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Le contournement de Strasbourg fait face à l’adversité
Le projet implique le réaménagement de plus de 11 000 hectares. L’évaluation de l’impact de ce remembrement a été jugée insuffisante cet été par le Conseil national de protection de la nature. - © © Arcos

Le contournement de Strasbourg fait face à l’adversité

Christian Robischon (Bureau de Strasbourg du Moniteur) |  le 22/09/2017  |  TransportsBas-RhinTravaux publicsAutoroutesCOS

Avis défavorable sur les mesures environnementales, suspension des travaux préparatoires depuis jeudi, les récents épisodes du projet de Vinci ne vont pas dans le sens de sa réalisation rapide. Appelé en arbitre, l’Etat reviendra-t-il sur ses engagements ?

Les vents contraires soufflent sur le contournement ouest de Strasbourg (COS), au point de lui faire faire du surplace. Depuis jeudi 21 septembre, les travaux préparatoires du projet autoroutier de Vinci (550 millions d’euros pour 24 km dont 22 km payants) sont suspendus. C’est la dernière étape d’un scénario qui n’est pas allé dans le sens de sa réalisation rapide. En juillet, le COS a reçu l’avis défavorable du Conseil national de protection de la nature (CNPN) sur plusieurs points des mesures environnementales. Arcos, le concessionnaire filiale de Vinci pour cette future A355, a donc dû revoir sa copie, ce qui repousse de plusieurs mois le début du chantier. L’enquête publique attendue à la fin de l’été est décalée à la fin d’année si tout se passe bien. Arcos maintient l’objectif d’une mise en service à l’automne 2020.

A l’inverse, les travaux préparatoires avaient obtenu l’aval du même CNPN. Ils consistent principalement en des déboisements à réaliser en septembre et octobre. De cette distinction, les opposants n’ont eu cure toutefois. Mercredi 20 septembre, ils se sont rendus au petit matin sur les lieux du premier déboisement pour guetter l’arrivée des engins, dans le but de les empêcher d’entrer en action. Leur initiative a été couronnée de succès au-delà de leurs espérances. L’affaire s’est emballée, l’entremise de la députée LREM du territoire concerné, Martine Wonner, a abouti à la convocation d’une réunion d’urgence le lendemain au cabinet du ministère des Transports, d’où il est ressorti qu’il était urgent d’attendre. En l’occurrence, la «position» du gouvernement sur un projet qui n’avait jusqu’alors que recueilli au mieux sa neutralité, celle de Nicolas Hulot en premier lieu.

 

Mesures compensatoires renforcées

 

Ironie du sort, c’est le 20 septembre également qu’Arcos a déposé ses réponses à l’avis du CNPN. Parmi la trentaine de points soulevés, le principal tient à l’impact environnemental du vaste aménagement agricole et forestier de plus de 11 000 hectares. Le CNPN a jugé son évaluation insuffisante. L’étude est donc reprise, avec le conseil départemental du Bas-Rhin, la collectivité maître d’ouvrage de ce type de réaménagements. Et des mesures compensatoires supplémentaires sont proposées.

Avant la mise en suspens, les déviations des réseaux d’eau avaient été achevées cet été, de même que la phase d’archéologie préventive qui doit à présent se prolonger par les fouilles définitives sur une trentaine de sites.

Les fouilles archéologiques préventives, d’une durée d’un an, se sont achevées à la fin de l’été.
Les fouilles archéologiques préventives, d’une durée d’un an, se sont achevées à la fin de l’été.

C’est donc une opposition ragaillardie qui prépare la manifestation qu’elle espère d’envergure du 30 septembre prochain à Strasbourg. «La nationalisation du sujet devient réalité. Rien n’est acquis, mais ce dossier nous semble en phase avec le discours d’ouverture des Assises de la mobilité par Edouard Philippe qui invite à prendre le temps de bien réfléchir aux projets», commente Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature. Fer de lance du collectif GCO (Grand contournement ouest) non merci !, l’association de préservation de l’environnement a déjà multiplié les recours contre le COS, sans succès pour l’instant: première instance contre le contrat de concession, référé contre les arrêtés d’autorisation des travaux préparatoires, entre autres.

 

«Si on veut flinguer l’économie régionale…»

 

Mais les partisans de la future autoroute veulent faire entendre leur voix, qu’ils estiment très majoritaire. «Particulièrement surpris, voire choqués» de l’interruption des travaux d’un projet «dont la déclaration d’utilité publique a été validée par le Conseil d’Etat», la région Grand Est, le département, la Ville et Eurométropole de Strasbourg, la CCI et la chambre de métiers ont écrit mercredi soir au même Edouard Philippe pour lui demander audience et obtenir la reprise du processus.

L’objectif est de contrer l’argumentaire d’un projet qui serait inutile et d’un autre temps, du fait de sa conception il y a 40 ans. Le président de la CCI Alsace Eurométropole, Jean-Luc Heimburger, monte au créneau. «A force d’attendre, évidemment, le projet n’est plus anticipateur comme à son origine. Mais ce ne sont tout de même pas des imbéciles qui l’ont conçu ! Entre-temps, le transport collectif s’est développé, nous avons le réseau TER le plus dense de France, tout ceci a bien soulagé le trafic dans Strasbourg, mais pas résolu le problème de son contournement, que seule la route peut faire», expose-t-il. Le président de CCI appuie son argumentaire par la mise en balance de ses deux évolutions sur une vingtaine d’années: 100 000 véhicules/jour de moins dans Strasbourg (-40 %) mais 60 000 véhicules de plus sur l’actuelle autoroute de contournement (+50 %). Le COS pourrait représenter un délestage de 25 000 à 30 000 véhicules.

Pour Jean-Luc Heimburger, les conséquences de l’engorgement autour de Strasbourg se font déjà sentir sur l’économie locale – «des artisans ne veulent plus passer du Nord au Sud de l’agglomération et vice-versa pour y décrocher des marchés» et sur l’attractivité auprès des grandes entreprises. «Si on veut pas flinguer l’économie strasbourgeoise et celle de toute l’Alsace qui est tirée par la métropole, alors il faut faire ce projet, malgré ses imperfections. Ce sont plusieurs dizaines de milliers d’emplois qui sont en jeu. Veut-on faire entrer l’Alsace dans la décroissance ? Les responsabilités des prochains temps seront lourdes à porter».  Avis au gouvernement.

 

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