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Le Corbusier et le couvent dominicain de la Tourette
Couvent dominicain de la Tourette par Le Corbusier - © © Dailymotion

Le Corbusier et le couvent dominicain de la Tourette

CATHERINE SABBAH |  le 16/04/2009  |  ArchitectureBouches-du-RhôneRhôneFrance entièreCulte

Conçu pour être un lieu d'études, le couvent Sainte-Marie de la Tourette construit en 1960 près de Lyon par Le Corbusier est devenu un lieu d'échanges et de curiosité architecturale.

Il fallait assez d'audace au directeur de la revue "Art sacré", Pierre Couturier, pour proposer en 1951 de confier à Le Corbusier la construction du nouveau couvent des Dominicains près de Lyon. L'architecte achevait la Cité radieuse à Marseille, déjà surnommée la maison du fada, il ne se réclamait officiellement d'aucune croyance et avait peu travaillé sur des édifices religieux.
Le programme que lui soumet Pierre Couturier tient en quelques lignes : un cloître, les grands volumes de l'église, le réfectoire, le chapitre et, dans les étages, une centaine de cellules, des bibliothèques et quelques salles communes. Le "maître d'ouvrage" insiste sur la pauvreté de l'ordre des Dominicains et sur leur statut particulier : les frères étudiants ne sont pas simplement de passage, mais s'installent pour sept ans de réflexion philosophique et théologique. Leur "maison" est un lieu d'études sans production ni travail manuel.
Une dernière recommandation à l'architecte : la visite de Thoronet, l'une des grandes abbayes cisterciennes de Provence où il devrait comprendre "l'essence même de ce que doit être un monastère à quelque époque qu'on le bâtisse, étant donné que les hommes voués au silence, au recueillement et à la prière dans une vie commune ne changent pas beaucoup avec le temps".

Béton brut et pans de verre

Le Corbusier saisit cette essence. Le couvent de la Tourette, sur les monts du Lyonnais, dans la commune d'Eveux-sur-Arbresle, ne ressemble à rien de ce qui s'était construit jusque-là. Toutefois, la géométrie nouvelle choisie par l'architecte, les volumes modernes et la brutalité parfois du traitement des matières respectent les traditions de la hiérarchie des espaces. Parfois même, on croit saisir quelques clins d'œil du modernisme à un passé de construction glorieuse, celui des grandes églises et des cathédrales.
Autour de la cour intérieure qui fait fonction de cloître, les bâtiments sont disposés face à face. Cette composition est tout ce qui reste du passé. A la place de la fontaine traditionnelle, l'oratoire est en béton brut, posé sur une double équerre en forme de croix et couvert d'un petit clocher pyramidal. Les bâtiments construits sur pilotis (le plus au sud repose sur une dalle à dix mètres de hauteur) sont éclairés par de grands pans de verre tenus par des fines colonnes de béton, ou, lorsque la structure l'impose, des fentes horizontales sont creusées au niveau des yeux dans des murs pleins.
Dans les étages, les cellules de 1,83 m de large sur 5,92 m de long et 2,26 m de haut (la taille des chambres d'enfants des unités d'habitation) ouvrent toutes sur une petite loggia construite en saillie. Dans la plus belle des salles communes, le réfectoire, quatre piliers de béton soutiennent deux poutres sur toute la longueur de l'aile. En les croisant avec de plus petites placées perpendiculairement, l'architecte a recréé un plafond à caissons.

Silence et paix

Au-dessus des trois ailes sud, est et ouest, un toit terrasse recouvert de terre et planté au gré du vent sert de déambulatoire. Un clocher en émerge, c'est la cage d'escalier qui adresse comme un signe au campanile de l'église, en face. Tout autour, un mur de 1,70 m de haut isole les promeneurs et "finit" le couvent. Le Corbusier refusa d'en diminuer la taille pour alléger le prix du chantier. D'autres économies imposées au cours de la construction rendirent le couvent peu fonctionnel par la suite et cher à entretenir : les voussures prévues sur certaines parois de la nef pour l'isoler ne furent jamais installées. De même, l'insonorisation des cellules et des salles d'études dessinées pour le silence fut jugée trop coûteuse, comme les ascenseurs et le double vitrage.
Au nord, l'église. Elle est bâtie de plain-pied. Et ses grands murs apparemment aveugles tranchent avec les façades vitrées des autres bâtiments. Sa ligne de faîte légèrement oblique, son campanile en porte-à-faux, posé sur une équerre semblent la faire pencher.
Le couvent de la Tourette fut béni le 19 novembre 1960. Entre la date de sa commande et son achèvement, un événement avait ébranlé le monde religieux, et le monde civil allait connaître quelques changements : le concile de Vatican II en 1959 allégea la liturgie et adoucit la vie des moines. Mai 68 montra un autre chemin à de nombreux jeunes gens promis aux ordres. Il n'y eut jamais 100 frères à la Tourette, à peine une quinzaine au début des années 2000. Mais le couvent ouvrit ses portes à d'autres visiteurs, attirés par les deux thèmes que Le Corbusier avait voulu servir : "J'ai travaillé pour ce dont les hommes ont le plus besoin, le silence et la paix", écrivait-il.

www.couventlatourette.com

Le Corbusier et les frères dominicains
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