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Le casse-tête de l'entretien des ouvrages d'art

Jessica Ibelaïdene |  le 27/12/2018  |  Exploitation et maintenanceEntretien des infrastructures Ouvrage d'art

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Les communes se heurtent à des obstacles financiers et ne peuvent plus compter sur l'aide des départements.

 

Alors que le chantier de démolition du pont Morandi à Gênes (Italie) vient de démarrer, et que le projet de reconstruction de Renzo Piano a été retenu, le souvenir de son effondrement soudain, le 14 août dernier, revient en mémoire de tous les élus hexagonaux. Ce drame pourrait arriver en France « dans la mesure où nous n'avons pas une vraie politique d'entretien et de maintenance ». Si ce n'est pas la première fois qu'il prévient, Christian Tridon, président du Syndicat national des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et de renforcement des structures (Strres), se fait mieux entendre depuis cet été. « Encore faut-il que la prise de conscience collective se traduise par des faits », alerte-t-il.


Sur les 240 000 ponts érigés en France, 100 000 sont détenus par les communes.

Le patrimoine français représente environ 240 000 ponts. Au fil des débats, et bien que le gouvernement cherche à rassurer sur l'état du réseau national, un type de gestionnaires d'infrastructures est apparu plus fragile que les autres : les communes, qui détiennent environ 100 000 ponts. « Beaucoup méconnaissent leurs ouvrages d'art et elles sont rarement en mesure d'assurer leur remise en état », constate Régis Mésot, maire de Lacroix-sur-Meuse (Meuse).

Son homologue Gérard Fillon, élu à Beurey-sur-Saulx (Meuse), en a fait l'expérience il y a une dizaine d'années : « Sur notre commune, un pont du XVIIe siècle mène à une usine, raconte-t-il. Nous l'avons fait surveiller pendant cinq ans par la DDE jusqu'au jour où ses agents m'ont annoncé qu'il fallait absolument engager d'importants travaux. » Mais au moment de lancer le marché et de trouver un maître d'œuvre, l'Etat s'est désengagé, et la DDE a disparu. Le chantier coûtait alors 300 000 euros. Le maire a « sollicité tout le monde », notamment le département pour l'aider. Ses efforts lui ont permis d'obtenir 80 % de subventions à l'époque, complétées par un emprunt.

Manque cruel de conseils. Mais aujourd'hui, la situation se-rait bien différente, pense savoir Régis Mésot : « Le département ne suivrait plus », à cause des contraintes budgétaires qui pèsent sur les collectivités locales. Surtout, les communes manquent cruellement de conseils pour établir les diagnostics et assurer un contrôle, même minimal. « Plus personne ne surveille les ouvrages. Les compétences sur le terrain ont disparu », s'agace Christian Tridon. Résultat : « Comme les budgets sont réduits, beaucoup de maires repoussent les travaux, constate Gérard Fillon. Jusqu'à ce que des dysfonctionnements graves apparaissent. » Depuis plusieurs années, la politique de l'urgence, bien plus coûteuse, prévaut ainsi sur l'entretien préventif. Mais quel serait le bon niveau de financement à mettre sur la table pour une gestion patrimoniale optimale ? Christian Tridon a son idée : « Nous avons souvent dit qu'il fallait consacrer 1 % par an de la valeur neuve à l'entretien. Comme cela n'a pas été fait, il vaudrait mieux parler d'un ratio de 1,43 % pour agir en bon père de famille », soit environ 30 euros par m2 de la surface horizontale. Et ce, dès la première année de vie de l'ouvrage.

Pour aider les collectivités, la Caisse des dépôts serait prête à engager une enveloppe de prêts à faibles taux et à long terme. Un début de solution utile pour les « petites communes qui doivent réaliser des travaux exceptionnels sur un ouvrage », estime la ministre des transports, Elisabeth Borne.

Côté ingénierie, le Cerema a récemment lancé un appel à partenariat aux communes et intercommunalités de petite taille. Il souhaite, par ce biais, accompagner entre 20 et 30 collectivités dans la gestion patrimoniale des ouvrages d'art. Objectif : concevoir une « méthode simple de recensement », construire un « carnet de santé » - répondant ainsi à une suggestion du Strres -, proposer des formations et élaborer des outils pour assurer un entretien dans la durée. Ce dispositif doit permettre de mettre en place des process simples et duplicables à plus grande échelle. Son démarrage opérationnel est prévu en février 2019.

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