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Le développement durable,
Crédit photo : Thomas Gogny/Le Moniteur (cliquez sur l'image pour l'agrandir) - ©

Le développement durable, "Cheval de Troie" de l'architecture

DEGIOANNI Jacques-Franck |  le 27/02/2008  |  France Architecture

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Architecte, urbaniste et directeur de l'Ecole d'architecture de Versailles, Nicolas Michelin défend ici une approche exigeante, frugale et juste de l'architecture durable. Elle est pour lui à l'image de l'astragale, ce minuscule os du pied, indispensable à l’équilibre de tout le corps...
Tout, au travers de cette approche "astragalienne", se doit d'être pensé spécifiquement, sans a priori ni solutions prémâchées : elle est essentiellement juste et vise juste à l’essentiel pour l’homme.

Que représente le développement durable dans votre pratique?
Le développement durable en architecture est une manière de pénétrer la production standard de logements ou de bureaux en vue d'obliger les acteurs de la construction à concevoir et réaliser différemment. C'est un Cheval de Troie. Malheureusement, on assiste en France à une fantastique montée en puissance des réglementations, normes, etc. Exiger des performances (thermiques, acoustiques, lumineuses, etc.), c'est normal. Mais c'est à l'architecte d'innover pour les atteindre. Ces prescriptions réglementaires ont pris aujourd'hui une ampleur telle qu'elles stérilisent toute expérimentation. Face au bureau de contrôle mandaté par la maîtrise d'ouvrage, l'architecte se trouve souvent dans l'impossibilité de convaincre pour innover. J'ai aujourd'hui le plus grand mal à installer dans les 140 logements que je réalise à Dunkerque une ventilation naturelle assistée (VNA) au lieu d'une VMC, faute d'ATex délivrée en temps utile... Et regardez les immeubles de bureaux qui se construisent : vitrés, climatisés, etc. C'est scandaleux ! Imaginer des bureaux passifs c'est s'interroger sur la structure, l'inertie, la lumière, les ambiances, les nouvelles façons de travailler. Mais personne ne prend le moindre risque !

L'urbanisme est également concerné au premier chef...
Naturellement ! Le développement durable, au niveau de l'îlot, c'est la compacité, la densité. Je crois à la rue, au système de la rue et de l'adresse. Entre ces rues, l'îlot est un moyen commode de gérer les réseaux et le voisinage. Mais je ne crois pas à la parcelle : si l'on veut des îlots compacts, il faut mutualiser les équipements (parkings, locaux poubelles, etc.), imaginer des courées communes, des "unités de voisinage". Là aussi, il en va de la qualité de l'usage. Ce partage et cette mutualisation des ressources et de l'espace obligent à l'invention. Pourquoi ne pas s'y atteler dans les nouveaux quartiers qui se construisent ? C'est ce que je propose à Mulhouse, Lille et Dunkerque où j'interviens actuellement. Ce qui fonctionne en Allemagne ou au Danemark doit pouvoir essaimer en France.

Quelles seraient les caractéristiques fondamentales de cette architecture innovante et durable que vous défendez?
Elle est pour moi à l'image de l'astragale, ce minuscule os du pied, indispensable à l’équilibre de tout le corps... Elle doit être ajustée à son milieu, frugale en énergie et réalisée avec peu de moyens. Tout y est pensé spécifiquement, rien ne provient de solutions normées. Ni extravagante, ni démonstrative, elle est "essentiellement juste" pour l'environnement et vise "juste à l'essentiel" pour l'homme. En plus de ses qualités de spatialité, de confort et de durabilité, l'architecture doit faire rêver. Elle se positionne très exactement en fonction du contexte et non de cibles à atteindre. En ce sens, elle ne peut qu'être atypique, innovante, en osmose avec le site. Cela oblige à beaucoup de réflexion et d'attention. Un bâtiment réalisé selon cette démarche sera présent à son milieu, sans ostentation. Il laisse toute sa place à la nature, récupère l'eau de pluie, offre des espaces "interclimatiques" (serre, véranda, etc.), est ventilé naturellement. Il est léger et économe en matériaux, sa structure est optimisée. Il est flexible et évolutif, spacieux et appropriable, sans en imposer aux utilisateurs. Il est enfin innovant, étrange et poétique...

Propos recueillis par Jacques-Franck Degioanni

Cette interview est extraite d'un numéro hors-série du Moniteur consacré au développement durable et qui présente les principaux enjeux dans les domaines du bâtiment, des travaux publics, de l’architecture, des infrastructures de transport, de l’énergie...
Ce numéro spécial de 200 pages, diffusé aux abonnés du Moniteur, est également disponible en kiosque, dès vendredi 29 février, au prix de 19€.

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