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Le CLT en pleine crise… de croissance

Paul Falzon |  le 29/12/2017  |  ImmobilierBas-RhinFinistèreLot-et-GaronneFrance entière

L'offre de panneaux lamellé-croisé, en vogue dans la construction bois, ne suffit pas encore à couvrir les besoins.

C'est le chantier emblématique du boom du panneau lamellé-croisé (CLT) : avec ses 150 logements en R + 11, la tour Sensations, à Strasbourg, sera la plus haute d'Europe construite avec ce matériau. Les travaux démarrent en janvier 2018, avec Eiffage Construction aux manettes pour Bouygues Immobilier. Encore marginal en France il y a quelques années, le CLT est devenu une solution recherchée par la maîtrise d'œuvre, les entreprises de la construction bois et, plus récemment, les majors.

Ces panneaux, composés de lames de bois encollées à plis croisés, séduisent par les possibilités de préfabrication en ateliers d'éléments structurels atteignant jusqu'à 20 mètres de long et 3,5 mètres de hauteur. Alors que la technique courante de la construction en bois par ossatures permet difficilement d'aller au-delà du R + 4, les qualités structurelles du CLT rendent possible la construction de bâtiments de moyenne et grande hauteur. Ces derniers mois, les programmes de bureaux et de logements collectifs en CLT se sont multipliés dans les métropoles.

Au point que les acteurs du marché constatent, depuis cet été, des retards de livraison de plus en plus fréquents.

Ventes en hausse. « La demande de CLT augmente partout dans le monde, pas seulement en France, rapporte Maxime Besnard, responsable développement et prescription de Stora Enso, l'un des leaders du secteur. La croissance est particulièrement forte dans les pays où le produit est déjà maîtrisé comme l'Autriche, l'Allemagne ou les pays scandinaves. » Et comme c'est aussi là qu'est installé l'essentiel des capacités de production de lamellé-croisé (voir tableau ci-dessous), le marché français n'est généralement pas prioritaire dans les livraisons. D'où les retards constatés ces dernières années. « On revient en fait à des délais normaux : les charpentiers, qui constituent notre cœur de clientèle historique, s'étaient habitués à des commandes livrées sous trois semaines, alors que nous avons toujours affiché un délai conventionnel de quatre à six semaines », relativise Thomas Baehrel, gérant de Lignatec, pionnier du CLT en France.

Ces difficultés ponctuelles ne semblent pas menacer la progression de la solution CLT. L'estimation d'une consommation annuelle de 30 000 m3 en France, couramment admise en 2016, semble aujourd'hui dépassée et atteint les 40 000 m3. Tous les fabricants interrogés par « Le Moniteur » annoncent des ventes en forte hausse pour 2017, généralement entre 30 et 40 %. La direction de Binderholz, entreprise autrichienne aujourd'hui doté des plus grosses capacités au monde, revendique même « une progression de 80 % par rapport à l'année 2016 » dans l'Hexagone.

Course au volume. La perspective d'un doublement des volumes à l'horizon 2020 n'a rien d'utopique : cela correspond à la livraison des premiers « Immeubles à vivre bois » du dispositif AdivBois, et des programmes conçus dans le cadre du référentiel E + C-, testé par le gouvernement pour réduire l'empreinte carbone de la construction. « La mise en place de cette expérimentation a un véritable impact sur la façon dont les donneurs d'ordre conçoivent leurs projets de logements collectifs et de bureaux », souligne Claire Deloeuil, responsable du développement de Sacba dans le Lot-et-Garonne, et présidente de l'association interprofessionnelle CLT France.

Pour capter ce marché émergent, les projets industriels se multiplient depuis deux ans en France. Début 2016, le site alsa cien de Schilliger a mis en route une ligne de production de panneaux CLT de 5 000 m3 /an. L'été dernier, Monnet-Sève s'est doté d'une deuxième presse lui permettant de faire passer ses volumes de 2 500 à 5 000 m3 . Sacba a également prévu de « doubler [sa] capacité de production en 2018, avec l'installation d'une deuxième presse », indique Claire Deloeuil. Le groupe Tanguy entend lui aussi multiplier ses volumes par deux avec la future construction à Plouédern (Finistère), pour 14 M€, d'une usine regroupant ses productions de bois lamellé-collé et de lamellé-croisé. Les fabri cants Mathis et Belliard ont également investi dernièrement.

Tensions sur les livraisons. Mais c'est Piveteau Bois qui a créé l'événement cet automne, en investissant 15 M€ pour se lancer dans le CLT. Avec, à terme, une capacité de production de 50 000 m3 , le groupe familial vendéen se hissera au niveau des fabri cants des pays germaniques et scandinaves. « La production des panneaux débutera réellement en août prochain, et 2018 sera une année de transition avant une montée en puissance en 2019, précise Vincent Marlin, responsable du marché de la construction bois du groupe Piveteau. Il faudrait que l'on capte rapidement 20 à 30 % du marché français pour amortir nos coûts. Nous devons être ambitieux : les grands projets qui arrivent mobilisent des volumes importants. » La dynamique d'investissement se ressent encore plus fortement au niveau européen, où plusieurs projets industriels ont été annoncés ces derniers mois. La plupart des nouvelles capacités ne seront cependant opérationnelles qu'en 2019. De nouvelles tensions sur les livraisons sont donc à prévoir dans l'immédiat. « On reste dans une phase où il y a plus de demande que d'offre, mais les cartes seront rebattues dans deux ans, lorsque les fabricants auront besoin de faire tourner leurs nouvelles capacités », analyse Thomas Baehrel (Lignatec). Autrement dit, attention à ne pas céder à la tentation de hausses de prix qui braqueraient les constructeurs bois, et plus encore les entreprises générales tout juste converties…

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Une fabrication concentrée dans les pays germaniques

Futur poids lourd parmi les Français, Piveteau Bois - qui va se lancer dans le CLT pour atteindre 50 000 m3 en 2020 - restera cependant un acteur moyen au plan européen. D'autant que les trois leaders actuels (dont deux Autrichiens) ont annoncé un renforcement de leurs capacités, et que le géant allemand du lamellé-collé Pfeifer va faire une entrée en force : 100 000 m3 prévus en 2020. En incluant les acteurs de second plan, l'offre devrait quasiment doubler dans les trois ans : production attendue de 1,2 million de m3 en 2020 (700 000 m3 estimés en 2017). Une course aux volumes qui pourrait faire baisser les prix, aujourd'hui autour de 500 €/m3.

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« On anticipe une progression de 30 à 50 % par an du marché français »

Comment percevez-vous la croissance actuelle du CLT ?

On a senti en 2017 une vraie bascule, avec l'arrivée sur le marché d'intervenants majeurs, parmi les entreprises générales ou les spécialistes de la construction bois, sur des projets de taille supérieure. De leur côté, les leaders de la promotion immobilière se structurent et recrutent pour développer des programmes en filière sèche. On peut s'attendre à une progression de 30 à 50 % par an du marché français du CLT dans les prochaines années.

Quels seraient les freins au développement du CLT ?

L'enjeu est le même pour tous les fabricants, quelle que soit leur taille : assurer la diffusion technique de la solution. Il nous faut encore rassurer certains bureaux de contrôle et bureaux d'études, notamment sur les qualités acoustiques et thermiques du produit.

Il existe un véritable besoin de référentiel : nous travaillons à l'élaboration d'un cahier de prescription technique en collaboration avec le CSTB et le FCBA. Nous organisons aussi des journées régionales CLT France pour aller à la rencontre des donneurs d'ordre, de la maîtrise d'œuvre et des constructeurs.

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