En direct

Le CO2 : une ressource pour réduire le carbone incorporé des bâtiments ?
- © Interface

Le CO2 : une ressource pour réduire le carbone incorporé des bâtiments ?

Laëtitia Boucher, Responsable du développement durable pour l'Europe du sud, Interface |  le 13/07/2021  |  Matériaux biosourcésFrance Economie circulaireRE2020Innovation

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Matériaux de construction
Matériaux biosourcés
France
Economie circulaire
RE2020
Innovation
Valider

Dans le cadre de son plan d’action pour le climat, le « Green Deal », la Commission européenne s'apprête à exiger davantage d’efforts de la part des différents États membres en termes de rénovation énergétique des bâtiments et de baisse des émissions liées. Ils devront ainsi réduire leur consommation d'énergie de 1,5% par an entre 2024 et 2030, soit près du double de l'objectif actuel de 0,8%. Pour y parvenir, il faudrait atteindre zéro émission nette d'ici 2050 et réduire l’intensité énergétique des bâtiments de 30% d’ici 2030. Un objectif probablement difficile à tenir car la demande énergétique devrait continuer à croître avec, d’une part, l’augmentation des constructions neuves dans les pays émergents et d'autre part, la hausse des besoins en énergie pour le chauffage et la climatisation, liée aux conditions climatiques extrêmes… Toutefois, des leviers et des solutions innovantes existent.

Avec près de 40% des émissions totales des gaz à effet de serre (GES) directes et indirectes, et une consommation d’un tiers de l'énergie produite dans le monde, le secteur de la construction est un formidable terrain de décarbonation.

Le carbone incorporé : un levier pour accélérer la décarbonation du secteur

En tant qu’acteurs du secteur, il est excitant de se dire que nous faisons partie de la solution à l’échelle mondiale : ensemble, nous avons l’opportunité de décarboner plus d’un tiers des émissions de GES planétaires ! Nous disposons d’un puissant levier d’action pour décarboner à la fois les modes constructifs, les matériaux et les usages.

Limiter l’impact des bâtiments passera par l’amélioration de leurs performances énergétiques, leur intensité et flexibilité d’usage, leur implantation (accessibilité facilitant les mobilités douces), leur circularité, leur conversion, leur démontabilité, et enfin, la sobriété des matériaux employés.

Ces dernières années, encouragé par les réglementations, le secteur s’est surtout penché sur la réduction des émissions de carbone opérationnel (émissions en phase d’usage des bâtiments), induites par le caractère ultra énergivore des constructions. Ce qui, grâce à l’évolution des technologies et des matériaux, permet de construire aujourd’hui des bâtiments passifs (à très faible consommation énergétique), voire même positifs (qui produisent de l’énergie).

Cependant, afin de ne pas ruiner les gains d’émissions engendrés par les faibles consommations énergétiques des bâtiments, il faut veiller à ce que les matériaux utilisés aient une empreinte carbone faible, et pourquoi pas négative. En effet, le carbone incorporé, celui émis pour fabriquer les matériaux, représente 11% des émissions du secteur.

 

Relever les challenges du carbone incorporé par l’innovation

Le carbone incorporé constitue un des défis auxquels les industriels peuvent s’attaquer en offrant des produits fabriqués de manière circulaire, durable et neutre. Baisser le carbone incorporé des bâtiments demande aux industriels d’être force d’innovations, que ce soit tant dans le sourcing de nouvelles matières premières, pour obtenir des composants à faible émission ou à empreinte carbone négative, que dans les nouvelles technologies de fabrication moins émissives ou encore dans les partenariats avec les fournisseurs en les engageants à réduire leurs propres émissions. Ce seront donc des matériaux circulaires, éco-conçus, facilement réemployables, démontables et recyclables qui permettront de réduire l’empreinte carbone globale des bâtiments. 

Notre époque foisonne d’innovations technologiques qui permettent de fabriquer des matériaux ayant une faible empreinte carbone, et même une empreinte carbone négative à la sortie des usines : ciments, mobiliers de bureau, éléments de façade, isolants, dalles de moquette etc.

Pour les fabriquer, les industriels disposent de deux technologies : la captation des GES issus de rejets industriels ou de l’atmosphère, transformés en plastique de carbone, ou, l’utilisation de matières premières biosourcées.

L’utilisation de composants biosourcés offre de formidables perspectives. Ces derniers sont issus de végétaux, qui ont, par photosynthèse, capturés du carbone de l’atmosphère pour l’emprisonner dans leurs racines, leurs tiges et leurs feuilles. Ce mécanisme synthétise le carbone en oxygène et en glucose de carbone nécessaire à la croissance des végétaux. Tout l'enjeu est donc de venir récupérer les composants biosourcés avant que les végétaux ne meurent et libèrent de nouveau le carbone dans l’atmosphère. Après transformation des matières végétales en composants, on obtient donc des matériaux biosourcés à bilan carbone net négatif. Ces deux technologies sont déjà utilisées pour concevoir des produits commercialisés à grande échelle.

Grâce à cette technologie et plusieurs innovations, Interface a par exemple réussi à produire les toutes premières dalles de moquettes à impact carbone négatif mises sur le marché, avec un résultat de - 0,30 kg de CO2 eq./m² en moyenne. Des dalles à empreinte carbone négative "cradle to gate" (du berceau à la porte), combinaison d’une forte concentration de composants biosourcés dans la sous-couche, avec une fibre recyclée ultra résistante, plus fine et plus légère, donc moins impactante, de nouveaux process de fabrication qui permettent d’utiliser moins de matières, le tout allié à une fabrication dans des usines quasi neutres. Autrement dit, la concentration de carbone séquestré dans le produit compense efficacement les impacts liés aux autres matériaux et à la fabrication, le produit est carbone net négatif sans faire appel à l’achat de crédit carbone (compensation). Ces résultats sont bien entendu vérifiés par une tierce partie, qui les valide via une Déclaration Environnementale de Produit (EPD).

Pour conserver les bénéfices du stockage du carbone dans les produits, et le prolonger dans le temps, il faut enfin assurer la recyclabilité des composants et du produit fini en fin de vie. 

L’émergence de ces nouvelles technologies est très prometteuse et sera probablement source de nombreuses innovations à l’avenir. Autant d'opportunités pour agir et appuyer sur l’accélérateur de la décarbonation du secteur.
 

Commentaires

Le CO2 : une ressource pour réduire le carbone incorporé des bâtiments ?

Votre e-mail ne sera pas publié

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Ajouter Le Moniteur à l'écran d'accueil