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Le combat sans fin contre l'habitat indigne à Marseille
Sur les trois immeubles de la rue d’Aubagne qui se sont écroulés, deux étaient murés et donc théoriquement inhabités. - © CLAUDE ALMODOV AR / DIVERGENCE

Le combat sans fin contre l'habitat indigne à Marseille

CHRISTIANE WANAVERBECQ |  le 16/11/2018  |  Bouches-du-RhôneHabitat indigneImmobilierFondation Abbé PierreLoi Elan

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L'effondrement de trois immeubles met en lumière les lenteurs et les difficultés de l'intervention publique.

Il aura fallu un drame pour que l'habitat indigne revienne en force dans l'actualité marseillaise. Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, a chargé le préfet de région de réaliser sur le sujet un « audit précis », qui se fera « immeuble par immeuble ». Pourtant, Florent Houdmon, directeur de l'agence régionale de la Fondation Abbé Pierre, ne peut s'empêcher de penser que l'effondrement des trois immeubles de la rue d'Aubagne à Noailles, un quartier populaire du centre-ville, était inévitable. « Il manque une vraie stratégie, tout le monde doit intervenir et se coordonner, estime-t-il. En 2015, le rapport Nicol demandait déjà le renforcement des mesures coercitives et incitatives, ainsi qu'une meilleure articulation des politiques publiques. » Cette étude comptabilisait 40 000 logements potentiellement indignes à Marseille, soit 13 % des résidences principales, et 6 000 copropriétés « fragiles » pour des raisons économiques ou structurelles.


Dans le quartier Noailles, près de la moitié du bâti est considéré comme indécent ou dégradé.

Prédominance du parc privé. Le quartier Noailles, dont le bâti est considéré à 48 % comme indécent ou dégradé, ne compte que 5 % de logements sociaux. Le parc privé accueille donc des populations en situation précaire, parfois victimes des marchands de sommeil. Selon un spécialiste, seule une politique d'acquisition immobilière à grande échelle de la part de la puissance publique pourrait amortir les coûteuses opérations de mise aux normes du bâti ancien.

Pourtant, des outils existent déjà, à l'instar du troisième protocole d'accord pour un plan de lutte contre l'habitat indigne dans les quartiers du centre et des faubourgs. Signé en décembre 2017 par la métropole, la Ville et le gouvernement, il a inscrit 8,8 millions d'euros pour les expertises et l'animation des différents dispositifs d'accompagnement des travaux. La municipalité a par ailleurs confié à deux concessionnaires le soin de réhabiliter le centre-ville.

La SEM Marseille Habitat prend en charge l'éradication de l'habitat insalubre. « Elle est intervenue sur plus de 70 immeubles, dont 50 ont été réhabilités, soit 500 logements », précise Arlette Fructus, l'adjointe (Mouvement radical) au maire chargée du logement. Dans le cadre de l'opération Grand Centre-Ville, l'aménageur Soleam requalifie, de son côté, l'espace public et lance des appels à projets pour la reconversion d'îlots entiers. Porte-parole de l'association « Un centre-ville pour tous », Patrick Lacoste pointe malgré tout l'attentisme de la puissance publique. « Depuis la fin du programme de restauration immobilière en 2009, 50 % des immeubles dans le périmètre du quartier Noailles n'ont pas été traités. En début d'année, l'équipe municipale a annoncé une nouvelle étude pour 2020 suspendant encore l'action sur l'habitat dégradé », déplore-t-il. L'Agence régionale de santé, de son côté, avait jugé sévèrement l'action du service communal d'hygiène et de santé.

Loi Elan très attendue. Devant ces critiques, la Ville rappelle l'existence de nombreux obstacles. Sur les trois immeubles écroulés, deux étaient murés et donc théoriquement inhabités. Celui situé au n° 63, frappé par un arrêté de péril en 2008, avait fini par être entièrement acquis par la mairie au bout de dix ans, suite à des procédures judiciaires engagées par les propriétaires. Quant à l'immeuble en copropriété du 65 rue d'Aubagne, il avait fait l'objet, le 18 octobre, d'une expertise des services compétents qui avait donné lieu à la réalisation de travaux de confortement permettant la réintégration des occupants.

Le propriétaire du n° 67 avait, lui, engagé une procédure judiciaire à l'encontre de la copropriété du n° 65 concernant l'instabilité du mur mitoyen. Marseille Habitat s'était greffée sur cette démarche. « Depuis septembre, et la remise du rapport d'expertise, nous attendons que le tribunal fixe une audience. On ne peut pas dire que nous ne faisons rien, même si ce n'est jamais assez. Nous sommes sur de la propriété privée, avec des problèmes de procédures, de financement et de marchands de sommeil », insiste Arlette Fructus, qui attend beaucoup de la loi Elan et du plan national sur les copropriétés dégradées.

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