nous prend un peu pour des imbéciles en codifiant ainsi ce qui semble désormais à ranger dans le tiroir des évidences. Ne doit-on pas surtout penser que ce qui a été dicté par les pionniers de la pensée écologique est aujourd’hui largement insuffisant, voire dépassé ?

La "achequeu" est devenue surtout, hélas, une compétence complémentaire de la panoplie des équipes de maîtrise d’œuvre, en complément de l’architecte, et en position protocolaire floue. Gage de leur conscience pour la planète, et ne sachant comment exprimer cette nouvelle exigence écologique, les maîtres d’ouvrage n’oublient plus de citer "la compétence HQE", au nombre de celles indispensables pour avoir aujourd’hui le droit de construire en France. Faute de mieux, les maîtres d’ouvrage savent au moins que s’ils ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils recherchent (personne ne sait !), les équipes de maîtres d’œuvre sauront, et se débrouilleront ainsi, caution HQE en guise de bouclier, contre la négligence environnementale. Ainsi est née la "démarche HQE" aujourd’hui présente partout (bien avant Grenelle), et dont pas grand monde ne sait précisément ce dont il s’agit, hormis la définition d’un cadre environnemental dans lequel doit s’effectuer la réflexion architecturale. C’est déjà pas mal, certes, mais le résultat est que l’architecte HQE n’est jamais considéré autrement que le SSI ou le SPS, un triolet d’initiales en plus, jamais mandataire, toujours consultant.

Lendemain d’un Grenelleshow-biz
Or, il n’y a pas de HQE en Europe, les architectes ont un devoir de pratique écologique induit. Le "Sustainable design" (architecture conforme aux principes écologiques en vigueur) est pratiqué automatiquement par les architectes d’Europe du Nord, au même titre que la résistance des matériaux ou la perspective. Et puis, la qualité environnementale ne doit pas être une compétence "externe" dont on doit se doter ponctuellement. C’est une disposition d’esprit, une pratique architecturale et même une inspiration. Les hypothèses environnementales et énergétiques préexistent à la conception des projets, et c’est dans une synchronisation de l’étude de fonctionnement, la création spatiale et de la réflexion environnementale que devrait s’élaborer l’architecture. Alors comment appeler ce qui nous arrive aujourd’hui, lendemain d’un Grenelle show-biz ? Conception durable ? Eco architecture ? Architecture environnementale ? Ou simplement architecture, enfin contemporaine du troisième millénaire. Les Anglais ont une richesse linguistique qui permet de caractériser l’architecture de l’adjectif qui en définit le particularisme. S’il y a particularisme pour une pratique environnementale de l’architecture, comment la nommer ?

François Scali est architecte. Il réalise dans le nouveau quartier des Hauts-de-Bléville au Havre, 16 maisons expérimentales utilisant toute la palette des énergies renouvelables, en visant une consommation réduite à 30kWh/m2/an.

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