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Le Chrysler Building : la modern-star de New York
Ancienne vue aérienne du Chrysler Building à New York - © © Youtube

Le Chrysler Building : la modern-star de New York

CATHERINE SABBAH |  le 26/05/2010  |  ArchitectureRéalisationsInternational (hors U.E)

Visible de partout, le dôme cranté et étincelant du Chrysler Building trône depuis tout juste 80 ans dans le ciel new-yorkais. Ni la plus haute, ni la plus moderne, et sûrement pas la plus visitée, cette tour de bureaux a conservé tout son prestige grâce à une architecture audacieuse.

Situé au coin de Lexington-Avenue et de la 42e-Rue à New York, l'immeuble Chrysler a ouvert ses portes le 27 mai 1930. Célébré alors pour son record de hauteur, il devait signifier à la fois l'élan de la société américaine, pourtant en pleine dépression, la bonne santé du fabricant de voitures, et, plus encore, l'avenir radieux de cette huitième merveille du monde, l'automobile.
Venu du Michigan, Walter P. Chrysler, mécanicien en chef, directeur de la production chez Buick Motor Corporation en 1912, se retrouve à la tête de sa propre société, assez riche en 1927 pour se lancer dans la construction d'un grand siège social à New York. Il rachète à l'architecte William Van Alen des plans établis pour le compte d'un entrepreneur, W. H. Reynolds. Sa tour sera moderne, audacieuse, et bien sûr la plus haute. "Il ne voulait pas seulement que ses 77 étages grattent le ciel, mais qu'ils le percent", écrivirent des critiques de l'époque.

Un règne de courte durée

La crise n'y fait rien, vers la fin des années 1920, la guerre des hauteurs fait rage. Les rues de New York sont peu à peu plongées dans l'ombre et transformées en canyons au fur et à mesure que montent les tours. En même temps que s'ébauche la structure du Chrysler Building, l'ancien associé de Van Alen, H. Craig Severence achève les 66 étages de la banque de Manhattan, au numéro 40 de Wall-Street, et compte bien dépasser le record de hauteur avec 927 pieds.
Mais le titre du plus haut building est si convoité que les maîtres d'œuvre du Chrysler mettent au point une véritable arme secrète pour l'emporter : "Van Alen avait élaboré toute une mise en scène, écrivent Peter Gossel et Gabriele Leuthauser ("Architecture in the Twentieth Century", Peter Gossel et Gabriele Leuthauser). La totalité du toit cranté, recouvert d'acier réfléchissant, fut assemblée à l'intérieur du gratte-ciel. Ses sept niveaux furent ensuite hissés au-dessus du toit et fixés en quatre-vingt-dix minutes à peine. Tout à coup, c'était là. Un sensationnel fait accompli." Le Chrysler Building devint donc l'immeuble le plus haut du monde à plus de 300 mètres (1048 pieds). Son règne ne dure pas. A peine quelques mois plus tard, il est coiffé par les 102 étages de l'Empire State Building.
Quatre-vingt ans après, la tour Chrysler ne tire pourtant pas sa gloire de sa hauteur. Mais de l'originalité de son architecture. Son dôme cranté, fait d'aciers réfléchissants fabriqués en Allemagne par Krupp, fait danser la lumière et attire inévitablement le regard, qui découvre les autres facéties de cet étrange immeuble. Aux coins du 61e étage sont accrochées des gargouilles qui n'ont rien de gothique : il s'agit des copies, à l'échelle de l'immeuble, des aigles ornant les capots des voitures fabriquées dans les ateliers de la firme. Trente niveaux plus bas, ce sont carrément des capots de radiateurs géants qui "décorent" les façades.

A l'intérieur, une petite ville

A l'intérieur, les bas-reliefs du hall célèbrent, façon Arts-Déco, "l'énergie et ce que l'homme peut en faire". Les murs de marbre d'Afrique et d'acier chromé sont travaillés jusque dans leur moindre recoin. Les 32 ascenseurs sont dissimulés dans de magnifiques "boîtes" marquetées de bois précieux et de nacre.
Déjà à cette époque, l'architecte de l'immeuble de bureau a pensé à faciliter la vie aux employés qui y passent la majeure partie de la journée : il y a installé un salon de coiffure, des salles d'exercice, des services d'urgence médicale, un restaurant, des boutiques... L'immeuble est divisé en zones qui peuvent être chauffées séparément ; l'ascensoriste Otis a mis au point des appareils presqu'entièrement automatiques, qui peuvent s'élever à la vitesse record de 1200 pieds par minute, soit 365 m/min (ils resteront finalement "bridés" à 700 pieds par minute, soit 213 m/min, par la législation new-yorkaise). Le chantier s'est également déroulé sans perte humaine (impensable à l'époque). Mais la structure métallique à remplissage de briques du building n'apporte rien de neuf aux recherches pourtant galopantes des architectes sur ce sujet, même la forme de la tour est classique.
L'image du Chrysler Building, sans doute grâce à son toit reconnaissable et facilement "croquable", a pourtant été beaucoup utilisée comme un symbole de la modernité, d'un élan vers le monde de demain. Ce building a même nourri les utopies des futuristes, qui voyaient déjà dans les gratte-ciel des lampes à ultraviolets à la place des fenêtres, talons d'Achille de la structure, et des propulseurs pneumatiques pour remplacer les ascenseurs... L'architecte Van Alen, qui n'alla pas si loin, ne fit plus beaucoup parler de lui par la suite. Avalé par la dépression, il fut surtout ruiné lorsque Chrysler décida de ne pas le payer, l'accusant d'avoir bénéficié de dessous de table de la part d'entreprises de construction.

Pour voir un documentaire sur la tour Chrysler à New York (en anglais), cliquer ici .

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